Greenpeace réplique à un titre du Devoir - L'étiquetage des OGM n'est pas un mythe!

Il est déplorable que le titre accrocheur de l'article publié en une du Devoir le 19 février dernier, «La fin d'un mythe — Une analyse en laboratoire démontre pour la première fois que les OGM sont quasi absents de nos assiettes», ne reflète pas les interprétations plus nuancées des résultats présentés par les diverses personnes citées dans cette série de trois articles. La citation de la fin du premier article résume bien le fait que le résultat des tests est aléatoire.

En se basant uniquement sur les résultats des tests, Greenpeace constate que ce sont près de 70 % des aliments transformés qui pourraient contenir des ingrédients génétiquement modifiés ou être produits à partir de tels ingrédients, même si ceux-ci ne sont pas forcément décelables dans l'aliment final, et non 37 %, comme le suggère l'article de Fabien Deglise.

Pour ce qui est des quantités d'OGM trouvées dans les aliments, il faudrait les relativiser par rapport aux ingrédients susceptibles de provenir de cultures d'OGM. Par exemple, 0,9 % d'OGM dans un aliment transformé qui ne contient que 2 % d'ingrédients potentiellement OGM (par exemple, la fécule de maïs) signifie que 45 % de cet ingrédient est génétiquement modifié! Greenpeace offre des commentaires plus détaillés sur son site Internet. Mais penchons-nous plutôt sur la façon dont l'étiquetage obligatoire pourrait être mis en place ici au Québec et même au Canada.

Étiquetage au Québec

Si une quarantaine de pays ont mis ou vont mettre en place un étiquetage obligatoire des OGM, nous pouvons le faire nous aussi. Les obstacles ne sont pas d'ordre technique mais bel et bien politique. Il est évident que le projet du gouvernement fédéral d'un étiquetage «volontaire» (c'est-à-dire laissé à la discrétion des industries agroalimentaires) avec un seuil de tolérance de 5 % d'OGM, sans qu'il soit nécessaire de l'indiquer sur l'étiquette, permettrait dans les faits de continuer à cacher la majorité des aliments contenant des ingrédients génétiquement modifiés ou produits à partir de tels ingrédients.

Or, comme le fédéral stagne dans ce dossier, le gouvernement de M. Charest doit, comme le Parti libéral du Québec l'a promis, mettre en place un étiquetage obligatoire au Québec, et ce, dès cette année. Greenpeace déplore qu'aucun projet gouvernemental n'ait encore été rendu public. Espérons que le rapport de la commission de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation rappellera à la ministre de l'Agriculture du Québec la promesse faite par son parti.

Traçabilité des OGM

Afin de garantir qu'il n'y ait pas d'OGM dans les aliments qu'on retrouve dans les épiceries, le moyen le plus économique, le plus pratique et le plus rigoureux serait de s'assurer que chacun des ingrédients de base qui entre dans la fabrication des aliments transformés n'en contienne pas. Il faut donc mettre en place un système de traçabilité dans la chaîne alimentaire qui repose principalement sur des garanties formelles de chacun des fournisseurs et que, ponctuellement, des tests soient effectués par des laboratoires indépendants. Il ne sera donc pas nécessaire de tester chacun des produits dans les épiceries, dans lesquels on ne retrouve pas nécessairement de traces d'OGM (par exemple, l'huile de canola).

Le Québec pourrait commencer par adopter des normes d'étiquetage similaires à celles de l'Europe, avec un seuil de 0,9 % au-dessus duquel il serait obligatoire d'apposer l'étiquette OGM. Il faut noter que le seuil de 0,9 % s'applique à chacun des ingrédients pris individuellement et que la présence d'OGM doit être accidentelle et non permanente.

Préservation de l'identité génétique

des cultures

Il existe déjà, même en Amérique du Nord, des certifications pour garantir l'intégrité des cultures non génétiquement modifiées. La certification IP (identity preserved) permet notamment aux agriculteurs nord-américains d'exporter des produits agricoles non génétiquement modifiés sur les marchés extérieurs qui n'en veulent pas. Par exemple, des agriculteurs du Québec ont mis en place une production de soja qui n'utilise pas d'OGM ni de produits chimiques (La Terre de chez nous, «Soja sans produits chimiques - Les acheteurs étrangers en veulent», 15 août 2002, page 12).

Avec l'aide du ministère de l'Agriculture, ces agriculteurs ont obtenu une certification «Grain de santé» qui satisfait les acheteurs exigeants de l'Europe, du Japon et de la Chine. Si nos agriculteurs peuvent le faire pour les marchés extérieurs, ils peuvent aussi le faire pour nous!

Coûts de l'étiquetage

L'expérience européenne a démontré que les prix au détail pour les consommateurs n'ont pas augmenté après l'application de l'étiquetage. De grandes chaînes d'épiceries en Europe comme Safeway, Marks & Spencer et CWS Retail ont simplement réorganisé leurs approvisionnements pour offrir des aliments sans OGM et au même prix, comme le réclamait la grande majorité de leur clientèle. Le commissaire européen pour la santé et la protection des consommateurs, David Byrne, l'a confirmé en déclarant en 2001: «Certains prétendent que les coûts vont augmenter d'une manière significative à cause de notre projet d'étiquetage. Nous ne croyons pas que cela soit le cas. Le système d'étiquetage actuel (basé sur l'ADN et la protéine) proposé en 1997 n'a pas fait augmenter les coûts malgré les prédictions horribles avancées par certains groupes d'intérêt.»

Néanmoins, s'il y avait des coûts supplémentaires reliés à un système d'étiquetage obligatoire, il faudrait s'assurer que les agriculteurs qui cultivent sans OGM et que les consommateurs qui ne veulent pas en manger n'assument pas la facture. Ce sont ceux qui produisent et utilisent les OGM qui devront payer. Comme l'entreprise Monsanto est responsable de 90 % des cultures OGM à travers le monde, nous n'avons pas à subventionner indirectement cette entreprise en payant nos aliments plus cher pour éponger les coûts liés à l'étiquetage.

En plus de l'étiquetage...

Néanmoins, on ne doit pas s'arrêter à l'étiquetage obligatoire. Un débat de société sur l'ensemble du dossier des OGM s'impose. C'est pour cela que Greenpeace réclame la tenue d'une enquête publique, sous l'égide du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE), le plus rapidement possible. De plus, il faudrait que le gouvernement décrète un moratoire sur les cultures génétiquement modifiées au Québec au moins jusqu'au dépôt du rapport du BAPE. Nous aurions enfin un grand débat démocratique où nous pourrions nous interroger collectivement: avons-nous vraiment besoin des OGM?