Une politique forte de 25 ans d’expertise

Œuvres exposées dans le pavillon Pierre-Lassonde, inauguré en juin dernier, au Musée national des beaux-arts du Québec
Photo: Francis Vachon Le Devoir Œuvres exposées dans le pavillon Pierre-Lassonde, inauguré en juin dernier, au Musée national des beaux-arts du Québec

L'année 2017 sera celle du renouvellement de la Politique culturelle du Québec. Vingt-cinq ans de mise en oeuvre d’une politique qui aura permis d’inscrire le gouvernement du Québec à l’avant-garde des sociétés modernes en matière de développement culturel.

Témoin privilégié depuis plus de 30 ans au sein du ministère de la Culture et des Communications (MCC), je constate avec joie que le Québec connaît aujourd’hui une vie culturelle créative et dynamique appuyée par un réseau d’organismes publics qui s’est consolidé de façon remarquable tout au long du dernier quart de siècle. Pensons notamment à la création du Conseil des arts et des lettres du Québec, de la Société de développement des entreprises culturelles et de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Aussi, un nombre important de politiques sectorielles sont venues définir les grandes orientations et les objectifs de l’action gouvernementale du Québec en culture.

Cette prise en main s’est faite de concert avec les milieux artistiques et culturels et en tenant compte des préoccupations citoyennes en culture sur le territoire. La pertinence et l’impact des politiques gouvernementales du Québec démontrent sans conteste sa capacité d’être maître d’oeuvre de sa destinée en matière culturelle. Ce n’est pas un constat négligeable !

Cul-de-sac

« Maître d’oeuvre », voilà, l’expression est lancée ! Souvenons-nous en 1992 des propos de l’ex-ministre québécoise de la Culture Liza Frulla, qui disait en introduction de la Politique culturelle du Québec : « Dans le contexte constitutionnel présent, comme ministre des Affaires culturelles, j’entends réaffirmer la nécessité pour le Québec d’obtenir la maîtrise d’oeuvre en matière culturelle sur son territoire. La culture revêt pour le Québec une importance fondamentale. À ce titre, il importe qu’on reconnaisse à son gouvernement les pouvoirs exclusifs qui lui sont nécessaires pour assumer ses responsabilités. »

Voilà donc sans équivoque l’esprit de la politique culturelle du Québec en 1992. Pour en saisir toute la portée, il faut se situer dans le contexte historique de l’époque : après la défaite du Lac Meech, des dépôts du rapport Bélanger-Campeau et du rapport Allaire, voilà que le gouvernement du Québec fait un geste historique par l’adoption d’une politique gouvernementale en matière de culture.

Depuis, malgré les avancées manifestes découlant de la mise en oeuvre de cette politique, qu’en est-il des engagements concernant la maîtrise d’oeuvre du Québec en culture ? Le bilan est moins concluant :

En 1992, Robert Bourassa montrait peu d’intérêt pour obtenir la « prédominance législative en matière culturelle ».

De 2004 à 2006, Liza Fulla a elle-même été ministre du Patrimoine canadien et parlait davantage dans ce contexte de « respect des priorités des provinces, dont le Québec » plutôt que d’un rapatriement des « pouvoirs exclusifs » du Québec en culture.

En 2008, Jean Charest a lancé l’idée d’une « entente administrative Canada-Québec concernant la culture et les communications » pour atteindre une forme de « souveraineté culturelle ». Ce dernier engagement se traduira dans les faits par un simple échange de correspondance avec le gouvernement fédéral.

Somme toute, à la lumière de ces résultats, nous ne pouvons que constater le cul-de-sac des stratégies portant sur les engagements en faveur d’une « souveraineté culturelle ».

Politiques parallèles

Si le constat se limitait à cet aveu d’impuissance des gouvernements successifs en la matière, cela serait déjà beaucoup… mais il y a plus. Dans l’environnement numérique qui caractérise le développement culturel aujourd’hui, avoir les compétences législatives dans le domaine des communications est essentiel.

