L’incontournable question du sens de l’existence en fin de vie

«Les principaux philosophes et les religions ont fondé les plus puissants espoirs sur cette évidence: si le monde renferme autant de sens, il est aussi permis d’espérer que c’est le cas de la destinée humaine», relève l'auteur.
Photo: Getty Images «Les principaux philosophes et les religions ont fondé les plus puissants espoirs sur cette évidence: si le monde renferme autant de sens, il est aussi permis d’espérer que c’est le cas de la destinée humaine», relève l'auteur.

La question du sens de la vie se pose à tout être humain, mais elle se pose de manière plus aiguë lorsqu’on se trouve en fin de vie. Les questions se bousculent alors dans notre tête. Est-ce que l’existence humaine rime à quelque chose ? Est-ce que ma vie a signifié quelque chose ? Y a-t-il une vie après la mort ? Quel type de réponse peut-on espérer ?

Tout dépend bien sûr de la manière dont on aborde la question du sens de la vie. Celle-ci peut s’entendre selon des angles différents qui ont tout à voir avec les multiples sens de la notion de sens.

Le terme de sens renvoie à l’idée de signification : le sens d’un mot dans un dictionnaire, le sens d’un monument, d’une oeuvre d’art. Le sens désigne ici ce qui permet de comprendre quelque chose et ce qu’il y a « derrière elle » d’une certaine manière. Le sens possède aussi un sens directionnel : le sens des aiguilles d’une montre. Ce sens s’applique aussi à la question du sens de la vie : où la vie nous mène-t-elle ?

La notion de sens renvoie enfin à une certaine sensibilité : les cinq sens, le sens que l’on peut développer pour la musique, le sens de l’humour (lequel ne peut pas nuire en fin de vie). Est-il possible de développer un sens particulier pour la vie au soir de nos tribulations ?

Donner un sens

Ma vie a-t-elle signifié quelque chose ? La question ainsi posée en fin de vie est nécessairement rétrospective ; ce qu’on veut alors savoir, c’est si notre vie a laissé une petite trace, si elle a servi à quelque chose. Tous n’ont pas inventé la pénicilline ou reçu un prix Nobel de la paix, mais quand on pense au sens significatif de la vie, on ne songe pas seulement aux réalisations extérieures. On pense aux êtres qui comptent pour nous, ceux que l’on a aimés ou pas assez aimés.

Quand je me pose la question du sens de ma vie, je me demande ce qu’elle a signifié pour ceux qui m’entourent : ai-je été un mari supportable, ai-je apporté quelque chose à mes compagnons de travail, à mes amis, à ma communauté ? La question essentielle que l’on se pose quand la fin approche est celle de l’amour. Ai-je assez aimé ?

En second lieu, loin derrière, on peut aussi être fier de ses réalisations. L’essentiel est d’avoir accompli certaines choses qui ont donné un sens à notre vie. Donner un sens veut dire que ces activités ont conduit à un embellissement et une certaine effervescence de la vie. On peut dire que c’est là la partie « bilan » du sens de la vie. La question du sens de la vie est aussi prospective : et après ?

La mort

Le sens, ce n’est pas seulement ce qu’il y a derrière la vie, c’est aussi ce qu’il y a devant elle. Naturellement, le terme de la vie, c’est la mort. Mais si on se pose la question du sens, c’est qu’on se demande si la mort est la fin de tout. Si c’est le cas, il se pourrait que tout soit insensé et que l’homme ne soit qu’une « passion inutile » selon l’expression foudroyante de Jean-Paul Sartre. Or personne ne sait avec certitude si la mort est la fin ultime, pas même Sartre.

Une seule chose est certaine, c’est que l’humain est un être d’espoir et qu’il lui est difficile d’accepter que la mort soit un mur ou un gouffre. L’humain vit d’espoir et l’espoir fondamental de l’humanité et d’une vie sensée est que la vie conduit à quelque « sur-vie ».

Les grandes religions donnent voix à cette espérance directrice. Comment justifier cet espoir fou ? Il n’y a pas ici de « preuves », mais l’un des indices que la vie humaine est peut-être sensée et qu’elle mène à une forme de « sur-vie » réside depuis toujours dans l’impressionnante finalité de l’ordre des choses qui ne peut pas ne pas susciter notre émerveillement.

Comment expliquer, par exemple, l’invraisemblance de l’émergence de la vie, et de la vie intelligente, ou le chef-d’oeuvre du corps humain ? Comment tout cela a-t-il vu le jour ? Par le fait du hasard ? Explication paresseuse, car si le hasard a pu engendrer un monde et une vie qui débordent d’ingéniosité et de sens, il faut croire qu’il n’était pas si aveugle que ça.

Religions

Les principaux philosophes et les religions ont fondé les plus puissants espoirs sur cette évidence : si le monde renferme autant de sens, il est aussi permis d’espérer que c’est le cas de la destinée humaine. Ne dédaignons pas la soif qu’ont des patients en fin de vie pour la spiritualité : elle est très sensée et justement parce qu’elle reconnaît un grand sens à la vie humaine.

Le sens réside ainsi dans les significations qui portent la vie, en commençant par l’amour reçu et donné, dans l’espoir d’un sens au-devant de la vie, mais il réside tout autant dans une certaine sensibilité que l’on peut développer pour la vie elle-même, surtout en fin de vie.

Nous sommes happés par le vortex des obligations, professionnelles et personnelles, du train-train quotidien, et nous prenons trop peu le temps de nous arrêter pour savourer le miracle incroyable de la vie elle-même. Nous avons la chance inouïe d’avoir reçu le don de l’existence et, à la différence de l’abeille ou du chou-fleur, nous pouvons nous en rendre compte et nous en émerveiller. C’est une expérience qui a le don de relativiser nos petites mesquineries et nous remplir de gratitude devant le prodige et la beauté de la vie. C’est certainement une expérience privilégiée — et un sens de la vie — que les personnes en fin de vie peuvent développer et transmettre à ceux qui sont trop occupés pour s’y arrêter.

