Bombardier est faussement accusé

«Bombardier agit en totale conformité avec les lois» en tout temps, écrit Olivier Marcil.
Photo: Rui Vieira Associated Press «Bombardier agit en totale conformité avec les lois» en tout temps, écrit Olivier Marcil.

Le déclencheur

 

« Une enquête du Globe and Mail nous apprenait [le samedi 17 décembre] que Bombardier Transport, dont le siège social est à Londres, avait vendu pour 2,4 milliards de dollars d’équipements à des compagnies de chemins de fer russes en passant par une société-écran dirigée par des proches de l’ancien président d’un monopole d’État, lui-même ami de Vladimir Poutine. Complexe, mais pas surprenant. »

— Jean-Robert Sansfaçon, « Pratiques douteuses », Le Devoir du 20 décembre 2016


Monsieur Sansfaçon,

Vous nous permettrez de réagir à votre éditorial du 20 décembre relatif aux pratiques commerciales de Bombardier en Russie et ailleurs dans le monde. Vous basez votre opinion sur des informations rapportées dans un article d’enquête paru récemment dans le Globe and Mail.

Étant donné la réputation d’indépendance longtemps portée par Le Devoir, nous nous serions attendus à ce que vous nous contactiez avant de le publier pour vous assurer de la véracité des faits allégués. Vous auriez alors su que l’article en question repose sur une série d’informations inexactes desquelles le Globe and Mail a tiré des conclusions non étayées par des faits.

La plus importante de ces conclusions, que vous mentionnez deux fois plutôt qu’une, étant la présumée vente par Bombardier de 2,5 milliards de dollars d’équipements aux chemins de fer russes. Or, sachez que le Globe and Mail a mal interprété la base de données. Certains montants ont été interprétés comme étant en dollars américains alors qu’ils étaient en fait en roubles. Si les montants avaient été calculés correctement, le Globe and Mail aurait réalisé que le montant était plutôt de 150 millions de dollars, soit inférieur de 94 %.

Il s’agit d’une erreur importante, tout comme le fait de croire qu’une partie avec qui nous travaillons est nécessairement illégitime parce qu’elle ne possède pas un immeuble ayant pignon sur rue. Cette dernière, Multiserv, est une société en règle, basée en Grande-Bretagne, qui a fait l’objet d’examens de diligence raisonnable, et dont le mandat est de gérer la logistique liée aux expéditions de composants de nos installations suédoises. Elle assume aussi le risque financier associé aux grandes fluctuations du taux de change qui peuvent découler de la vente de produits en couronnes suédoises à des clients qui paient en roubles russes. Ce type d’activités a lieu tous les jours dans le commerce international.

Aussi, nous nous serions attendus à ce que vous rapportiez une autre conclusion de l’« enquête » du Globe and Mail où il était précisé qu’« aucun élément de la documentation examinée par le Globe and Mail ne suggère une activité criminelle quelconque de la part de Bombardier ». Pourquoi l’avoir omis ?

Au contraire, vous tombez dans la facilité en laissant entendre que, puisque le nom de Bombardier a été indûment mentionné par le passé dans de rares cas de pratiques douteuses, nécessairement la compagnie est coupable d’avoir fait quelque chose d’illégal ou d’immoral. Qui plus est, vous suggérez que les lecteurs seraient naïfs de croire qu’une société qui cherche à vendre ses produits à l’international puisse percer et se maintenir dans des pays aux prises avec des problèmes de corruption sans recourir à des pratiques malheureuses. C’est une affirmation particulièrement tendancieuse, qui ne fait qu’alimenter le cynisme déjà élevé de la population dans cette ère de post-vérité.

Il est décevant que vous ayez choisi cette approche plutôt que de brosser un portrait juste de Bombardier : celui d’une entreprise qui exerce ses activités dans plus de cent pays, qui travaille avec des milliers de fournisseurs et de partenaires, et qui a un historique exemplaire de conformité à toutes les règles et réglementations, y compris aux lois anticorruption.

Il n’y a aucun doute qu’en tant que l’un des plus importants exportateurs du Canada, Bombardier fait des affaires dans des marchés en dehors de l’Amérique du Nord, où les lois diffèrent et où le contexte politique est plus difficile et plus compliqué. Ce qui n’est pas compliqué, toutefois, c’est la façon dont Bombardier se conduit sur ces marchés. En tout temps et dans tous les pays, Bombardier agit en totale conformité avec les lois et son code d’éthique et de conduite interne, un code qui va au-delà des exigences légales.

