La laïcité est une coquille vide sans une école vraiment laïque

Il y aurait une augmentation du nombre d’enseignantes, mais surtout d’éducatrices portant le hidjab dans des écoles montréalaises.
Photo: iStock Il y aurait une augmentation du nombre d’enseignantes, mais surtout d’éducatrices portant le hidjab dans des écoles montréalaises.

Les audiences sur le projet de loi 62 concernant la neutralité religieuse de l’État viennent tout juste de prendre fin. Alors que le Parti libéral du Québec ne veut toujours pas entendre parler d’interdiction de signes religieux, le Parti québécois (PQ) nous présente les recommandations du rapport Bouchard-Taylor comme faisant l’objet d’un large consensus social. Rappelons qu’il s’agit d’interdire le port des signes religieux aux personnes en position d’autorité coercitive — policiers, juges, procureurs et gardiens de prison. S’il y a consensus sur ces interdictions, c’est qu’il y a consensus sur le fait que les symboles religieux ne sont pas neutres, et que leur port par des représentants de l’État dans l’exercice de leur fonction est une atteinte à la liberté de conscience des citoyens. Mais la liberté de conscience n’est-elle valable que pour les personnes ayant affaire à la justice ? Celle des parents et des enfants est au moins tout aussi importante.


La Coalition avenir Québec l’a d’ailleurs bien compris et propose d’étendre l’interdiction aux enseignants et enseignantes. Comme l’explique Nathalie Roy, l’enseignant est une figure d’autorité, un modèle. Il est devant des jeunes influençables pour qui tout est porteur de message. Il exerce, entre autres, la délégation de l’autorité parentale en classe. La communication entre le parent et l’enseignant est d’ailleurs essentielle afin d’assurer une continuité entre l’école et la maison. Il en va de même pour les éducateurs et éducatrices en CPE et services de garde. La moindre des choses serait donc de s’assurer de ne pas heurter la liberté de conscience des familles et de ne pas rompre la communication par l’affichage de symboles religieux susceptibles de créer des divisions. C’est ainsi qu’on respectera le mieux la diversité des convictions des enfants, de leurs parents et de l’ensemble des citoyens.

Une fausse neutralité

Nous sommes plusieurs parents qui observent l’augmentation, année après année, du nombre d’enseignantes, mais surtout d’éducatrices portant le hidjab dans les écoles de la CSDM. Nos constatations sont confirmées par un sondage de l’Environics Institute (avril 2016) qui montre que plus de la moitié des musulmanes du Canada portent le voile, alors que dix ans plus tôt elles ne représentaient que 42 % des musulmanes. Le port du voile est donc en croissance, notamment chez les jeunes femmes de 18 à 34 ans, qui sont à 60 % voilées.

Compte tenu de cette multiplication du voile à l’école, c’est en matière d’intégration dans le système scolaire que le problème se pose. Y a-t-il vraiment des responsables ministériels en mesure de soutenir que le voile est un enrichissement pour le Québec, alors qu’il va à l’encontre de l’égalité entre les hommes et les femmes ? Le voile est une contrainte imposée exclusivement aux femmes à qui incomberait le devoir de pudeur pour ne pas provoquer le désir sexuel chez l’homme.

Peut-on vraiment croire que le voile d’une enseignante ou d’une éducatrice n’aurait aucune influence sur ses élèves ? Le prétendre, c’est ignorer l’impact de l’affichage dans une société bombardée d’annonces publicitaires. Rappelons que le crucifix a été supprimé des écoles du Québec, car il portait atteinte aux droits et libertés fondamentales des élèves placés en situation de clientèle captive, et forcés de le regarder toute la journée. Que dire alors du voile islamique ou de tout autre symbole religieux porté par un enseignant ? En situation d’apprentissage, la tête de l’enseignant est forcément toujours dans le champ de vision de l’élève. L’atteinte à la liberté de conscience est directe. C’est d’ailleurs au nom de cette liberté que les Québécois se sont battus pour que les soutanes des frères ainsi que les coiffes et les robes des soeurs catholiques sortent des écoles. Pourquoi devrait-on maintenant y introduire le voile islamique, le turban sikh ou la kippa ?

