François Fillon, un allié pour le Québec

«L’héritage du général de Gaulle en matière d’affaires étrangères, y compris à l’endroit du Québec, François Fillon l’assume pleinement», écrit Louise Beaudoin.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse «L’héritage du général de Gaulle en matière d’affaires étrangères, y compris à l’endroit du Québec, François Fillon l’assume pleinement», écrit Louise Beaudoin.

Avec la nette victoire de François Fillon dimanche à la primaire de la droite et du centre, le Québec peut s’attendre à avoir un solide allié à l’Élysée au cours des prochaines années. À moins, bien sûr, d’un nouveau revirement spectaculaire qui porterait à la présidence de l’État, en mai 2017, Marine Le Pen et l’extrême droite ou, encore moins probablement, un candidat de la gauche ressuscitée. En effet, selon toute vraisemblance, Fillon sera élu président de la République avec le report sur son nom d’une partie des voix de la gauche au second tour.

Le Parti québécois a bien compris cet enjeu puisqu’il a délégué à Paris ces jours-ci son porte-parole en matière de relations internationales, Stéphane Bergeron. Alors que la course entrait dans sa phase finale en opposant François Fillon et Alain Juppé, les Québécois — particulièrement les souverainistes — pouvaient déjà pousser un soupir de soulagement. L’humiliante défaite de Nicolas Sarkozy, avec à peine plus de 20 % des voix, montre qu’il ne s’était pas fait des ennemis que de ce côté-ci de l’Atlantique !

L’ancien président avait, rappelons-le, mis fin (temporairement) à une tradition diplomatique établie depuis 1977 entre la France et le Québec basée sur le principe de la « non-ingérence/non-indifférence » mais aussi sur celui de l’« accompagnement » des Québécois sur le chemin qu’ils choisiraient. C’est avec outrecuidance, quand on sait les thèmes (proches de l’extrême droite) sur lesquels il a basé sa campagne présidentielle de 2012 et celle de la récente primaire, que Sarkozy avait attaqué le mouvement souverainiste, le qualifiant de sectaire, de xénophobe et j’en passe ; ce qui avait conduit les chefs du PQ et du Bloc, Pauline Marois et Gilles Duceppe, à mettre les points sur les « i » dans une lettre envoyée à Sarkozy en février 2009. Célébrons : il n’y aura pas de suite à ce mauvais film.

Quant à Alain Juppé, c’est certainement, des deux candidats au deuxième tour, celui qui avait la connaissance la plus intime du Québec, pour y avoir séjourné et enseigné en 2005 et 2006. C’est surtout celui qui, en 1995, à la veille du référendum, alors ministre des Affaires étrangères, redonne à Jacques Parizeau les assurances nécessaires quant à la reconnaissance d’un Québec souverain par la France, comme le rapporte très bien Pierre Duchesne dans sa biographie de Parizeau : « Il n’est pas question de demander l’avis du Luxembourg ou de l’Espagne avant de prendre position sur la question québécoise », ajoute-t-il, précisant qu’il s’exprime aussi à titre de « porte-parole du mouvement gaulliste ». Espérons qu’Alain Juppé qui, fait rare, a toujours été constant et cohérent dans sa vision de la nécessaire alliance France-Québec continuera, d’une façon ou d’une autre, à y jouer un rôle.

Fillon : gaulliste en politique étrangère

L’héritage du général de Gaulle en matière d’affaires étrangères, y compris à l’endroit du Québec, François Fillon l’assume pleinement. Il l’a prouvé en 2008. Le jour où Québec fête ses 400 ans, le 3 juillet, Fillon, alors premier ministre, prend la parole au nom de la France au cours de la cérémonie du salut à Champlain. Dans son allocution, il fait appel à l’Histoire de façon magistrale. Il invoque la mémoire du général de Gaulle : « Voilà 40 ans qu’une grande voix, une voix historique, l’a tirée [la civilisation française québécoise] pour reprendre un mot qui vous appartient, de son hivernement dans l’esprit de mes compatriotes. »

Alors que le gouvernement canadien tentait, depuis des années, de limiter le sens des célébrations à celui de la fondation d’une ville, François Fillon reconnaît plutôt la naissance d’un « grand pays » où « la France s’est agrandie sans se diviser », s’est « étendue sans se rompre ». Le lendemain, à l’Assemblée nationale, il soulignera les accords entre les « deux pays francophones » que sont la France et le Québec. Il n’en faut pas plus pour soulever l’ire au Canada anglais : le Globe and Mail se fend d’un éditorial intitulé « Flirting with de Gaulle » dans lequel il qualifie le tout d’important accroc au protocole diplomatique.

