Donner la gérance de la bergerie au loup

Pour Pierre Craig, il s'agit de créer «un régime de protection du consommateur uniforme à travers tout le pays».
Illustration: Tiffet Pour Pierre Craig, il s'agit de créer «un régime de protection du consommateur uniforme à travers tout le pays».

Madame, Monsieur, où que vous soyez au pays, c’est à vous que je m’adresse aujourd’hui.

Pour faire plaisir aux banques, le gouvernement fédéral, financé par votre argent durement gagné, s’apprête à réduire des droits et des protections dont vous bénéficiez. Les députés voteront, peut-être aujourd’hui même, sur un projet de loi qui veut rayer de la carte les protections offertes aux Québécois face aux banques par la Loi sur la protection du consommateur (LPC). Des lois semblables vous protègent dans vos provinces respectives.

Des exemples ? La LPC interdit aux banques d’augmenter votre limite de crédit sans votre permission. La LPC vous protège aussi contre les frais cachés que les banques voudraient vous imposer. Une action collective a d’ailleurs été gagnée contre les banques à ce sujet. La Cour suprême avait reconnu, à l’unanimité, que non seulement la LPC ne nuit pas à l’activité des banques, mais appuie le régime fédéral qui les gouverne.

Ce que le projet de loi fédéral veut faire, c’est éliminer la protection dont vous entoure votre Loi sur la protection du consommateur ou la loi de votre province et les remplacer par un régime de protection du consommateur uniforme à travers tout le pays. Pourquoi ?

La réponse se trouve peut-être dans l’anecdote suivante.

Il y a quelques années à La facture, mon équipe et moi avions réalisé une entrevue avec le porte-parole de l’Association des banquiers canadiens. Celui-ci nous avait déclaré qu’il n’était pas question que les banques canadiennes reçoivent des ordres de Saint-Stanislas-de-Kostka, le nom de ce village de 1600 habitants étant utilisé pour désigner les provinces en général. Voilà la façon, à la fois arrogante et méprisante, dont les banques considèrent les lois des provinces de notre pays qui veulent vous protéger. Les lois provinciales comme la LPC dérangent les banques. Eh bien moi, je souhaite que ces lois qui vous protègent continuent de déranger les banques.

Le fédéral veut ajouter ses protections à celles qui existent déjà dans la LPC et les autres lois provinciales ? Soit. Mais pourquoi rayer de la carte des lois, du Québec et d’ailleurs, qui fonctionnent très bien ? « If it ain’t broke… don’t fix it », disent nos amis anglais. Au départ, je n’ai aucune confiance dans ce régime fédéral parce que j’ai la conviction que ce sont les banques elles-mêmes qui ont fait pression sur Ottawa pour l’obtenir.

Si cette loi passe, ce sera comme donner la gérance de la bergerie au loup. Si cette loi est adoptée, ce sera sans doute ensuite au tour des transporteurs aériens du pays de demander la même faveur à Ottawa : « débarrassez-nous des nuisances de ces provinciaux… », diront-ils probablement à des membres influents du gouvernement lors d’un cocktail à 1500 $ la place. Et les lois provinciales qui vous protègent aussi dans ce secteur seront éliminées pour un régime fédéral taillé sur mesure pour l’industrie.

Je suis loin d’être un expert en droit bancaire, l’un des plus complexes qui soient. Mais j’ai très peur que cette loi, qui veut permettre aux banques… « d’exercer leurs opérations de façon cohérente et avec efficacité à l’échelle nationale », ne soit en fait qu’un laissez-passer pour leur faciliter la vie avec vous, leurs clients, qui les enrichissez à coup de milliards.

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10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 6 décembre 2016 01 h 12

    Où sont les temps ensoleillés de M. Trudeau?

    Où sont les temps ensoleillés que nous a promis M. Trudeau? Est-ce que les temps ensoleillés exigent le démantèlement des lois qui protègent les consommateurs de la prédation des banques? Réveillez-vous M. Trudeau avant que vous perdiez toute crédibilité. Le peuple n'est pas aussi dupe que vous le pensez.

