Faire de la politique autrement

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre de la Santé Gaétan Barrette

La publication du règlement abolissant les frais accessoires constitue, une fois de plus, l’illustration parfaite du modus operandi qui anime Gaétan Barrette, ministre de la Santé. Il agit seul. Il consulte au minimum et pour la forme, parce qu’il y est obligé. Il instrumentalise les institutions. Il travestit les règles démocratiques. Il bâillonne tous ceux qui ont un mot à dire, et surtout s’ils sont d’avis contraire. Il impose sa loi. Ses armes favorites : la démagogie, l’intimidation, le déni et la politique-spectacle.

Omnipotent, omniscient et omniprésent, il manipule la population et les médias pour arriver à ses fins. Où est passé le beau discours selon lequel le gouvernement libéral de Philippe Couillard voulait faire « de la politique autrement » ? Disparu dans un écran de fumée ! Comme Donald Trump, Gaétan Barrette s’adonne aux twitts nocturnes incendiaires. Il annonce les résultats d’une négociation pendant qu’elle est en cours, ou pire, avant même qu’elle n’ait commencé. Après tout, la collaboration, l’écoute, la bonne foi, Gaétan Barrette n’en a que faire… Courir le risque que quelqu’un lui fasse réaliser qu’il a oublié de grands pans dans chacun de ses dossiers d’accès aux soins ? Jamais !

Exit le droit de négocier de bonne foi. Pourquoi se donnerait-il la peine de demander l’opinion des syndicats ou des professionnels de la santé alors qu’il nous considère comme des nuisances plutôt que comme des partenaires ? Il faut réaliser à quel point les sorties de Gaétan Barrette sont stratégiquement orchestrées pour déguiser son triste bilan. Nous ne sommes pas dupes quand il centre son discours sur la rémunération des médecins pour éviter de parler de la qualité et de la quantité des soins donnés chaque jour aux patients partout au Québec.

Devant la population, Gaétan Barrette fait le jars en reprenant la bonne vieille recette du parti. Il distribue des miettes espérant séduire les électeurs alors qu’en réalité, il leur passe sous le nez l’assiette principale qui, elle, sera servie exclusivement au privé. Il impose un régime minceur aux centres hospitaliers, poussant patients et médecins hors des murs. C’est ça la triste réalité. Les coupes sauvages qu’il impose ne profiteront qu’à des amis choisis du privé et aux compagnies d’assurances qui pourront épargner des centaines de millions de dollars en réclamations. Tout ça est proprement navrant et désolant.

À la suite des réformes matraques du ministre Barrette, des questions se posent et les réponses sont connues. A-t-il permis d’améliorer l’accessibilité aux soins au cours des deux dernières années ? Aucunement ! A-t-il mis le réseau à feu et à sang ? Tout à fait ! A-t-il sacrifié le capital humain au bénéfice du béton ? Certainement ! Entretient-il le cynisme envers les professionnels de la santé ? Oui… malheureusement.

N’en déplaise au ministre de la Santé, dans notre société, le droit de négocier est un droit fondamental, comme se plaît d’ailleurs à le répéter le gouvernement lorsqu’il aborde la question des accommodements. Je ne crois pas que Philippe Couillard souhaite être le premier ministre d’un gouvernement dictatorial, sans transparence et qui ne respecte rien ni personne.

M. Couillard devrait alors user de son autorité et rappeler à l’ordre de toute urgence son ministre de la Santé qui, il le dit lui-même, est déjà en campagne électorale.

10 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 janvier 2017 04 h 37

    … autrement ?!?

    « A-t-il sacrifié le capital humain au bénéfice du béton ? Certainement ! » ; « M. Couillard devrait alors user de son autorité et rappeler à l’ordre de toute urgence son ministre de la Santé qui » (Diane Francoeur, présidente, FMSQ)

    De ces citations, douceur double :

    A Récemment (10 jan 2017), dans le cadre d’une émission animée par Denis Lévesque, on apprenait la coupe des « services spirituels » destinés aux personnes en direction de l’autre-monde, et vivant dans les CHSLD et ailleurs ; une coupe susceptible d’affecter, ou selon, le passage humain de la vie à la mort !

    De cette coupe, surprise ?, et plutôt de sacrifier du « capital humain », aurait-il été souhaitable que le MSSS révise, par le moyen des principes de la laïcisation (d’exemple : le monde de la déconfessionnalisation), les fonctions et disponibilités desdits services qui, de nécessité, demeurent essentiels aux personnes qui en font la demande ?

