Et si Noël arrêtait le temps

L'auteur estime qu'un de nos drames, pendant le temps des Fêtes, est d'avoir peur d'un bonheur trop simple.
Photo: Peter Zelei / Getty Images L'auteur estime qu'un de nos drames, pendant le temps des Fêtes, est d'avoir peur d'un bonheur trop simple.

Comme chaque année, à l’approche de Noël, on croit avoir tout le temps devant soi pour se préparer à célébrer. On veut que le temps des Fêtes qui s’en vient soit mémorable et qu’il ne ressemble à aucun autre auparavant. On se rappelle comment les préparatifs avaient été l’an dernier et on veut faire mieux cette année. Et, surtout, se prendre à temps cette fois-ci. En fait, je crois que c’est d’ailleurs pour nous y aider que l’Avent existe, cette période qui couvre les quatre semaines qui précèdent Noël. C’est ainsi que les croyants se voient offrir un temps pour préparer leur coeur à la naissance de l’Enfant-Jésus, célébrée le 25 décembre.

Tandis qu’on va de l’avant, on veut faire le bien autour de soi et être généreux. Certains vont pouvoir se permettre d’offrir des cadeaux, d’autres enverront des cartes de Noël et certains donneront de leur temps à une oeuvre de charité. On est plein de bonnes intentions. Mais, trop souvent, on est vite dépassé par son train-train quotidien et on perd le contrôle. On n’a plus le temps pour rien, on court d’un bord et de l’autre, on est épuisé. Au lieu de prendre le temps et de trouver un cadeau tout à fait unique pour la personne qu’on aime, on se met à regarder sur Internet pour trouver celui qui pourrait être livré à temps. On se rend compte qu’on n’a pas encore commencé les cartes de Noël. Le facteur peut bien faire son possible, mais elles n’arriveront pas à temps. On panique. Et nous voilà rendus à Noël.

Oublier l’essentiel

Je ne sais pas comment a été votre période de l’Avent cette année. J’ai moi-même failli m’y perdre. J’ai passé tellement de temps à trop vouloir en faire que j’étais en train d’oublier l’essentiel. D’ailleurs, je crois que c’est un de nos drames, à nous les humains : avoir souvent peur d’un bonheur trop simple. Alors, on se complique et on le perd. Noël est tout simple : il suffit d’un seul chemin à emprunter pour en trouver la signification profonde. Suivre l’étoile brillante et prendre la route qui conduit à Bethléem, pour y voir naître un petit enfant qui se présente comme le prince de l’amour, l’inventeur du bonheur et l’unique sauveur du monde. Mais si toutes mes activités m’avaient empêché de m’arrêter à ce qui était vraiment important ?

Me reste-t-il du temps pour faire le bien, après l’avoir passé à me fatiguer avec ce qui m’apparaissait prioritaire ? Le temps me manque. On est rendu le 24. C’est alors que je me rappelle. Si l’homme Dieu a visité notre temps, c’est justement pour nous permettre de prendre le temps pour nous reprendre, renaître à une vie nouvelle, aimer, dire « je t’aime » et se laisser aimer, partager, espérer parfois contre toute espérance, reconnaître la beauté qui nous entoure, pardonner sans trop attendre et accepter d’être pardonné, briser l’isolement, nous rappeler que rien ne peut nous enlever notre dignité, nous réunir en famille, laisser une place à l’étranger, accueillir l’autre tel qu’il est, dire bonjour à ceux qu’on croise dans la rue, qu’ils soient riches ou pauvres, et sourire à la vie. Dans quelques heures, on entendra le Minuit, chrétiens. Ne soyons pas surpris, ce sera comme si le temps s’arrête pour un moment. J’en profiterai. Joyeux Noël et faisons en sorte que chaque instant compte. Que Dieu vous bénisse.

4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 24 décembre 2016 03 h 13

    Croire, c'est décider...

    Croire, c'est décider d'ouvrir son coeur pour enfin voyager au-delà des apparences.
    "Heureux les simples d'esprit...", est-il écrit.

    Alors, simplement : Bon Noël à tous !

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 24 décembre 2016 12 h 15

    Si c’était vrai…

    Dans l’antiquité romaine on célébrait déjà le solstice d’hiver à la fin de l’année avec les Saturnales, au cours desquelles on échangeait souhaits et cadeaux.

    Décorer nos maisons de gui, de houx et de branches de sapin, pour célébrer ce qui ne meurt pas en hiver, avec toutes ces lumières pour fêter le jour où le soleil renaît de ses cendres, faisant vaincre l'espérance.

    Et que dire de la tradition, des douze nuits sacrées pour laisser derrière nous l'an révolu et se préparer à celui qui vient.

    Noël, fête de la nativité ou fête païenne?

    Comme le disait Jacques Brel : « Si c’était vrai tout ce qu’ils ont écrit, Luc, Mathieu et les deux autres; si c’était vrai tout ça; je dirais oui, car c’est tellement beau quand on croit que c’est vrai. »

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 décembre 2016 19 h 23

    Le Minuit, chrétiens ?

    « Dans quelques heures, on entendra le Minuit, chrétiens. Ne soyons pas surpris, ce sera comme si le temps s’arrête pour un moment. » (Félix Roberge, prêtre catholique)

    Bien qu’il soit un classique religieux rassembleur, le « Minuit, chrétiens » (A) soulève quelques passions en ce qu’il parle d’un sujet plutôt controversé, celui de la naissance d’un d.ieu-homme capable, semble-t-il, d’effacer la faute originelle et de conduire, par ailleurs, toute l’humanité vers sa délivrance, une délivrance dite messianique !

    De ce sujet, et des discussions l’entourant, notamment avec la communauté juive célébrant la fête de ‘Hanouka (25 déc 2016 ; 25 kislev 5777), il est comme douteux que le temps puisse s’arrêter pour un si petit moment qui, de temps en temps, ou depuis si longtemps ?, dépasse l’entendement humain ou le simple bon sens !

    Entre-temps, qu’entonner à Noël (B) ?

    Le Minuit, chrétiens ? - 24 déc 2016 –

    A : https://fr.wikipedia.org/wiki/Minuit,_chrétiens ;

    B : https://www.youtube.com/watch?v=boDdMJj0ANY .

  • Marc Therrien - Abonné 26 décembre 2016 15 h 13

    Un essentiel ou des essentiels dans le champ des possibles?

    "D’ailleurs, je crois que c’est un de nos drames, à nous les humains : avoir souvent peur d’un bonheur trop simple. Alors, on se complique et on le perd".

    En ce qui me concerne, je ne pense pas avoir peur d’un bonheur trop simple. Cependant, je demeure sceptique face au simplisme de la définition unique du chemin à prendre pour atteindre une destination unique. Une des possibilités du bonheur réside justement dans le fait que, dans l’exploration aventureuse du champ des possibles, je puisse m’écarter, me perdre en chemin et faire des découvertes dont je n’étais pas à la recherche. Si vraiment le divin enfant est "l’inventeur du bonheur et l’unique sauveur du monde", je suis fort aise d’être parmi les malheureux qui n’attendent pas le parachèvement de son œuvre pour bien vivre.

    Marc Therrien