Comment améliorer la gouvernance des organismes publics québécois?

«On pourrait en arriver à ce que les problèmes qui surgissent inévitablement dans les organismes publics soient pris en charge par le conseil d’administration et la direction de l’organisme», estime l'auteur.
Photo: iStock «On pourrait en arriver à ce que les problèmes qui surgissent inévitablement dans les organismes publics soient pris en charge par le conseil d’administration et la direction de l’organisme», estime l'auteur.

La récente controverse à propos de la Société immobilière du Québec a fait réaliser que, malgré des progrès certains, les espoirs investis dans une meilleure gouvernance des organismes publics se sont dissipés. Ce n’est pas tellement les crises récurrentes dans des organismes ou sociétés d’État qui posent problème. Ces phénomènes sont inévitables même avec une gouvernance exemplaire, comme cela fut démontré à maintes reprises dans les sociétés cotées en Bourse. Non, ce qui est remarquable, c’est l’acceptation des limites inhérentes à la gouvernance dans le secteur public selon le modèle actuel.

Appartenant à l’État, les organismes publics ne jouissent pas de l’autonomie qui permettrait à leur conseil d’administration d’assumer les responsabilités essentielles qui incombent à un CA normal : nomination du p.-d.g., établissement de la rémunération des dirigeants, élection des membres du conseil par les « actionnaires » sur proposition du conseil, etc.

Ainsi, le CA d’un organisme public, dépouillé des responsabilités qui donnent à un conseil sa légitimité auprès de la direction, entouré d’un appareil gouvernemental en communication constante avec le p.-d.g., ne peut que difficilement affirmer son autorité sur la direction et décider vraiment des orientations stratégiques de l’organisme.

Indépendance d’esprit

Pourtant, l’engouement pour la « bonne » gouvernance, inspirée par les pratiques de gouvernance mises en place dans les sociétés ouvertes cotées en Bourse, s’était vite propagé dans le secteur public. Dans un cas comme dans l’autre, la notion d’indépendance des membres du conseil a pris un caractère mythique. Or, à l’épreuve, on a vite constaté que l’indépendance qui compte est celle de l’esprit, ce qui ne se mesure pas, et que l’indépendance qui se mesure est sans grand intérêt et peut, en fait, s’accompagner d’une dangereuse ignorance des particularités de l’organisme à gouverner.

Ce constat des limites des conseils d’administration que font les ministres et les ministères devrait les inciter à modifier ce modèle de gouvernance, à procéder à une sélection plus serrée des membres de conseils, à prévoir une formation plus poussée des membres sur les aspects substantifs de l’organisme dont ils doivent assumer la gouvernance.

Or, l’État manifeste plutôt une indifférence courtoise, parfois une certaine hostilité, envers les conseils et leurs membres, que l’on estime ignorants des vrais enjeux et superflus pour les décisions importantes.

Constat

Évidemment, le caractère politique de ces organismes exacerbe ces tendances. Dès qu’un organisme de l’État met le gouvernement dans l’embarras pour quelque faute ou quelque erreur, les partis d’opposition sautent sur l’occasion et, les médias aidant, le gouvernement est pressé d’agir pour que le « scandale » s’estompe, que la « crise » soit réglée au plus vite. Alors, les ministres concernés deviennent préoccupés surtout par leur contrôle sur ce qui se fait dans tous les organismes sous leur responsabilité, même si cela est au détriment d’une saine gouvernance.

Ce brutal constat fait en sorte que le gouvernement, les ministères et ministres responsables contournent les conseils d’administration, les consultent rarement, semblent considérer cette agitation de gouvernance comme une obligation juridique, un mécanisme pro forma utile qu’en cas de blâme à partager.

Prenant en compte ces réalités qui leur semblent incontournables, les membres des conseils d’organismes publics, bénévoles pour la plupart, se concentrent alors sur les enjeux pour lesquels ils ont encore une certaine influence, se réjouissent d’avoir cette occasion d’apprentissage et apprécient la notoriété que leur apporte dans leur milieu ce rôle d’administrateur.

Cet état des lieux, s’il est justement décrit, soulève des défis considérables pour l’amélioration de la gouvernance dans le secteur public. Les mesures suivantes pourraient s’avérer utiles :

Améliorer la qualité de la formation donnée aux membres de conseil en ce qui concerne les particularités de fonctionnement de l’organisme, ses enjeux, ses défis et critères de succès. Cette formation doit aller bien au-delà des cours en gouvernance qui sont devenus quasi obligatoires. Sans une formation sur la substance de l’organisme, un nouveau membre de conseil devient une sorte de touriste pendant un temps assez long avant de comprendre suffisamment le caractère de l’organisation et son fonctionnement.

Accorder aux conseils d’administration un rôle élargi pour la nomination du p.-d.g. de l’organisme ; par exemple, le conseil pourrait, après recherche de candidatures et évaluation de celles-ci, recommander au gouvernement deux candidats pour le choix éventuel du gouvernement. Le conseil serait également autorisé à démettre un p.-d.g. de ses fonctions, après consultation du gouvernement.

De même, le gouvernement devrait élargir le bassin de candidats pour les conseils d’administration, et recevoir l’avis du conseil sur le profil recherché.

