Mettre la recherche au service de la réussite

Malgré les avancées des dernières années, trop de jeunes Québécois peinent à obtenir un diplôme secondaire dans les temps prescrits.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Malgré les avancées des dernières années, trop de jeunes Québécois peinent à obtenir un diplôme secondaire dans les temps prescrits.

L'éducation est un important déterminant du bien-être et de la santé des populations. C’est un levier privilégié pour atténuer les inégalités sociales et contrer la pauvreté. Dans une économie fondée sur le savoir, l’éducation constitue aussi un puissant moteur de développement socio-économique. Tout en faisant bonne figure sur le plan international, le système scolaire québécois présente des faiblesses. Ainsi, malgré les avancées des dernières années, trop de jeunes peinent à obtenir un diplôme secondaire dans les temps prescrits (25 %), particulièrement dans les milieux défavorisés et autochtones (plus de 50 %), sans compter le pourcentage élevé d’analphabètes fonctionnels (53 %).

Améliorer un système éducatif performant requiert une action rigoureuse et systématique. Chercher à le faire en contexte de raréfaction des ressources complique la tâche. Pour y arriver, la mobilisation des connaissances les plus à jour, notamment celles issues de la recherche, constitue un passage obligé. Il faut investir dans les pratiques qui ont fait leurs preuves ou, à défaut, qui sont les plus prometteuses. Dévier de cette voie entraîne des coûts individuels et sociétaux importants.

Les écueils

Or, à l’heure actuelle, lorsqu’un décideur, un gestionnaire scolaire, un intervenant ou un parent souhaite connaître l’état des connaissances ou les pratiques et les ressources les plus efficaces sur un sujet donné, il se heurte à de nombreux écueils.

Premièrement, les savoirs sont éparpillés de par le monde, tout comme le sont les travaux des chercheurs et des unités de recherche de la quinzaine d’universités québécoises. Ensuite, il n’existe pas d’instance indépendante et bien identifiée, un guichet unique, où trouver de façon fiable les informations recherchées. Prenons le cas de la lecture, capacité cruciale pour la réussite scolaire, l’accomplissement personnel et l’engagement citoyen. Tous les responsables veulent mettre en oeuvre les meilleures pratiques pour que les élèves sachent lire, mais ils ne savent pas toujours quelles sont ces pratiques. De plus, ils se heurtent à des messages contradictoires, voire parfois erronés, de différentes autorités. Cette confusion a pour effet de priver des élèves de pratiques qui ont fait leurs preuves et nécessaires à leur réussite.

En 2002, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) proposait de mettre en place un dispositif d’ajustement continu pour arrimer le Programme de formation de l’école québécoise aux besoins des jeunes et de la société, en profitant des innovations éducatives d’ici et d’ailleurs. En 2006, il proposait également une vision où la recherche et la pratique pourraient « s’éclairer et s’enrichir mutuellement, à l’exemple de ce qui se fait dans le secteur de la santé », notant qu’il s’agit de l’un des défis à relever pour assurer l’évolution du système d’éducation et l’amélioration des pratiques éducatives. Enfin, en 2014, il traçait des avenues de formation continue dans une perspective de mobilisation des connaissances, mentionnant que « le personnel enseignant devra, par exemple, veiller à maintenir son expertise du domaine disciplinaire ; composer avec l’expansion des connaissances ; tenir compte, dans sa pratique, des résultats de la recherche et des expérimentations pédagogiques ».

Plaidoyer pour l’excellence

Même s’il n’y a pas de recette miracle, non plus que de « vérité unique » dans quelque milieu que ce soit, on a vu en santé que l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ, créé en 1998) et l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS, créé en 2011) ont permis d’améliorer significativement le soutien à ces réseaux, ainsi que d’éclairer les décisions, les pratiques et le développement de l’expertise.

De manière analogue, le Québec, dont l’avenir repose sur l’excellence de son réseau éducatif, gagnerait à mettre en place un institut national en ce domaine. Depuis quelques années déjà, plusieurs acteurs et organismes du milieu de l’éducation en sont venus à cette conclusion, car force est de constater que les organisations existantes n’ont ni le mandat de scientificité, ni l’indépendance, ni les ressources pour assumer ce rôle. Considérant la responsabilité collective quant à la réussite éducative de chaque élève, de même que le besoin d’arrimage entre le réseau de l’éducation et celui de la santé et des services sociaux, le moment est plus que propice pour le Québec de se doter d’un tel organisme.

Un institut national en éducation aura pour mission de soutenir le réseau éducatif dans la poursuite de l’excellence des pratiques et de l’utilisation judicieuse des ressources, par la mobilisation des connaissances et des acteurs. Il devra exercer cette mission dans le respect des valeurs d’excellence, d’indépendance, d’ouverture, de rigueur scientifique, de transparence, de probité et d’équité. Il assumera un rôle de conseil par la production et la diffusion de synthèses, d’avis, de recommandations, de guides et de ressources basés sur des revues systématiques et des mises à jour continues de connaissances. Il offrira du soutien à la mise en oeuvre de pratiques éclairées par ces travaux. Il contribuera de plus à faire rayonner les travaux québécois en éducation, ici et ailleurs dans le monde.

Que soit créé un comité de travail

Il pourrait se composer de réseaux thématiques permanents, par exemple, sur la gouvernance et la gestion scolaire, sur la littératie, sur l’adaptation scolaire, et sur d’autres thèmes. Chacun de ces réseaux serait composé de scientifiques représentant les divers courants épistémologiques et méthodologiques, de praticiens, de gestionnaires et de décideurs. Accessible à toutes les régions du Québec, cet institut réunirait et catalyserait les forces vives oeuvrant pour la réussite éducative. Il importe, à cet égard, de souligner les similitudes entre ce projet d’institut et le Conseil des universités proposé par la ministre Hélène David, que la CSQ vient de soutenir explicitement.

Par conséquent, il est recommandé au ministre Proulx de créer un comité de travail chargé d’élaborer le projet de création d’un institut national en éducation, en s’inspirant des meilleurs modèles en la matière. « L’enfance est une étape décisive, mais extrêmement brève » (UNICEF, 2016). Pour la réussite éducative et l’accomplissement de tous les élèves, et donc pour l’avenir de notre société, nous avons l’obligation d’agir ensemble, et ce, judicieusement, rapidement et efficacement.


*Ont cosigné cette lettre : Alexis Gagné, étudiant au doctorat à l’Université de Montréal et porte-parole de l’Institut des générations ; Hubert Gascon, professeur à l’Université du Québec à Rimouski ; Michel Janosz, directeur de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal ; Martin Maltais, professeur à l’Université du Québec à Rimouski ; Julien Prud’homme, professeur associé au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) de l’UQAM ; Marc St-Pierre, chargé de cours en administration scolaire à l’Université du Québec en Outaouais et consultant en éducation ; Serge Striganuk, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke ; Michel Umbriaco, professeur à la TELUQ.

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1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 16 novembre 2016 13 h 25

    La fin

    L'éducation est médiocre au Québec parce qu'un partie significative de la population croit qu'une éducation de qualité n'est ni nécéssaire, ni souhaitable. Ces citoyens votent pour la formation politique qui reflète leur désir. Cette formation politique sera reportée au pouvoir "ad nauseam".
    La minorité qui désire une éducation performante formant les citoyens de demain restera toujours ce qu'elle est : une minorité. Nous n'y pouvons rien, c'est la fin.