Notre chef devra parler français

L'homme d'affaires Kevin O'Leary n'a pas décidé s'il entrera dans la course à la direction conservatrice, mais cela n'empêche pas ceux qui sont déjà officiellement candidats de l'attaquer.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne L'homme d'affaires Kevin O'Leary n'a pas décidé s'il entrera dans la course à la direction conservatrice, mais cela n'empêche pas ceux qui sont déjà officiellement candidats de l'attaquer.

Imaginez un instant que vous êtes un investisseur et que deux entrepreneurs vous approchent pour investir dans leur entreprise. Les deux ont un produit révolutionnaire que les consommateurs désirent. Tout va bien jusqu’à ce qu’un des entrepreneurs vous dise qu’il n’a pas l’intention de vendre son produit à plus de 30 % des consommateurs cibles. Vous lui demandez pourquoi. Il vous répond que ce n’est pas nécessaire et que, de toute façon, les clients non ciblés se déplaceront dans le marché voisin pour l’acheter. Il est raisonnable de croire que votre choix d’investir sera assez facile à faire.

C’est exactement ce qui s’est produit lundi dernier avec l’homme d’affaires et investisseur Kevin O’Leary, qui a décidé de se lancer dans la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada. Il a dit, dans la langue de Shakespeare bien sûr : « Pour mener une économie morose hors de l’abysse, il faut être capable d’agir, peu importent ses compétences linguistiques […]. [De toute façon] les Québécois de 18 à 35 ans sont presque tous bilingues. »

M. O’Leary est un homme compétent qui a eu énormément de succès dans le monde des affaires, personne ne remet ça en question. D’ailleurs, le Canada bénéficierait de l’expertise de plus d’hommes et de femmes d’affaires en politique. Par contre, cela ne doit pas être fait en oubliant un des critères fondamentaux de l’ère moderne au Canada quant au poste de premier ministre : être en mesure de communiquer avec plus du tiers de sa population. Cela devrait aller de soi, ne serait-ce que par respect pour la population francophone qui a contribué à bâtir le Canada.

Atout essentiel

Je suis conscient que l’argument du respect ne risque pas de convaincre M. O’Leary. Alors regardons l’histoire de notre grand parti. Deux des premiers ministres conservateurs ayant eu le plus de succès électoral et ayant transformé le Canada sont MM. MacDonald et Mulroney. Il y a un dénominateur commun chez ces deux premiers ministres : ils ont gagné avec d’importantes majorités au Québec et ont ainsi été en mesure de former des gouvernements majoritaires solides. Il est vrai que M. Harper a été en mesure de former un gouvernement majoritaire sans le Québec, mais sa majorité n’a duré que quatre ans. Si M. O’Leary veut être un premier ministre qui a réellement une chance de gagner et de gouverner à long terme, il faudra qu’il apprenne le français, et ce, très rapidement.

Mon commentaire ne se limite pas à M. O’Leary, mais à tous les candidats prenant part à cette course. La qualité du français de la majorité des candidats lors du débat de Moncton n’était rien de moins qu’embarrassante. Les membres du PCC s’attendent à mieux de leurs candidats. Nous sommes loin d’être des zélés de la langue ou des séparatistes ; nous sommes des Canadiens français fiers de notre héritage et croyons que le Canada a été fondé par deux grandes nations. D’ailleurs, nous sommes le parti qui a reconnu la nation québécoise ; il est temps d’agir en conséquence.

Chers députés d’ici, les militants conservateurs du Québec se sont dévoués corps et âme pour vous faire élire. Nous nous attendons à ce que vous fassiez la promotion de nos valeurs conservatrices et de la culture québécoise à Ottawa. Il est temps de prendre la parole.

9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 21 décembre 2016 07 h 59

    De quoi sé?

    What did he say?
    (Je laisse le soin de la traduction au docte lectorat du Devoir)

  • Jean-François Trottier - Abonné 21 décembre 2016 09 h 09

    Ah! La belle logique!!!

    M. Meterissian, toute votre lettre transpire l'étude de marketing mal digérée.

    D'abod votre façon de rejeter la candidature de M. O'Leary évidemment, mais encor4e plus votre positionnement : vous êtes un investisseur ?

    L'État n'est pas une compagnie! Je suis écoeuré de le répéter à tous les petits peddleux de passage qu'on voit tant dans les partis.

    L'idée d'avoir, vous le voulez vous-mêmes, un bon "vendeur" à la tête de votre parti, mène au-to-ma-ti-que-ment à un gouvernement qui pense en fonction de vendre le Canada.
    Que ce soit à la livre, au litre ou tête de pipe par tête de pipe, c'est cette notion merchandising de la politique qui forcément mène un pays à devenir non pas responsable de lui-même, mais esclave des marchés et de leur fluctuations.

    C'est profondément révoltant et rien d'autre. Ça mène aussi à faire confiance à des sociopathes notoires et imbus d'eux-mêmes qui n'ont en fin de compte que réussi à amasser une forture autour de leur nombril.

    Votre chef devra parler français bien sûr, mais il devra parler bien-être des gens, santé, richesse collective et liberté sociale au lieu du discours libertarien débile qui laisse le champ libre uniquement à ceux dont la pensée s'arrête à leur prochain profit.

    À foce de penser profits, vous faites partie des comptes de perte, M. Meterissian.

  • Serge Morin - Inscrit 21 décembre 2016 09 h 18

    Après une profession de foi canadienne comme ça et un auto dénigrement québécois en conséquence,mon vote vous est assuré.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 décembre 2016 13 h 57

      M.Meterisian,prenez en note que je voterai pour le Bloc Québécois .Devinez pourquoi !(voir le commentaire précédent)

  • Denis Charlebois - Abonné 21 décembre 2016 10 h 29

    Pas besoin de parler français pour gouverner...

    Le fait que Stephen Harper ait obtenu une majorité sans le Québec aux dernières élections qui l'ont reconduit au pouvoir n'incite sûrement pas les candidats à la chefferie du Parti Conservateur à apprendre le français. En effet, à quoi parler français servirait-il si un parti peut gouverner le Canada sans avoir besoin d'un nombre significatif de députés québécois? De toute façon, il y aura toujours un québécois de service pour traduire les politiques canadiennes au Québec et il y a eu de tout temps plusieurs ministres fédéraux qui ne parlent pas français. En plus, historiquement, plusieurs premiers ministres canadiens unilingues anglophones ont gouverné le Canada sans parler un seul mot de français, à commencer par McKenzie King, Borden, etc. Alors il n'y en a plus, de problème.

    Denis Charlebois

  • Sylvain Auclair - Abonné 21 décembre 2016 12 h 46

    Mais si jamais c'est un Québécois...

    qui est élu, les électeurs de l'ouest vont déserter le parti...

    • Loraine King - Abonnée 21 décembre 2016 13 h 16

      À moins que ce soit un Québécois avec un nom anglais qui parle anglais sans la moindre trace d'accent, comme Mulroney.

      Jean Charest est l'exception à cette règle chez les conservateurs canadiens, et strictement parce qu'il s'est retrouvé l'un des deux députés du parti aux communes en 1993.

      La liste des chefs conservateurs depuis 1867 |


      https://en.m.wikipedia.org/wiki/List_of_Canadian_conservative_leaders