  • Gaston Bourdages - Abonné 6 décembre 2016 06 h 10

    Merci....

    ...monsieur Craig pour avoir osé décrire et décrier ainsi.
    Je comprends encore mieux pourquoi et comment «un cocktail à 1500 $/place»
    Le pouvoir politique et celui de leurs caisses électorales....vaste monde de subtilités...ah oui! légales mais combien immorales !
    Caisses électorales et/ou cocktails : retours d'ascenseur ou encore de «scratch my back....I'll scratch yours» ou encore de «Te souviens-tu ?»
    Surpris après de voir que désabués des gens votent «à la Trump»?
    Gens du politique et du économique vous y avez aussi des responsabilités...voyez-y, de grâces avant l'arrivée d'un(e) sosie Trump.
    Gaston Bourdages.
    Auteur.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 6 décembre 2016 15 h 26

      Meci aussi de ma part à M. Craig...tout à votre honneur en tant que journaliste de monter au créneau pour défendre les droits de vos concitoyens. Peu le font...peut-être que votre exemple fera boule de neige.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 décembre 2016 06 h 51

    Les banquiers sont des parasites qui se prennent pour d’autres

    Ce ne sont pas eux qui gagnent l’argent à la sueur de leur front. Ils ne font que spéculer paresseusement à la bourse avec nos économies durement gagnées. Et quand les bulles spéculatives qu’ils ont créées éclatent, que font-ils ? Ils nous supplient de payer les ports cassés.

    C’est quand même nous, les contribuables, qui les avons sauvés de la faillite en 2007.

    Et dès que nos dettes nationales se sont accrues substantiellement en raison de ce sauvetage (ex.: 30% de la dette actuelle de la France), les voilà qui réclament un ‘assainissement’ des finances publiques ce qui signifie une diminution des services qui nous sont rendus par l’État.

    Leur voracité n’a pas de limite. Pensez que les banques canadiennes prêchent l’abolition des espèces sonnantes (c’est-à-dire l’impossibilité de payer comptant). Cela leur permettra de prendre leur ‘cut’ sur chaque transaction et condamnera à la famine les mendiants puisqu’il nous sera impossible de leur faire l’aumône… à moins que l’État (c’est-à-dire nous, encore une fois) fournissions des terminaux électroniques à tous les itinérants de la province.

    Ces gens n’ont pas compris la leçon du Brexit et la révolte protéiforme des électeurs américains.

  • Jean-François Trottier - Abonné 6 décembre 2016 07 h 52

    Une autre démonstration parmi tant d'autres

    La Canada a été fondé par des banquiers à leur propre usage, comme l'élément premier de l'archipel des paradis fiscaux de l'empire britannique.

    Pas un article de la constitution canadienne qui n'ait passé sous leur loupe pour assurer une circulation libre de "leur" capital et de "leurs" liberté.

    Quand on entend Trudeau qui fait de l'acceptation totale de toutes les coutumes une base de son esprit canadien, on entrevoit les ficelles qui le font bouger : sa vraie liberté est financière avant tout et le reste, le côté gentillet, est parfait pour la galerie.
    Pas qu'il n'y croit pas. Les pire est en fait qu'il y croit! Mais ses appuis, eux, restent dans la longue lignée De MacDOnald. Borden, St-Laurent, Trudeau père et Chrétien.

    Cette inique grandeur d'âme a toujours été financière. C'est la raison d'être de leur Canada.

  • Jacqueline Rioux - Abonnée 6 décembre 2016 09 h 59

    Une loi pour nous, les petits

    La loi sur la protection du consommateur est ce petit poids ajouté dans la balance en faveur du consommateur qui autrement serait seul pour faire face aux puissants : les banques, les compagnies d'aviation, les commerçants de tout acabit. Nous devrions tous la défendre becs et ongles. Merci, monsieur Craig.