Un boycottage insensé et injustifiable

«Il faut d’ailleurs féliciter les administrateurs de la Fondation [de la CSDM] de l’avoir relancée», écrit l'auteur.
Photo: iStock «Il faut d’ailleurs féliciter les administrateurs de la Fondation [de la CSDM] de l’avoir relancée», écrit l'auteur.

Par la voix de sa présidente, Catherine Renaud, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal vient de dénoncer l’invitation de la Fondation de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) aux 17 000 employés de cette dernière de participer à une campagne de financement par déduction à la source pour soutenir des projets visant le développement des élèves (« Les profs invités à donner pour offrir des services aux élèves », Le Devoir, 12 décembre 2016).

Cette invitation de la Fondation de la CSDM s’inscrit dans le cadre de sa relance après quelques années de dormance. Avantage indéniable de la campagne en cours, les contributions des employés de la CSDM seront doublées jusqu’à la hauteur de 50 000 $ par les caisses Desjardins de Montréal.

Par exemple, si chacun des 17 000 employés de la CSDM faisait un don unique de 3 $ (le prix d’un café) à la Fondation, une somme de 51 000 $ serait recueillie et Desjardins ajouterait 50 000 $. Les montants de contribution volontaire suggérés par la Fondation sont insignifiants en regard de la cotisation syndicale obligatoire d’environ 1000 $ par année qui est exigée des membres de l’Alliance.

La Fondation n’a pas pour but de remplacer l’État dans le financement des programmes d’enseignement et dans l’entretien des écoles, qui sont nécessairement financés par les taxes scolaires et les subventions du gouvernement. La mission de la Fondation est plutôt de financer des projets particuliers dans cinq champs d’intérêt (arts et culture, environnement, équité et inclusion sociale, persévérance scolaire, santé et saines habitudes de vie) dans le but d’optimiser les chances de réussite des enfants et de les aider à développer leur plein potentiel. On peut d’ailleurs penser que les enfants les plus susceptibles de bénéficier de l’appui financier de la Fondation seront ceux qui fréquentent les écoles des secteurs les moins favorisés, où les besoins sont plus grands. Environ 75 % des 112 000 élèves de la CSDM proviennent justement de ces milieux.

Aveuglement philanthropique

L’aveuglement philanthropique de l’Alliance est injustifiable. On comprend que la mission du syndicat est de revendiquer de meilleures conditions de travail pour ses membres, mais le coup de pouce qui a été suggéré à ses quelque 9000 membres ne leur enlève absolument rien. Bien au contraire, la Fondation veut tout simplement pouvoir faire un petit geste de plus pour favoriser la réussite des élèves, ce qui est en parfaite harmonie avec l’engagement personnel des enseignants.

Non, il n’y a rien d’odieux et de scandaleux dans cette initiative, comme l’a affirmé madame Renaud dans l’article du Devoir. Ce qui est odieux et scandaleux, c’est plutôt la culture de la dépendance de l’État dans laquelle baigne la direction de l’Alliance des professeurs et son étonnante insensibilité à la cause du mieux-être des enfants. Cette dépendance, qui n’est pas propre à la direction de l’Alliance, explique en partie pourquoi le Québec est bon dernier pour les dons de bienfaisance parmi les provinces et les territoires du pays. J’invite l’Alliance des professeurs à contribuer à changer cette mentalité de dépendance de l’État-providence. Elle pourrait même faire un don elle-même compte tenu de ses importants revenus annuels (9000 membres à 1000 $ = 9 millions non imposables).

Les parents et les grands-parents qui, comme moi, se soucient du parcours scolaire de leurs petits-enfants constatent tous les jours l’immense générosité de la grande majorité de nos enseignantes et enseignants. Ils savent que ces derniers n’hésitent jamais à en faire un petit plus que ce qui est demandé pour améliorer la réussite de leurs élèves. Il est décevant que la direction de leur syndicat ne soit pas au diapason de nos enseignants pour la cause d’une meilleure éducation pour nos enfants.

La philanthropie est une nécessité dans toutes les sociétés. À l’instar de nombreuses autres fondations d’écoles, de cégeps, d’universités, de centres de santé et de services sociaux et d’organismes communautaires, la Fondation de la CSDM poursuit une mission essentielle au bien-être et au progrès de notre société.

Nouvelle gouvernance

Il faut d’ailleurs féliciter les administrateurs de la Fondation de l’avoir relancée, d’avoir clarifié sa mission et d’avoir revu sa gouvernance. Le fait que son conseil d’administration soit désormais formé majoritairement de membres indépendants permet à la Fondation de mener sa mission en toute indépendance des impératifs financiers de la CSDM. Je vous invite à consulter le site Internet de la Fondation pour le constater et mieux comprendre sa mission, son plan d’action et sa créativité. D’ailleurs, quiconque souhaite maintenant faire un don à une école de la CSDM peut le faire en ligne, ce qui est une première pour les fondations de commissions scolaires. Enfin, il importe de souligner que tout ce travail a été accompli en quelques mois avec des moyens extrêmement limités.