6 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 29 décembre 2016 06 h 35

    Merci monsieur Marcil pour cette mise au point.

    Je suis de celles et ceux mentionnés dans votre lettre ouverte. Je fais effectivement partie de cette «population au cynisme élevé» et j'ai des tonnes...pas de copies...mais de raisons pour naviguer dans ces eaux si désagréables par les pollutions qui en découlent.
    Des millions$$$ j'ai, un très court temps, brassés. Des millions$$$ légalement blindés mais combien, à la fois, immoralement (lire ici malpropres) blindés. Sur l'élasticité des consciences j'ai déjà écrit. Allant même jusqu'à y décrire les tenants et aboutissants d'un «Bal des consciences tordues» et ce, pour en arriver à déposer un ouvrage à la Commission Charbonneau, avril 2014, titre: «Pourquoi la corruption?» - «Pourquoi la collusion?» avec sous-titres: «Causes, incitatifs, origines, racines et conséquences»
    Simple citoyen payeur de taxes, pas d'impôts (je ne gagne pas assez). je suis aussi de celles et ceux souhaitant que nos argents servent à des affaires propres, probes, nettes, claires, transparentes et conformes à la justice sociale.
    Je fais partie des «17 commentaires» publiés sous la rubrique «Pratiques douteuses» Le Devoir - 20 décembre 2016. Je vous félicite «d'agir en totale conformité avec les lois et son code d'éthique et de conduite interne, un code qui va au-delà des exigences légales»
    Gaston Bourdages,
    Auteur d'un ouvrage en parachèvement sur la conscience.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 décembre 2016 08 h 32

    Le non dit


    On ne peut pas à la fois se désoler que des entreprises québécoises (RONA, Saint-Hubert) passent dans des mains étrangères et se faire complice d’intrigues qui visent à permettre à des financiers voraces de Bay Street de mettre la main sur LE fleuron de l’économie québécoise, soit Bombardier (40% de tous les emplois québécois du secteur de l’aéronautique).

    Le Devoir devra choisir son camp ; ou bien il est pour le Québec, ou bien il est contre.

    S’étant lancé dans le plus vaste projet de R&D des vingt dernières années au Canada, Bombardier y a consacré 5,4 milliards$US, ce qui a asséché ses liquidités.

    Conséquemment, sa valeur capitalisée est insignifiante en comparaison de sa valeur réelle.

    Les investisseurs-vautours ontariens font une campagne de dénigrement pour empêcher le Fédéral d’investir dans Bombardier. Or cet investissement n’est que le juste retour des choses du 13 milliards$ investis par Fédéral pour sauver l’industrie de l’automobile ontarienne lors de la Grande Récession.

    Ces spéculateurs veulent affamer Bombardier afin de s’en emparer pour une bouchée de pain.

    Voilà le fond de l’histoire.

    • Marc Theriault - Inscrit 29 décembre 2016 23 h 25

      M. Martel, et si le Devoir était pour la vérité?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 décembre 2016 11 h 58

      Marc Theriault écrit : «…et si le Devoir était pour la vérité? »

      Il faut distinguer la recherche de la vérité de l’angélisme.

      Chacune des facettes de la réalité peut être vraie sans nécessairement être la Vérité (avec un grand ‘V’).

      Associer Bombarder à Poutine pour mieux discréditer l’entreprise québécoise est de la propagande tout en étant une facette de la vérité.

      Henri Bourassa se retournerait probablement dans sa tombe en s’il voyait le quotidien qu’il a fondé se faire occasionnellement le perroquet du ‘Quebec Bashing’ du Globe and Mail au nom de l’angélisme.

  • Colette Pagé - Inscrite 29 décembre 2016 11 h 20

    Réponse attendue Jean-Robert Sansfaçon !

    Fidèle à la pratique du Devoir à la suite d'un reproche, il aurait été à propos que Monsieur Sansfaçon réponde à cette critque qui m'apparaît motivée.

  • Jean Richard - Abonné 29 décembre 2016 13 h 01

    Indépendance et Globe and Mail ?

    M. Marcil marque un point quand il soulève la question de l'indépendance du Devoir face au fait que l'éditorial contesté avait été fondé sur de l'information publiée par le Globe and Mail.

    Sur ce point, l'éditorialiste aurait tout intérêt à avouer son erreur – car c'en était probablement une.