    B Le jour où ce premier ministre décidera de son autorité, sera-t-il trop tard ?

    Bref ou …

    … autrement ?!? – 13 jan 2017 -

  • Michel Thériault - Abonné 13 janvier 2017 06 h 45

    C'est ce qui arrive…

    lorsqu'une population est composée en majeure partie d'analphabètes fonctionnels. Elle vote pour un parti comme le "Liberal Party of Qwebec". J'ai une très mauvaise nouvelle pour vous : il n'y a pas grand chose que l'on puisse y faire car, aux prochaines élections de 2018, cette population sera aussi analphabète et amnésique qu'elle l'est maintenant.

    Je ne vois malheureusement plus la lumière au bout du tunnel (en fait, la seule lumière que je vois, c'est un train qui s'en vient...).

  • Jean-François Trottier - Abonné 13 janvier 2017 09 h 23

    Pow! Pow! T'es mort!

    Au-delà de l'attaque personnelle, qu'est-ce que Madame Francoeur propose ?
    Ben... rien en toute.

    Toute cette lettre est le résultat d'une crispation sur une personne qui est, pour notre plus grand malheur, ministre de la Santé.

    Ce qui fait de Mme Francoeur une émule peu reluisante du sieur Barrette. Pas fort.

    Je rappelle à la ci-devant présidente que les médecins spécialistes sont sur la sellette depuis plusieurs années pour, entre autres, leur chantage éhonté à l'exil ailleurs, là où, par hasard, d'autres médecins ont payé des centaines de milliers de dollars pour leur formation.

    Nos spécialistes iraient donc aux USA faire de la concurrence déloyale ? Devinez.

    Je sais par expérience que, si les médecins travaillent fort-fort pour leur beau diplôme, ils ne travaillent sûrement pas plus que les étudiants en musique qui, eux, continueront à refaire leurs gammes au fil des ans. Les médecins ? Euh...

    La folie, c'est que Barrette, un médecin spécialiste, est comme tous les spécialistes apte à prendre des décisions en 10 minutes (en fait ils sont choisis pour cette capacité) et être incapable d'en démordre ensuite.
    Par définition un médecin est le pire des gestionnaires.

    Madame Francoeur devrait commencer par dénoncer la présence de médecins à tous les postes de décision, ces médecins qui sont des électrons libres, de petites entreprises qui n'ont même pas à penser à faire une facture (le gouvernement se charge de tout, y compris de leur assurance-responsabilités!!), des spécialistes non de la santé mais de la maladie qui font du chantage leur mode de négociation.

    Les connaissances des médecins sont si précieuses ? Qu'ils arrêtent de se monter une belle tour d'ivoire dans les bureaux, à commencer par cet affreusement mauvais ministre.

    Pour votre part, faites le ménage. D'abord dans vos prérogatives, puis dans votre propension à tout envahir, puis dans ce que vous devez à cette population qui a payé votre formation.

    • Gilles Gadoua - Abonné 13 janvier 2017 17 h 31

      madame Francoeur propose une seule chose à faire soit démettre Barrette de ce poste... il a assez insulté des professionnels et d'autres collègues dans sa vie. Il est la copie québécoise d'un autre qui occupera son poste le 20 janvier prochain.

  • Marc Therrien - Abonné 13 janvier 2017 09 h 34

    Choisir son patron?

    Entre les tout-puissants, le combat est intense. Le ministre Barrette, dont la durée du mandat est indéterminée et incertaine, entre dans le jeu de négociations avec moins de pouvoir que les médecins qui sont devenus indispensables à la population. Les ministres de la santé passent et les médecins restent. Il se peut donc donc qu'il réagisse mal à sa situation de relative impuissance.

    Et si on demandait aux médecins de choisir (élire) leur patron, qui choisiraient-ils pour les diriger? Si le ministre Barrette n'est plus l'homme de la situation, le gouvernement dispose-t-il d'une relève de plus grand talent pour accomplir ce défi colossal?

    Marc Therrien

  • Nadia Alexan - Abonnée 13 janvier 2017 12 h 03

    Les frais accessoires, une pratique aberrante!

    Je suis d'accord avec l'auteure, Diane Francoeur, que le ministre Barrette travail essentiellement pour ses amis, les entreprises privées et pour détourner nos services publics aux privées.
    Par contre, il ne faut pas oublier l'avidité des médecins qui imposent les frais accessoires pour augmenter leurs profits. C'est une pratique aberrante qu'il faut abolir.