Verser une rémunération adéquate aux membres de conseils ; le bénévolat en ce domaine prive souvent les organismes de l’État du talent essentiel au succès de la gouvernance.

Rendre publique la grille de compétences pour les membres du conseil dont doivent se doter la plupart des organismes publics ; fournir une information détaillée sur l’expérience des membres du conseil et rapprocher l’expérience et l’expertise de chacun de la grille de compétences établie. Cette information devrait apparaître sur le site Web de l’organisme.

Au risque de trahir une incorrigible naïveté, je crois que l’on pourrait en arriver à ce que les problèmes qui surgissent inévitablement dans les organismes publics soient pris en charge par le conseil d’administration et la direction de l’organisme. En d’autres mots, en réponse aux questions des partis d’opposition et des médias, le ministre responsable indique que le président du conseil de l’organisme en cause et son p.-d.g. tiendront incessamment une conférence de presse pour expliquer la situation et présenter les mesures prises pour la corriger. Si leur intervention semble insuffisante, alors le ministre prend en main le dossier et en répond devant l’opinion publique.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 16 décembre 2016 07 h 31

    Un petit paradis perdu en pleine campagne, voila ce qu'avaient voulus pour nous nos parents

    quand j'étais ados dans mon village, il était de traditions de s'informer des voisins, nous avions pres de chez moi une famille anglaise et protestante dont les enfants étaient devenus nos amis, le plaisir que nous avions était d'aller les retrouver avec toutes sortes de friandises au bout de quelques heures tous les enfants du village se retrouvaient chez les uns ou chez les autres, voila comment ca se passait dans mon village, un petit paradis perdu en pleine campagne un jour je vous parlerez de nos aventures sur le ruisseau gelé avec nos nouveaux patins aux pieds, des souvenirs inoubliables

  • Jean-François Trottier - Abonné 16 décembre 2016 08 h 53

    En fin de compte, dépolitiser totalement ?

    Certainement et je suis d'accord, mais... c'est insuffisant et pas vraiment acceptable dans une démocratie.

    En fait, il est absolument nécessaire que les organismes créés par le gouvernement soient indépendants, MAIS... le gouvernement doit y nommer un représentant qui a droit de regard partout, et ceci pourrait être pire! Alors, il faut que l'opposition puisse nommer un représentant qui aura les mêmes droits, un représentant soit choisi par toute l'opposition, pas seulement le parti principal. Comment y arriver ? Difficile à dire, mais il y a moyen.

    En fait, à chaque poste décisionnel il devrait y avoir un poste oppositionnel avec droit de regard à la grandeur des organismes gouvernementaux et des ministères. Bin quin!

    Ces mots si chers à Charest. "Faites-nous confiance", on a vu le résultat. Et aujourd'hui, l'opacité totale des gens du Très Docte Couillard n'augure que misères et petitesses mais voilà, on ne voit toujours rien!

    Ce qui est vrai dans un sens, l'est dans l'autre : laisser ces organismes hors du champ politique les rend sensible à d'autres intérêts, encore plus discrets et pas plus propres.
    Le secret est donc d'y laisser un oeil politique, côté ministériel, et un autre, côté opposition, au risque de regards... louches qui seront fort bienvenus.

  • François Genest - Abonné 16 décembre 2016 12 h 22

    Une naïveté avouée est déjà à moitié pardonnée

    Je ne doute pas des bonnes intentions de M. Allaire et peut-être qu'il prend mieux la mesure aujourd'hui des dysfonctionnements provenant des rapports ambigüs qu'entretiennent les directions, les conseils d'administration, les fonctionnaires et les élus dans la gestion des organismes publics, notamment dans le secteur de la santé et des services sociaux. La formation en gouvernance des administrateurs est de bien peu d'utilité si dans les faits elle avalise l'ascendant d'une ou deux personnes sur l'ensemble du conseil, des personnes généralement alignées sur les intérêts de la direction. C'est une situation de CATCH-22. On ne peut ni donner carte blanche à des organismes publics dont sont ultimement responsables des élus, ni imposer une gestion uniforme qui déresponsabilise les C.A. et les directions. Je sais que l'organisme de M. Allaire croit possible de cultiver un style de gestion applicable tant au privé qu'au public, mais il n'en reste pas moins - et il l'admet : "(...)à l’épreuve, on a vite constaté que l’indépendance qui compte est celle de l’esprit, ce qui ne se mesure pas, et que l’indépendance qui se mesure est sans grand intérêt(...)"
    L'IGOPP a besoin de se faire pardonner le lobbying qu'il a fait pour orienter la réforme du système de santé et de services sociaux, maintenant qu'on a vu le saccage des structures qui y a été opéré. La gestion d'un organisme public ne peut tout simplement pas se faire comme celle d'une entreprise privée, qui est, elle, libre de ses choix, mais qu'on laisse faire faillite quand de mauvais conseils la mène à la ruine.

  • Sylvain Auclair - Abonné 16 décembre 2016 12 h 56

    Entreprises cotées en Bourse

    Bizarre que vous considériez qu'une entreprise cotée en Bourse bénéficie _nécessairement_ d'une bonne gouvernance!