 

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Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un extrait du dernier numéro de la revue Spiritualitésanté (décembre 2016, vol. 9, no 3).
17 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 22 novembre 2016 04 h 57

    Monsieur Grondin, merci à vous et à....

    ...tout ce qui vous a permis de nous entretenir ce matin avec de si belles et nourrissantes réflexions.
    Ce faisant, vous invitez à un ou des silences...du coeur, de l'esprit et de l'âme.
    Donner sens à sa vie, c'est aussi y inviter le non scientifiquement prouvable. Donc à l'intanglible, le non-touchable ni palpable.
    Il existe de ces situations de la vie où donner un simple sens à sa vie relève de l'exploit.
    Comme ? Donner sens à sa vie après en avoir enlevé une. Quelle marche à gravir! Quel mur a percer !
    Je suis très heureux de vous avoir lu et vous réitère ma gratitude du début. Ce, sans autre prétention que celle d'être aussi auteur d'un ouvrage littéraire non publiable....sur la conscience.
    Gaston Bourdages.

  • Denis Paquette - Abonné 22 novembre 2016 05 h 10

    un petit destin qui parfois est écourté

    Une question, que tôt ou tard, il faut se poser, peut etre que la vie est une certaine somme d'énergie en réserve, qui un jour s'envôlera, peut être sommes- nous qu'un animal qui a un territoire un peu plus grand que celui des autre bêtes, peut etre ne sommes nous que le territoire que nous pouvons parcourir, enfin c'est la vision qu'avaient les amérindiens, peut etre que devant ce défie certains ont appris a sublimés, il m'arrive parfois d'écouter de la musique berbère et toujours dans leur tente au millieu du desert, je me dis comment font-ils, quand leur seul plaisir est une tasse de thé, j'ai beaucoup aimé mon pays, mais je dois maintenant me contenté de ce que la vie m'a donné et quand je dis ca, je ne fais pas de surenchères

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 novembre 2016 07 h 19

    Sens

    Après ce déroulement sur le sens de la vie, il demeure qu'après la mort «c'est autre chose». Personne n'est certain de ce que c'est, mais «c'est autre chose».
    Je demeure curieux. Aujourd'hui, je cherche, je pense, je crois; un jour je «saurai».

    PL

  • Denis Blondin - Abonné 22 novembre 2016 09 h 06

    Quelque chose après la mort?

    «La mort est-elle la fin de tout?». Je me rappelle d'un brillant prof. d'histoire de l'art qui fut atteint du sida. Dans son lit d'hopital, jusqu'à la fin, il revisait les épreuves d'un livre à paraître qui rassemblait ses principaux écrits. Il interdisait même à ses amis de venir le voir pour ne perdre ces précieux instants dans cette course contre la mort. Il voulait que sa pensée soit sa survie, lui qui était parfaitement athée. Il y avait bien quelque chose après la mort, oui, sa pensée. Sa pensée si riche, si profonde, avait été le sens de sa vie et c'est ce qui allait lui survivre, c'est aussi ce qui faisait qu'il allait lui-même survivre quelque part dans d'autres pensées...pour la suite du monde et son enrichissement pour les générations à venir. Il y a décidément quelque chose après la mort.
    Denis blondin

  • Yvon Bureau - Abonné 22 novembre 2016 09 h 10

    Une des incontournables réponses

    La science affirme qu'il y a de la vie avant la mort, qu'il y a beaucoup de vie lors de la fin de la vie.

    Pour plusieurs, et j'en suis, être bien vivants lors de la fin de la vie a tout un sens; être pleinement respectés jusqu'à notre fin a beaucoup de sens; être le chef d'orchestre du comment prendra fin notre fin de vie a tout un sens; être protégés avec sagesse et avec prudence de tous les nombreux intéressés pour des soins et des accompagnements a tout un sens. Et tout cela sans être des malades du sens, ayant besoin de soignants spirituels.

    Depuis un certain temps, j'ai lu et entendu des soignants spirituels. Avec grand intérêt. Parfois avec étonnement, souvent avec questionnement.

    Une phrase.
    «Ne dédaignons pas la soif qu’ont des patients en fin de vie pour la spiritualité : elle est très sensée et justement parce qu’elle reconnaît un grand sens à la vie humaine.» Fort bien pour des patients, mais pas pour tous les patients.

    Le libre-choix du comment et du avec qui je terminerai ma vie alimente le sens de la fin de Ma vie.

    Une réflexion.
    Le sens de l'après-mort est celui de la disparition. Apparaître-Paraître-Disparaître, c'est le sens du cercle de la vie. C'est tout. Et c'est TOUT ça! Et c'est merveilleux! La Vie est là, nous y passons.

    Une utopie.
    Toute personne, après son dernier souffle, devrait avoir 5 minutes de pleine conscience de et du Tout pour réaliser si ses croyances sont cohérentes avec le réel de l'après-mort.

    Merci, Jean, pour cette réflexion. La philosophie, c'est pour nous approcher le plus possible du Vrai et du Réel, sans jamais les atteindre!

    Ce qui me fascine, Jean, c'est de participer à la continuité de la vie. Socialement (depuis 32 ans promotion des droits, responsabilités et libertés de la personne en fin de vie) et familialement (épouse, 2 enfants, 5 petits-enfants «full» vivants!, 5 frères, 2 soeurs, et de nombreux amis). Je suis un VIEux bien vivant! BIENade de sens, pas MALade de sens.