Voilà pourquoi, la Fondation de la CSDM mérite un appui enthousiaste non seulement de la population de Montréal et des parents qui confient leurs enfants aux écoles de la CSDM, mais aussi de l’ensemble de ses éducatrices et éducateurs. Il en va tout simplement de l’épanouissement et du développement de nos enfants et de l’avenir de notre société.

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11 commentaires
  • Michel Laforge - Abonné 17 décembre 2016 08 h 51

    Insulté

    Je suis juste insulté.

    Je suis enseignant depuis 25 ans à la CSDM dans une école de raccrocheur. Me faire faire la morale par un émérite étranger qui n'a jamais mis ne serait ce que le petit orteil dans une classe bondée d'élèves en très grandes difficultés pour lesquelles je donne tout le temps que je peux! (En passant, en fin de semaine, je corrige sans être payé car je crois que c'est la meilleure chose à faire pour, non seulement leur réussite scolaire mais, aussi pour leur développement psychosocial.)

    S'il vous plaît monsieur, taisez vous.

    • Marc Therrien - Abonné 17 décembre 2016 15 h 01

      Un don libre?

      Si j'étais professeur, j'aurais sans doute de la difficulté à digérer cette manipulation et à ne pas vô...dans ma bouche. Par définition, le don est un acte libre et volontaire, non? La Fondation de la CSDM, via la pression morale exercée par un administrateur "émérite", se comporte quasiment comme le plus maladroit des quêteux qui nous engueule parce qu'on ne lui donne pas et ce faisant, n'attire en rien notre sympathie à l'égard de sa cause. Au contraire...

      Marc Therrien

  • Serge Morin - Inscrit 17 décembre 2016 09 h 48

    Une implication du journal "Les Affaires " pourrait peut-être débloquer le dilemme!

  • Sylvain Auclair - Abonné 17 décembre 2016 10 h 03

    Quand même

    Les profs sont déjà sous-payés et vous voudriez leur demander encore plus d'argent? Comme charité bien ordonnée commence par soi-même: combien donnez-vous?

  • Raynald Rouette - Abonné 17 décembre 2016 10 h 05

    Il faut avoir du culot, une insulte à l'ntelligence!


    Tout est politque, même la philanthropie!

    D'où origine la décrépitude avancée de notre système d'éducation, de son corp professoral et de tout les bâtiments qui y sont rattachés?

    La philantropie sert à deux choses, se substituer au gouvernemnt et permettre à celui-ci de se défiler à ses obligations et permettre à ceux qui la pratique à grande échelle de se donner bonne conscience.

  • Bernard Dupuis - Abonné 17 décembre 2016 10 h 06

    Philanthropie ou antisyndicalisme?

    Il m’apparaît que M. Gagné ne comprend pas la situation ambigüe dans laquelle se trouve l’ensemble des professeurs de la CSDM. De plus, cette compréhension semble provenir de la confusion que M. Gagné fait, probablement involontairement, entre la fin et les moyens.

    La première raison pour laquelle M. Gagné et sa fondation placent les professeurs dans une situation intenable est qu’il enjoint ceux-ci à banaliser leur propre combat pour «… optimiser les chances de réussites des enfants…». En effet, en faisant un don, même symbolique, à la fondation de M. Gagné ce n’est pas la culture de dépendance à l’État qu’ils combattent, mais le désengagement et la déresponsabilisation de l’État qu’ils encouragent. C’est d’ailleurs le mal tragique dont sont responsables toutes ces fondations et «guignolées» du Québec. Ils jouent le jeu de ces gouvernements néolibéraux qui se désengagent devant les injustices et les inégalités sociales. La philanthropie devrait entrer en scène uniquement lorsqu'il n'y a pas d'autres solutions possibles.

    M. Gagné enjoint les professeurs, à se tirer dans le pied. À force d’encourager les gouvernements à se désengager et à se déresponsabiliser, on en vient à faire apparaître des individus aux idéologies essentiellement individualistes et fondamentalement antisociales telles qu’on les voit apparaître chez nos voisins du sud. À force d’affirmer la supériorité de l’individualisme sur la solidarité sociale de l'État, on est en train de former une société pré-fasciste à la Trump.

    Il ne faut pas confondre la cause du mieux-être des enfants et la «philanthropie». Cette dernière est un moyen, pas nécessairement le meilleur, d’atteindre une fin. Toutefois, il ne faut pas que le moyen devienne plus important que la fin et que l’on en vienne à confondre «philanthropie» et antisyndicalisme.

    Bernard Dupuis, 17/12/2016