On est loin de quelque forme que ce soit de rationalisation budgétaire!

Le ministre François Blais
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre François Blais

Martin Petitclerc et Cory Verbauwhede ont publié dans les pages du Devoir un texte sur le nouveau programme Objectif emploi qui vise l’intégration sociale des premiers demandeurs d’aide sociale n’ayant aucune contrainte à l’emploi (moins de 4 % de tous les bénéficiaires actuels). Il s’est glissé dans ce texte plusieurs erreurs que je tiens à corriger.

Premièrement, contrairement à ce qu’affirment les auteurs, le programme Objectif emploi promeut non pas un, mais trois parcours de réinsertion : la scolarisation, la recherche d’emploi et le développement d’habilités sociales. Le choix du parcours demeure en définitive dans les mains du nouveau demandeur d’aide sociale. Tous ces parcours sont accompagnés d’une aide financière qui bonifie l’allocation mensuelle de base. Un participant au programme pourra maintenant toucher jusqu’à 986 $ par mois.

Deuxièmement, Objectif emploi ne permet de réaliser aucune économie sur le dos des plus pauvres comme il est sous-entendu. En fait, il a été évalué que la mesure pourrait coûter jusqu’à 50 millions de dollars de plus par année en allocations et ressources d’accompagnement supplémentaires. C’est bien compréhensible puisque tout investissement dans le capital humain nécessite des ressources additionnelles. On est loin de quelque forme que ce soit de rationalisation budgétaire !

Troisièmement, il est vrai qu’Objectif emploi crée des obligations pour une période limitée, mais encore faut-il savoir lesquelles. Il sera entre autres désormais possible de convoquer une personne sans contrainte à l’emploi et qui en est à sa première demande d’aide sociale pour faire l’évaluation de sa situation.

Un tel bilan est indispensable pour déterminer la meilleure façon de répondre correctement aux besoins multiples de ces personnes et, dans certains cas, pour s’apercevoir qu’ils ont des contraintes à l’emploi non déclarées. Au Québec, les sous-diagnostics, notamment en matière de santé mentale des jeunes arrivant à l’aide sociale, posent des questions sérieuses auxquelles il faut s’attaquer. C’est pourquoi il nous faut rencontrer systématiquement les nouveaux demandeurs d’aide sociale et procéder à l’évaluation de leur situation. C’est ce que va permettre Objectif emploi.

Éducation et l’autonomie économique

Il sera aussi obligatoire de démontrer une réelle participation au parcours choisi. Des pénalités sont prévues si jamais un participant faisait défaut de manière répétitive et sans raison valable à ses engagements. À nos yeux, et l’état de la recherche à ce sujet est assez clair, ces pénalités ont un effet essentiellement dissuasif et seront rarement appliquées. Mais il faut aussi savoir que la règle de réciprocité pour certaines catégories de prestataires d’aide sociale est pratiquée partout dans le monde et même dans les pays les plus sociaux-démocrates qui sont considérés maintenant, si je comprends bien les propos de nos deux auteurs, comme « indignes » puisque certains poussent les exigences à l’endroit de leurs assistés sociaux bien au-delà de tout ce que l’on pourrait imaginer au Québec. Ces pénalités seront facilement révocables et sont de même niveau que des pénalités qui existent depuis des années au Québec pour d’autres situations.

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale relève de différentes stratégies et non pas d’une seule comme le laissent malheureusement sous-entendre ces deux auteurs. La première est de mettre tous les efforts du côté du déploiement du capital humain en favorisant l’éducation et l’autonomie économique. Le programme Objectif emploi se situe de ce côté en fournissant un cadre soutenu aux premiers demandeurs d’aide sociale, dont la grande majorité est constituée de jeunes qui n’ont jamais terminé leur cinquième secondaire. La seconde, complémentaire et tout aussi nécessaire, est de s’efforcer de mettre en place des transferts directs aux personnes qui ne nuisent pas au premier objectif et qui renforcent de façon soutenable les possibilités de ceux et celles qui en possèdent le moins aujourd’hui.


Le déclencheur

« Par les menaces qu’elle fait planer sur les personnes qui demandent une aide de dernier recours et leur famille, la “Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi ainsi qu’à favoriser l’intégration en emploi” doit être dénoncée. »

— Martin Petitclerc et Cory Verbauwhede, « L’aide sociale et la peur de la faim », Le Devoir, 12 novembre.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

2 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 17 novembre 2016 12 h 12

    Monsieur le Ministre

    Un seul commentaire: l'Aide Sociale n'est pas une dépense mais un investissement direct dans l'éducation, la santé et l'économie!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 novembre 2016 23 h 12

    ... c’est mieux !

    « La première est de mettre tous les efforts du côté du déploiement du capital humain » (François Blais, Ministre, Emploi et Solidarité sociale)

    Possiblement que oui, mais, dans l’ensemble, le genre humain se considère, en dehors du capitalisme, et du néolibéralisme, comme un être doué de liberté de conscience en mesure de se détacher du monde des chiffres que le Système politico-économique cherche à « capitaliser » sur son dos plutôt qu’à humaniser ce qu’il vit !

    Oui, le travail est un privilège plutôt qu’un droit, et de ce privilège, on-dirait que le Système de l’Emploi et Solidarité sociale en profite, et ce, au détriment de l’être humain qui, parfois, évolue autrement libre !

    Servir un tel Système, c’est bien probablement pour les ministres et autres, mais respecter l’être humain, en situation de précarité ou de vulnérabilité, dans ce Système et en dehors des chiffres (capital h), encourage et libère, et ...

    ... c’est mieux ! - 17 nov 2016 -