Éthique et culture religieuse: une dérive qui aurait pu être évitée

Selon Daniel Baril, «on ne peut que conclure que le cours ECR est irréformable et qu’il n’aurait jamais dû voir le jour».
Photo: iStock Selon Daniel Baril, «on ne peut que conclure que le cours ECR est irréformable et qu’il n’aurait jamais dû voir le jour».

Le déclencheur

« L’Association québécoise [des enseignants] en éthique et culture religieuse interpellait Sébastien Proulx, le ministre de l’Éducation, sur ses intentions touchant la révision du programme et réclamait d’y participer. On y regrettait aussi “l’instrumentalisation politique récente du programme ECR par le Parti québécois depuis l’arrivée de Jean-François Lisée à sa tête”. »

— Jean-Pierre Proulx, « Le débat doit se clore sur le terrain politique », Le Devoir, 10 décembre 2016

Dans son texte du 5 janvier, Jean-Pierre Proulx en appelle au gouvernement pour trancher le débat entourant le cours Éthique et culture religieuse (ECR). En tant qu’ex-président du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école, d’où provient ce cours, M. Proulx en est l’un des principaux artisans.

On ne peut que se réjouir que les critiques qu’il adresse aujourd’hui rejoignent une partie des objections formulées notamment par le Mouvement laïque québécois dès la fin des années 90 pendant la réflexion entourant ce projet : trop de temps accordé à ce cours, occultation de l’incroyance, musellement de la pensée critique. Les problèmes rencontrés aujourd’hui auraient pu être évités si le rapport présenté par M. Proulx avait été à la fois plus précis et plus ferme sur ce qu’il fallait faire et ne pas faire.

On constate toutefois que M. Proulx ne remet aucunement en question les fondements du cours, et c’est là que réside l’essentiel du problème : ECR est, par son essence même, un cours de promotion et de formation de la pensée religieuse croyante qui n’a pas sa place à l’école publique. Il constitue une véritable dérive de l’école québécoise prétendument laïque.

À son avis, la Cour suprême (CS) aurait cautionné ce cours, du moins dans son caractère obligatoire. Si le premier jugement de la CS, faisant suite à une plainte de parents chrétiens déposée en 2008, concluait en ce sens, il n’en constituait pas pour autant le dernier mot : « Il se peut que la situation juridique évolue au cours de la vie du programme ECR », écrivait le juge LeBel.

Le deuxième jugement de la CS, à la suite de la plainte du collège Loyola, a invalidé une grande part des fondements et objectifs du programme en permettant aux écoles confessionnelles de maintenir un enseignement religieux confessionnel. Ces deux jugements offrent de nombreuses pistes pour une nouvelle contestation juridique du cours.

Instrumentalisation

Toujours selon M. Proulx, le fait qu’une majorité de répondants à un sondage ait exprimé une opinion favorable au cours milite pour son maintien. Comment peut-on s’en remettre à un sondage non ciblé sur une telle question quand on sait que la population ignore tout des contenus du programme et que les parents n’en reçoivent aucune information ?

Ce cours est vendu au public sous la fausse représentation d’un cours d’histoire des religions, alors qu’il n’en est rien. C’est justement pour informer adéquatement la population des véritables contenus du cours que nous avons publié l’automne dernier l’ouvrage collectif La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Baril et Baillargeon, Leméac, 2016).

De plus, le sondage en question demandait si le cours devait être aboli, alors que la polémique ne porte que sur le volet religieux et non sur le volet éthique.

Fidèle aux orientations injustifiables du programme, M. Proulx souhaite par ailleurs que l’incroyance demeure exclue des thèmes abordés au primaire. Pourquoi donc ? Les enfants du primaire seraient-ils trop jeunes pour savoir que leurs voisins sont comme eux sans religion mais assez matures pour absorber la somme des mythologies religieuses de l’ensemble de l’humanité ?

Jean-Pierre Proulx semble finalement faire sienne la critique de l’association des enseignants d’ECR reprochant au Parti québécois « l’instrumentalisation politique du programme ECR ». Or, ce programme est lui-même une instrumentalisation politique de la religion au profit du multiculturalisme et de la « laïcité ouverte ».

Lorsque l’on met ensemble les critiques formulées tant par les croyants que les incroyants, ainsi que le jugement de la Cour suprême enjoignant au ministère de l’Éducation de revoir le programme, on ne peut que conclure que le cours ECR est irréformable et qu’il n’aurait jamais dû voir le jour. Loin d’être une instrumentalisation politique, la proposition de remplacer ce cours par un véritable cours d’éducation civique assorti d’une formation de la pensée critique est la seule solution viable.



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