Le projet du Centre hospitalier universitaire de Montréal - Le site idéal, c'est celui de l'Hôtel-Dieu

Extraits du mémoire présenté devant la commission Mulroney-Johnson le 21 février 2004

Les signataires, tous anciens professeurs titulaires de médecine et en majorité émérites, désirent faire connaître à la commission les raisons majeures qui militent en faveur du choix du site actuellement occupé par l'Hôtel-Dieu de Montréal pour la construction du CHUM. [...]

Les membres de notre groupe sont depuis des décennies fortement préoccupés par la création d'un véritable hôpital universitaire de l'Université de Montréal. Déjà, en 1965, un groupe de confrères, professeurs titulaires à la faculté de médecine, avait publié une magnifique étude intitulée Le Centre médical universitaire - Un passé, une nécessité aux Éditions du Jour. Cette étude approfondie décrivait en détail le projet du centre médical universitaire, approuvé en 1964 par la faculté de médecine et par le conseil des gouverneurs de l'Université de Montréal et qui avait été revu par deux grands experts américains. Le projet, au montant de 45 millions de dollars, avait été remisé sur les tablettes à cause des élections envisagées à l'époque, et ce, jusqu'à la décision du gouvernement provincial, il y a environ sept ans, de créer le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) à un endroit appelé site Saint-Denis.

Déjà, près de 50 millions de dollars ont été dépensés en moult études et consultations diverses, et ce, sans l'achat du terrain et des quatre usines qui s'y trouvent et sans sa décontamination! Ce site a été choisi à la suite d'une étude faite par la firme Daniel Arbour et associés à la demande de la Corporation d'hébergement du Québec, sans qu'il y ait eu d'appel d'offres, tel que l'exigeait la loi.

En ce qui concerne l'Hôtel-Dieu de Montréal, les auteurs de ce rapport commettent des erreurs grossières et injustes (pages 50 et 51). Entre autres, on prétend qu'il faudrait démolir des bâtiments patrimoniaux et que les possibilités d'expansion sont nulles (c'est faux!) et «qu'il serait extrêmement difficile de maintenir l'hôpital opérationnel pendant les travaux (on estime à environ 12 % la part de superficie de plancher du nouvel hôpital qui proviendrait de l'ancien)». Cette raison ne tient pas debout à la lumière des arguments que nous apportons.

Un site unique

À toutes fins utiles, l'Hôtel-Dieu comme hôpital est en voie de disparaître et il est inutile, croyons-nous, d'en donner les raisons. Mais il reste le site. Après avoir examiné en détail ce rapport et visité les sites de Saint-Luc, de Notre-Dame et de Saint-Denis, il nous semble évident que le terrain occupé actuellement par l'hôpital Hôtel-Dieu offre des avantages supérieurs et, en fait, uniques.
- Avec l'acquisition du jardin des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph, disposées à le vendre, il y aura amplement d'espace pour la construction de deux pavillons de 250 pieds de long et de huit étages sur la rue Saint-Urbain, entre la rue Duluth et le pavillon Jeanne-Mance (ancienne École des infirmières) pour le centre de recherche et pour l'expansion future. Ceci permettrait d'y établir et d'y intégrer tous les services essentiels, sans dérangement des services hospitaliers existants, du fait que trois des pavillons sont déjà fonctionnels, solides et en parfait état. [...|. Une étude préliminaire permet de prévoir un total de 600 à 850 lits.
- Ce site est unique en raison de sa magnifique vue sur le mont Royal et ses espaces verts ainsi que de sa proximité avec l'Institut neurologique de Montréal, de la faculté de médecine de l'université McGill et de ses nouveaux centres de génomique et de protéinomique. Tout cela est situé à proximité du centre-ville, où sont concentrées l'économie et les décisions importantes pour Montréal. Le voisinage faciliterait les échanges culturels et scientifiques entre les deux centres médicaux de McGill et de Montréal. [...]
- Un tel projet coûterait beaucoup moins cher que la construction totale de novo du CHUM tel qu'il est proposé. De plus, il laisserait une somme de 350 à 400 millions pour des rénovations importantes à l'hôpital Notre-Dame et bien moindres pour les trois pavillons existants sur le site de l'Hôtel-Dieu. Cet aspect est d'importance capitale quand on prend en compte les autres obligations financières du gouvernement du Québec. [...]
- En ce qui a trait au problème de l'accès dont on a fait grand état (surtout l'absence de station de métro), cette question a été grandement exagérée, selon un expert que nous avons consulté. Une solution est déjà envisagée, comme le démontrent les plans actuellement à l'étude par la Ville de Montréal, pour refaire le «spaghetti» de l'intersection des avenues des Pins et du Parc. Il serait aussi possible de retenir l'hypothèse du terrain vacant entre les rues Sewell et Clark [...], qui permettrait l'érection d'un garage comptant plusieurs étages.

Dans ce contexte, il serait avantageux que l'hôpital Notre-Dame devienne l'hôpital principal et complémentaire du CHUM. On y trouve des centres de grande excellence en radio-oncologie, en radiologie diagnostique et interventionnelle, en transplantation, en neurochirurgie, en rhumatologie et autres.

Nous sommes persuadés que tout autre choix que celui que nous proposons pour le site du CHUM comporterait des risques graves pour l'avenir de la médecine de langue française à Montréal.