Mais voilà, le Québec n’a aucune maîtrise sur les politiques des communications, sans parler de sa dépendance du fédéral sur les questions entourant les droits d’auteur. De plus, le gouvernement fédéral a entrepris l’élaboration de sa première politique formelle en culture à la suite de consultations, mais paradoxalement le gouvernement du Québec n’est aucunement interpellé directement par cette consultation. Deux démarches parallèles, deux solitudes, une seule échéance 2017, comme si tout cela ne concernait pas la même société québécoise…

On conviendra qu’il est particulier qu’en cette même année 2017 le gouvernement fédéral dévoile, en toute souveraineté et en toute indépendance, sa première politique formelle en culture ; pour sa part, le gouvernement du Québec renouvellera sa politique culturelle après 25 ans de mise en oeuvre. Particulier surtout parce que, en raison des leviers dont le fédéral dispose par son important pouvoir de dépenser et les nombreux leviers législatifs dont il dispose, il influencera de façon évidente les grandes orientations et l’environnement culturel du Québec pour la prochaine décennie. La politique fédérale aura pour effet d’encadrer dans bien des domaines l’action du gouvernement du Québec en culture, d’alimenter les dédoublements d’interventions et de favoriser les incohérences dans les actions gouvernementales.

Pour fêter pleinement les 25 ans de la Politique culturelle du Québec et ouvrir sur l’avenir, alors que le Québec a fait la preuve manifeste de sa compétence en matière culturelle de concert avec les milieux artistiques et culturels, il faudrait de toute évidence une nouvelle stratégie appuyée par une volonté affirmée visant à faire du Québec le maître d’oeuvre de sa destinée en culture.

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4 commentaires
  • Michel Blondin - Abonné 4 janvier 2017 09 h 50

    L'impotence politique de celle qui se disait de tête.

    Ce qui frappe est l'impotence politique de la ministre de la Culture ou du Patrimoine dans les deux paliers de Liza Frulla.

    En premier, elle s'engage comme ministre du gouvernement libéral du Québec pour «la maîtrise d’oeuvre en matière culturelle sur son territoire» en 1992.

    En second, elle s'engage comme ministre libérale du Canada au «respect des priorités des provinces».

    Derrière ces paroles, deux choses apparaissent surgir comme évidence:
    1 - L'avantage univoque de la fidélité au Parti libéral et le statut social du poste de ministre pour dire ce que les autres veulent qu'elles disent.
    2 - Elle a gagné en pensions autant que ce qu'elle a perdu en se désavouant elle-même.

    D'autant plus, que tous se souviennent qu'elle se disait pas achetable et une femme de tête.

    Pour les convictions et derrières ces mots, ils se cachent une dure réalité d'affaiblissement. Elle a perdu toute crédibilité à mes yeux depuis.

    Indépendant du Parti libéral, ce parti de déracinés, les milieux artistiques et culturels résistent. Pour combien de temps? Le numérique concentre les revenus aux intermédiaires, ailleurs sur la planète. Il est minuit moins quart depuis longtemps.

    La politique multiculturelle est en train de tuer notre souveraineté toute culturelle, une coquille vide.

  • Denis Paquette - Abonné 4 janvier 2017 13 h 03

    notre culture n'est elle pas toujours celle de servir

    Au Québec avec le bilingisme la culture québécoise se retrouve en porte a faux, non seulement il faut qu'elle partage, qui se souvient des olympiques de Vancouver sous Harper ou il a fallu que nous quétions quelques mots de francais, aujourd'hui nous ne pourrions plus refaire l'expo 67, ni les olympiques de 70, nous voulons remémorer la fondation de Montréal, nous avons du mal, que ce ne soit pas un pageant de vedettes et une course aux cachets, notre culture est elle devenue que celle d'avoir la capacité de payer, ne sommes nous pas encore en train de payer pour ce fameux stade, une culture c'est avant tout une identité , peut etre que la notre est celle de servir

  • Denis Paquette - Abonné 4 janvier 2017 13 h 33

    Brique par brique

    merci pour ce texte ou vous imaginez malgré les conjonctures qu'un jour le francais pourrait devenir économiquement attractive, les anglais ne parlent-il pas d'exposure, effectivement n'est-ce pas un long travail de construction, brique par brique comme vous dite, l'esclave n'a jamais eu de l'importance et sa langue, encore moins

    • Marc Therrien - Abonné 4 janvier 2017 14 h 25

      M. Paquette,

      Le texte «Brique par Brique» de Jean-Benoît Nadeau est à une autre page.

      Marc Therrien