Ce n’est pas tant que François Hollande ne s’intéresse pas à la relation franco-québécoise : la relation du président avec Pauline Marois, alors qu’elle était première ministre, a connu des beaux jours. Mais à gauche du spectre politique en France, il faut admettre que personne n’a encore repris fermement le flambeau laissé par Michel Rocard. Manuel Valls, son fils spirituel, prétendra-t-il un jour à ce titre ?

François Fillon, lui, est le digne héritier du général de Gaulle ainsi que de Philippe Séguin, son mentor, son complice, son ami jusqu’à sa mort survenue en 2010. Il a qualifié de « charnelle » et « émotionnelle » l’alliance France-Québec, qui pourrait connaître un nouveau souffle.

En juillet prochain, 50 ans après la visite de De Gaulle, François Fillon, s’il est alors président de la République, marquera-t-il cet anniversaire par des propos et des gestes à la mesure de cet événement historique ?

12 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 29 novembre 2016 04 h 05

    Après la méconnaissance et l'indifférence...

    Après la méconnaissance et l'indifférence socialiste triste, jamais brisées et même entretenues par les conseillers proches du Président Hollande au sujet des Québécois et de leur ambition historique de non seulement pas disparaître, mais de péréniser leur langue en Amérique, ce qui s'oppose politiquement en tout à un Canada qui depuis deux siècles et demi oeuvre sans discontinuité pour imposer l'anglais comme seule langue commune véritable chez lui, François Fillon ira-t-il jusqu'à persister à se tenir droit dans ses bottes sur un sujet qui risque de lui provoquer beaucoup d'inimitiés ?
    Pour ma part, moi le socialiste plus que déçu, si j'attendrai les faits en questionpour poser un jugement d'actualité sur l'éventualité d'un geste ami de Monsieur Fillon, pour l'instant, il est vrai que je m'en pose tout de même la question...
    Tel l'échos conséquent que j'attends toujours des politiques français à mon ouvrage "Et maintenant, Québec quoi ? (2007) lui qui fut saboté par un imprimeur que le hasard fit juge et partie pour mes propos et critique politiques faits à l'encontre du Président Sarkozy et de ses grands amis canadiens : Jean Charest, Paul Desmarais et compagnie.
    Merci de m'avoir lu ici.

    Et comme toujours avec moi : Vive le Québec libre !

  • François Dugal - Inscrit 29 novembre 2016 08 h 02

    Paroles historiques

    "Québécois, québécoises, je vous ai compris."

  • Lise Bélanger - Abonnée 29 novembre 2016 08 h 12

    Un article qui fait du bien.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 29 novembre 2016 10 h 04

      En effet!

  • Michel Lebel - Abonné 29 novembre 2016 08 h 39

    Nostalgie!

    Soyons sérieux! C'est quoi ce mythe de la France qui nous accompagne! La France en a bien assez de ses propres problèmes! La nostagie gaullienne est aussi celle d'une époque révolue.

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 novembre 2016 13 h 32

      Quoi!La France et le Québec doivent-ils s'emmurer pour vous faire plaisir?Nos problemes réciproques nous empechent-ils de regarder la Syrie,les USA de Trump,l'Afrique etc Excusez-moi mais c'est vous,Me Lebel qui est révolu et dépassé.

    • François Dugal - Inscrit 29 novembre 2016 14 h 13

      "Celui qui ne connaît pas l'Histoire est condamné à le revivre".
      -Karl Marx

    • Michel Lebel - Abonné 29 novembre 2016 20 h 48

      Jean-Pierre Grisé,

      Je connais assez bien la politique française. Ce que que j'affirme n'est que la vérité. Inutile de fantasmer, moi qui est un grand amoureux de la France.

      M.L.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 novembre 2016 09 h 10

    L'impression d'un changement

    On le sait nombre de jeunes français ont émigré chez nous dans les dernières années. Il m'a semblé que la plupart ont un attrait réal pour notre société et même notre culture. En tout cas, ils ne viennent pas ici en "mission civilisatrice", mais avec la curiosité sympathique que ma génération avait il y a 50 ans envers la France. Comme de rencontrer des cousins qu'on n'a jamais connus mais dont nous parlaient nos parents.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 novembre 2016 13 h 58

      Il est tout de meme décevant d"entendre ces jeunes francais au Québec discuter en anglais sur la rue au Plateau Mont-Royal.Se pratiquent-ils avant de se rendre au pays de l'Oncle Sam et de Super Trump ?
      Faut dire qu'ici Couillard et Trudeau ne sont pas favorable a la langue francaise.A Madagascar ils ont parlé du droit et de l'egalité hommes-femmes,ce qui est bien,mais ils etaient a un Sommet dela Francophonie, et avec Michaelle Jean,quelle belle équipe ils formaient.