Quand les morts subventionnent les vivants

Les cendres humaines abandonnées ou disposées sans respect pour le défunt sont un réel problème au Québec, remarquent les signataires du texte.
Photo: iStock Les cendres humaines abandonnées ou disposées sans respect pour le défunt sont un réel problème au Québec, remarquent les signataires du texte.

Il y a quelques jours, une urne contenant les cendres d’un défunt a été trouvée dans un centre de dons de Montréal. La famille de la personne décédée, à deux jours de Noël, a décidé de disposer de papa en le « recyclant ». Heureusement, un thanatologue consciencieux a été interpellé, a récupéré l’urne et placé les cendres en voûte, en attendant la suite.

En 2016, on a trouvé des cendres abandonnées dans un Super C à Valleyfield. Récemment, on a trouvé intact un sac de cendres jeté dans le fleuve, en Mauricie. Sans parler de tous les cas de cendres trouvées après un déménagement ou un décès. Les cendres humaines abandonnées ou disposées sans respect pour le défunt sont un réel problème au Québec, auquel nous devons remédier.

Selon nous, le problème vient en partie de l’insuffisance de la prestation de décès, remise par Retraite Québec (RQ). Actuellement, la prestation de décès ne correspond plus du tout aux besoins des défunts et de leur famille. Cette prestation est plafonnée et limitée à 2 500 $ (imposable) depuis près de 20 ans. Pourtant, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ainsi que la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) versent maintenant aux familles plus de 5000 $ lors d’un décès au travail ou sur la route. Donc, si un travailleur québécois a le malheur de ne pas mourir sur la route ou sur son lieu de travail, il doit se contenter d’une somme beaucoup trop faible pour s’offrir des funérailles dignes.

L’État québécois place forcément ses proches devant un choix déchirant : s’endetter ou escamoter les funérailles de papa ou maman pour qu’elles cadrent dans le maigre budget accordé. Trop souvent, cela se soldera, faute de moyens, par un abandon de cendres quelque part, sans respect de la dignité de la personne.

Dignité

Par définition, un système comme celui de Retraite Québec, autrefois connu sous le nom de la Régie des rentes du Québec, est basé sur une certaine injustice. Puisque le système n’est pas capitalisé, cela signifie donc que les défunts laissent systématiquement dans la caisse plus d’argent qu’ils n’en ont perçu. D’une certaine façon, les morts, dans leur trépas, subventionnent les vivants, dans un dernier acte de solidarité envers le peuple québécois. Si les morts ont une telle générosité envers nous, pouvons-nous, en retour, faire un dernier acte de générosité à leur égard, comme celui de leur assurer des funérailles dignes et solennelles ?

La prestation de décès de RQ au montant de 2500 $ ne permet plus aux proches d’offrir à leur défunt le minimum souhaitable. Elle devrait pourtant leur permettre de disposer d’une sépulture dignement, peu importe le mode de disposition, les croyances ou les rituels. Un travailleur qui a cotisé toute sa vie au régime de retraite du Québec doit avoir droit à un réel dernier au revoir, plutôt qu’une simple disposition de sa dépouille.

Le moyen de ses ambitions

En 2016, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a courageusement enchâssé la dignité envers les cendres humaines dans la loi sur les services funéraires. En 2017, nous croyons que le ministre des Finances, Carlos Leitão, doit donner au gouvernement Couillard les moyens de ses ambitions. Il doit bonifier et indexer la prestation de décès de RQ au même niveau que celles de la CNESST et de la SAAQ. Nous avons l’intention de l’exprimer clairement lors des consultations publiques sur le sujet qui vont débuter le 17 janvier 2017.

La notion de mourir dans la dignité ne doit pas ignorer le droit des défunts d’y demeurer.


*Ont signé ce texte: Denis Desrochers, président (Corporation des thanatologues du Québec), Jacques Poirier, président et chef de la direction (Magnus Poirier), Michel Boutin, président (Groupe Athos-Lépine-Cloutier/Urgel Bourgie), Louis Savard, premier vice-président Canada (Réseau Dignité), Ronny Bourgeois, gestionnaire (Arbor Memorial), Monique Morin, présidente (Association des cimetières chrétiens du Québec).

10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 6 janvier 2017 01 h 14

    Une question de décence!

    Effectivement, la mort coute très cher aux vivants. Je suis tout à fait d'accord avec les auteurs de cet article. Il faut bonifier et indexer la prestation de décès par respect pour les morts. C'est une question de décence, comme le dit, toujours, l’homme d’affaires Alexandre Taillefer.

  • Yvon Bureau - Abonné 6 janvier 2017 07 h 49

    Intéressant

    Mais à prendre avec un grain de cendre!

  • André Tremblay - Abonné 6 janvier 2017 08 h 30

    Je ne veux pas être cynique.....

    Je suis totalement d'accord avec les intention des auteurs....
    Mais je ne suis pas sans remarquer que la majorité de ceux-ci ont...un certain intérêt financier dans l'affaire !!!

  • Chantale Desjardins - Abonnée 6 janvier 2017 08 h 47

    Respect des mots

    On trouve de l'argent pour une foule de choses mais non pour nos morts. Avec $2500.00, on peut mettre en terre une urne ou la confier au salon funéraire qui verrait à la déposer dans une section commune au cimetière. Nous vivons dans une société qui a perdu le sens des valeurs.

  • Bernard Terreault - Abonné 6 janvier 2017 08 h 57

    Comme par hasard

    Ceux qui plaident pour le respect des cendres de personnes décédées sont les gens du commerce de la disposition des corps des décédés. Ne serait-il pas plus urgent d'assurer aux vivants un minimum de dignité et de moyens de vivre? Que mes descendants gardent un souvenir positif de moi, je l'espère, mais je me moque de ce qu'on fera de ma carcasse quand ce cera fini pour moi.