Parmi les amendements demandés par le PQ concernant le projet de loi 62 figure celui d’inscrire le principe de la laïcité de l’État dans la Charte québécoise des droits. Mais qu’est-ce qu’un État laïque sans une école laïque ? L’école ne devrait-elle pas figurer en priorité dans la liste des institutions de l’État devant jouir d’une laïcité pleine et entière ? Aucune forme de prosélytisme ne devrait y être admise. On ne peut invoquer la liberté religieuse pour tout accepter. Comme toute liberté, elle a des limites qui devraient être dictées par les valeurs fondamentales non négociables du Québec moderne, dont celles de l’égalité entre les hommes et les femmes et la séparation entre l’État et la religion.

Le cours ECR

C’est probablement dans cet esprit que Jean-François Lisée a pris position et parraine une pétition sur le site de l’Assemblée nationale pour l’abolition du volet « culture religieuse » du cours Éthique et culture religieuse (ECR). Ce cours, obligatoire tout au long du primaire et du secondaire, est une véritable entorse à la laïcité de l’école publique. Les manuels scolaires et cahiers d’exercices pour ce cours abondent d’exemples qui témoignent de la pression exercée sur les enfants pour qu’ils s’identifient à une religion. La position du PQ sur l’abolition du volet « culture religieuse » du cours ECR aurait eu sa place dans la liste des amendements demandés pour ce projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État.

L’école du Québec est-elle vraiment laïque lorsqu’un cours obligatoire enseigne les religions sous un angle, non pas historique, mais bien confessionnel ? L’école est-elle laïque quand les professeurs et éducateurs sont libres de porter leurs symboles religieux, même les plus intégristes ?

Il serait temps que la laïcité soit reconnue comme valeur fondamentale du Québec. Cependant, sans une école vraiment laïque, la laïcité est une coquille vide. Combien de juges, de procureurs, de gardiens de prison portent actuellement la kippa, le turban sikh ou le voile islamique ? Relativement peu. Par contre, le problème du port de signes religieux à l’école est, lui, bien réel. S’il y a consensus, c’est bien celui de respecter la liberté de conscience des enfants et de leurs parents — tout autant, sinon plus que celle des criminels.


 
22 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 17 novembre 2016 02 h 21

    Une loi interdisant le port de signes religieux s'impose.

    On nous dit dans les médias que tout va bien dans nos écoles et qu’on n’a pas vraiment besoin d’une loi sur la laïcité. Pourtant les professeures jouissent d’un rôle d’autorité et font figure de modèles à suivre. Alors, que dire de cette femme voilée dans une école élémentaire qui a entrepris, de son propre chef, de séparer les garçons des filles en les mettant à deux tables différentes ?

    À la question des jeunes à l’école élémentaire « Pourquoi portez-vous ça sur la tête ? » Les réponses varient : « par respect pour mon mari », « pour aller au paradis et non en enfer », « pour Allah », « pour ne pas faire de la peine au bon Dieu », « parce que je suis pure ». Un petit est allé dire à sa mère qu’elle n’est pas pure parce qu’elle n’a pas de fichu sur sa tête !
    Une loi sur la laïcité doit interdire le port de signes religieux dans les écoles et les services publics. Pour le bien vivre ensemble, arrêtons de dorloter l'intégrisme.

    • Pierre Schneider - Inscrit 17 novembre 2016 09 h 15

      Je ne vois qu'une solution, qui réglerait bien des problèmes: Le retour des codes vestimentaires comme cela se pratique dans bien des pays où les écoliers doivent porter uniformément la même tenue d'élèves.

    • David Cormier - Inscrit 17 novembre 2016 10 h 43

      Mais l'interdiction des signes religieux partout dans la fonction publique, y compris dans les garderies et les écoles, n'était-ce pas exactement ce que le PQ proposait dans sa charte tant honnie? Pourquoi les médias se sont-ils lancés dans une croisade anti-charte à cette époque? Je suis vraiment déçu qu'on en soit encore à discuter de ces questions alors qu'il aurait été possible d'agir depuis longtemps.

    • Ghisline Larose - Abonnée 17 novembre 2016 10 h 49

      Il est primordial que la laïcité soit se fasse dans la continuité de ce qui fut amorcé au Québec depuis un bon moment.

