L’éducation est-elle vraiment une priorité collective?

La démonstration n’est plus à faire : l’éducation est la solution à plusieurs problèmes actuels et futurs.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La démonstration n’est plus à faire : l’éducation est la solution à plusieurs problèmes actuels et futurs.

Cet automne, le gouvernement a entrepris un exercice de consultation en vue de l’élaboration d’une politique sur la réussite éducative, ce qui vient s’ajouter aux travaux visant à doter le Québec d’un Conseil des collèges et d’un Conseil des universités. Bien que, selon toute vraisemblance, cette politique sur la réussite éducative porte sur le cas des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire, la Fédération des cégeps a déposé un mémoire sur le sujet, pour rappeler que la réussite éducative nous concerne tous et qu’elle passe aussi par les cégeps, mais surtout pour rappeler que cette question doit tous nous mobiliser.

Ce mémoire rappelle aussi que, bien qu’il soit fait d’étapes, le parcours scolaire des élèves doit être vu comme un cheminement continu, qui commence à l’entrée dans le système scolaire et se termine à la sortie, quel que soit le dernier niveau atteint, et nécessite une solidarité de tous les acteurs, en particulier les commissions scolaires, les cégeps et les universités. C’est d’autant plus vrai que ce parcours scolaire peut, par exemple, être semé d’embûches pour les étudiants aux prises avec des besoins particuliers, qui demandent une aide spécifique au primaire et au secondaire et que les cégeps ont ensuite le devoir d’accompagner une fois que ces jeunes y accèdent.

Au Québec, on croit à l’éducation. Depuis près de 50 ans, nous avons fait le choix de rendre l’éducation accessible à tous, de la maternelle jusqu’au cégep. Cette démocratisation de l’éducation de même que la présence d’établissements d’enseignement supérieur sur tout le territoire ont permis au Québec de sortir de ce qu’on a appelé la Grande Noirceur. Nous formions alors l’une des sociétés les moins scolarisées en Occident et nous pouvons aujourd’hui nous vanter de compter parmi les sociétés les plus avancées sur ce plan. Si nous pouvons assurément nous réjouir de cette bonne nouvelle et en être fiers, nous ne devons pas pour autant la tenir pour acquise. Ce choix en faveur de l’éducation doit être fait et refait constamment afin de nous assurer d’offrir la meilleure éducation possible à tous. Et ce n’est pas parce que nos dirigeants réitèrent constamment l’importance de l’éducation dans leurs propos que celle-ci se maintient toujours en tête des priorités des citoyens et du gouvernement.

La démonstration n’est plus à faire : l’éducation est la solution à plusieurs problèmes actuels et futurs. Pauvreté, exclusion sociale, problèmes de santé et problématiques sociales, entre autres, trouvent une grande partie de leurs solutions dans l’éducation.

Pourtant, malgré tout cela, les choix budgétaires des dernières années ont fait excessivement mal. Les cégeps ont pour leur part écopé de compressions totalisant 155 millions de dollars et le réinvestissement issu du dernier budget et de la récente mise à jour économique ne représente qu’une réponse très partielle aux problèmes croissants qui affligent notre système d’éducation. Tout ne passe pas par l’argent, mais cessons de dire qu’on peut faire mieux avec moins ! Devant une croissance de plus de 700 % des étudiants en situation de handicap, c’est une insulte à notre intelligence collective !

Le défi de la persévérance scolaire demeure important au Québec ; par exemple, nous devons absolument augmenter le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires avant l’âge de vingt ans. Même si, grâce aux cégeps, nous avons le pourcentage de diplômés du postsecondaire le plus élevé au Canada, avec 47 % au Québec contre 31 % en Ontario, le taux de diplomation collégial est préoccupant. Il en va de même à l’université. Parallèlement, force est de constater que nos organismes et entreprises, dans plusieurs secteurs d’activités, peinent encore à trouver la main-d’oeuvre qualifiée essentielle pour assurer leur vitalité et leur croissance. D’ici 2024, les prévisions l’indiquent, les employeurs auront besoin de 110 500 nouvelles recrues ayant terminé leur formation au niveau collégial, par exemple.

Devant cette multiplicité d’enjeux, l’éducation doit non seulement être une priorité gouvernementale, elle doit aussi être portée par tous les acteurs de la société. Si tous les parents, les employeurs et les acteurs sociaux unissent leurs voix pour la valoriser, nous retrouverons possiblement cette valeur partagée et ferons face aux besoins qui s’annoncent avec la nouvelle révolution industrielle qui est à nos portes.