      Si comme plusieurs d'entre nous vous souhaitez le retrait du cours ÉCR, vous pouvez signer en suivant ce lien :
      https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-6309/

  • Gilles Delisle - Abonné 17 novembre 2016 07 h 26

    Excellente mise au point, madame!

    Quand donc le peuple québécois va-t-il retrouver cette laicité perdue? Tout est bien dit dans cette phrase: " Les Québécois se sont battus pour bannir soutanes, coiffes religieuses et autre symboles religieux dans la sphère publique, comment expliquer que des religieux venus d'ailleurs nous ramènent dans cet enfermement du port de symboles et vêtements religieux". Qu'on nous laisse en paix avec notre neutralité religieuse et notre laicité, et portez vos symboles religieux dans vos lieux de culte uniquement! A quand un gouvernement qui va se lever debout et affirmer tout haut que ce pays est laic, et que ceux et celles qui veulent nous imposer de force leur accoutrement religieux , dans la vie civile, ne sont pas les bienvenue dans ce pays.

  • Jacques Lamarche - Inscrit 17 novembre 2016 07 h 52

    Le tchador n'est point un signe religieux, mais ... !

    Dans l'esprit des gens, aux yeux de l'enfant, le voile est vu comme un signe de la foi musulmane. Au fond, il n'en en rien! Il fait partie d'une culture de la domination de la femme dans le monde djihadiste. S'il doit être combattu, c'est pour cette raison-là!

    Le Québec a été un leader en matière de la lutte pour l'égalité entre les hommes et les femmes! Les gains réalisés en quelques années sont remarquables. Toutefois la mode du voile des frères musulmans se répand, heurte les regarsds et risque de le faire reculer. Et le triste sort qu'a subi la chartre des valeurs montre combien il est délicat, au Canada, de mener une campagne pour l'égalité, tant le terrain est miné de chartres et de préjugés en faveur de la liberté!

    Quant à la laïcité, un tout autre combat, nul doute qu'il faille ouvrir le débat et intensifier le combat, jusque dans les écoles, il va de soi! Seul un État laïc peut assurer mur à mur la neutralité et offrir une protection contre toute velléité d'expression de ses convictions!

    La laïcité, faut-il le rappeller, est ou n'est pas! Elle ne peut être ¨ouverte¨! Sinon continuera la procession d'inextricables différends sur les accommodements!

  • Bernard Terreault - Abonné 17 novembre 2016 08 h 12

    Signe encourageant

    Depuis quelque temps, au Québec, les plus farouches opposants au port de signes religieux par les personnes en autorité sont des femmes portant des patronymes arabes. On ne peut quand même pas les accuser d'arabophobie ou d'islamophobie.

  • Gisèle Filion - Inscrite 17 novembre 2016 08 h 14

    signes religieux vs liberté de conscience

    Comme vous avez raison Madame Nadia El-Mabrouk !
    Oui, il faut bannir les signes religieux des écoles. Non seulement parce qu’ils portent atteinte à l’égalité homme-femme mais aussi parce qu’ils sont les symboles d’idéologies qui attentent à la liberté de conscience.

    Quand les religions s’arrogent le droit de faire peser des menaces sur leurs fidèles s’ils ne respectent pas leurs prescriptions religieuses, quand elles empêchent leurs fidèles d’en sortir, quand elles condamnent toute critique à leur endroit, en brandissant des menaces d’exclusion, de damnation éternelle, et que sais-je encore, qu’advient-il de la liberté de conscience qui se doit pour être valide, d’être éclairée par les lumières de la raison ?
    Les signes religieux sont là pour rappeler sans cesse la soumission à la religion en rappelant de façon implicite toutes ces menaces. Faites selon la religion sinon... La société doit-elle cautionner ce kidnapping de la liberté de conscience en tolérant les signes religieux dans ses institutions, pariculièrement à l'école ?
    L’école se doit d’être un lieu d’apprentissage de la liberté, pas un lieu de soumission programmée.
    Les signes religieux sont les étendards d’ idéologies qui s’enracinent dans l’au-delà.
    Est-ce qu' une société laïque doit se laisser gérer ici-bas, par l'au-delà ?