N’attendons pas de subir davantage les conséquences que peut engendrer une carence en éducation. À l’aube de leurs 50 ans, les cégeps souhaitent participer à une mobilisation de tous les acteurs pour une société où l’éducation serait vraiment en tête des priorités et plus qu’un slogan…

4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 30 novembre 2016 08 h 29

    Changement de temps

    "Au Québec, on croit à l'éducation."
    Je changerais temps de votre verbe, monsieur Tremblay, qui passerait de présent au passé :"Au Québec, on croyait à l'éducation."
    Le Québec du présent, c'est l'économie; quel le parti politique qui met l'éducation comme "première priorité"?

  • Bernard Terreault - Abonné 30 novembre 2016 09 h 17

    Le cégep

    Cette invention bien postérieure à l'époque de ma jeunesse a été géniale. Au XXIième siècle, dans une société qui se veut avancée, il faudrait viser plus que le diplôme secondaire pour tous, il faudrait qu'au moins deux tiers des jeunes acquièrent le diplôme de cégep, que ce soit le préuniversitaire ou le technque.

  • Nadia Alexan - Abonnée 30 novembre 2016 21 h 36

    Des solutions fiscales pour établir la gratuité scolaire.

    L'auteur a raison. «Tout ne passe pas par l’argent, mais cessons de dire qu’on peut faire mieux avec moins !» Les pères de la Révolution tranquille et les auteurs de la Commission Parent avaient envisagé la gratuité scolaire de l'enfance jusqu'au poste doctorat. Le meilleur investissement qu'on puisse faire pour notre patrie est d'enrichir nos enfants avec une éducation universitaire, au lieu de les endetter à titre de milliers de dollars.
    La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics vient de publier un rapport inestimable sur les finances publiques qui pourrait économiser au gouvernement 10 milliards de dollars avec quelques solutions fiscales, faciles à implémenter: un régime de médicaments public, augmenter le taux d'imposition des entreprises de 15%, mais épargner les PME, augmenter l'impôt des banques, rétablir la taxe sur le capital, lutter contre l'évitement et l'évasion fiscale, rétablir 11 paliers d'imposition pour tous les particuliers. Bien que ce soit la volonté de nos élus qui manque!

  • Loyola Leroux - Abonné 1 décembre 2016 17 h 51

    Cegeps, quelles sont les sources des statistiques ?


    Bonjour monsieur Tremblay.
    Je constate que votre rôle est de promouvoir les cegeps, mais je ne comprends pas votre propos, lorsque vous affirmer : ‘’ grâce aux cégeps, nous avons le pourcentage de diplômés du postsecondaire le plus élevé au Canada, avec 47 % au Québec contre 31 % en Ontario.’’ La 2e année de cegep constitue une 13 année d’études et permet d’obtenir un diplôme postsecondaire, un DEC. En Ontario, le secondaire se termine avec la 12e année d’études. Le diplôme postsecondaire s’obtient apes 3 ou 4 années d’université, soit une 15e ou 16 années d’études. Comment pouvez-vous comparer ces taux d’obtention de diplômes ?
    Vous mentionnez que ‘’Devant une croissance de plus de 700 % des étudiants en situation de handicap’’ vous voulez plus d’aide du gouvernement. Le chiffre impressionne, mais en 2000, le cegep ou j’ai enseigné pendant 36 années accueillait 10 étudiants en situation de handicap sur un total de 4000. Leur nombre a augmenté à 70 ce qui représente une augmentation de 700% selon vous ? Connaissez-vous le taux d’obtention d’un diplôme de ces étudiants handicapés ?
    Vous avez raison, depuis 50 ans l’accès à l’éducation s’est démocratisé au Québec. C’est un succès. Mais, malheureusement à mon avis, plusieurs acteurs du monde de l’enseignement, pour ne pas couler les étudiants trop faibles, ont démocratisé les contenus. Ce qui est une erreur.
    Finalement, vous ne justifiez pas assez votre opinion qu’il faut que l’éducation soit une priorité collective. Pourquoi ? L’environnement, la justice, la santé, etc. ne constituent-ils pas aussi des priorités collectives ?
    bernard.tremblay@fedecegeps.qc.ca