«Notre place», nous l’avons prise en chantant

«Paul Demers est membre fondateur et ancien président de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). C’est une autre corde à son arc», rappelle l'auteur.
Photo: Facebook «Paul Demers est membre fondateur et ancien président de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). C’est une autre corde à son arc», rappelle l'auteur.

Paul nous a quittés sans faire de bruit. Il nous avait prévenus, mais on ne pensait pas qu’il partirait si vite. À Orléans, où il vivait, il avait transformé son salon en chambre d’accueil, entouré de ses bombonnes d’oxygène. Cet air qu’il respirait et qui le maintenait en vie, il nous le donnait aussi abondamment, quand on venait le voir. Avec le temps, il portait tout juste son corps comme une formule de politesse, un vêtement jeté vite sur l’âme pour recevoir ses amis.

Sa vie est un roman. Il fut l’un des fondateurs de Contact ontarois. Je le revois en septembre 1978, à Toronto. Il a 22 ans. Guitare sèche, voix captivante, d’une grande musicalité. Le public lui appartient. Il ne le quittera plus durant plus de 30 ans. À la fin des années 70, il fonde le groupe Purlaine, à Hearst, dans le Nord ontarien. Purlaine, c’est du feu. Le groupe enflamme les écoles. En 1990, Paul lance son premier album. On y retrouve Zydaco pour Magali, qu’il écrit pour sa fille, mais aussi En stéréo et en couleurs, et Mademoiselle, sur un texte de Jean Marc Dalpé, Mademoiselle, mademoiselle, il y a une larme sur votre joue, le saviez-vous ?.

Au quart de tour

Il vit en tournée et sillonne toutes les scènes. Un jour j’irai dans l’Nord devient le hit de toute une génération. Il joue avec Richard de Grandmont à la batterie, Michel Loiselle à la basse et Sylvain Lavoie aux claviers. Paul Demers vient se ressourcer chaque année ou presque à Contact ontarois. Ovations debout. Il repart au quart de tour, galvanisé.

Dans les années 1990, il forme, avec Robert Paquette et Marcel Aymar, le fameux groupe PAD. Ce groupe a beaucoup de succès. On a le bonheur d’avoir sur scène les trois grandes vedettes de la chanson franco-ontarienne : Paquette, Aymar (CANO) et Demers. La carrière de Paul prend alors de l’ampleur. Il tourne en Louisiane et en Europe. Plusieurs artistes lui demandent de participer à leurs spectacles. Il va donc chanter avec Bruce Cockburn, Céline Dion, Richard Séguin et Robert Charlebois. Il commence leurs spectacles avec un départ canon. Il a même chanté en duo Lindbergh avec Louise Forestier !

En 1999, il lance son deuxième album D’hier à toujours. Les titres sont évocateurs du temps qui passe et de ce que chaque année est comptée : Déjà demain, Pour continuer, Pour ceux qui restent, L’orage passera, D’hier à toujours. Sur cet album, il écrit l’une de ses plus belles chansons : Chanson pour Gabrielle. Paul Demers est membre fondateur et ancien président de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). C’est une autre corde à son arc.

En septembre 2011, Paul lance son troisième et dernier album, Encore une fois. Plusieurs chanteurs participent à l’album : Damien Robitaille, Tricia Foster, Shawn Sasyniuk, Olivier Fairfield et Daniel Boivin. Il dira de cet album : « Il vient de mon vécu, de mon amour pour la musique et pour la vie. »

Depuis son décès le 28 octobre, le Web est inondé de témoignages, de souvenirs, de photos. Tout le monde l’aimait, parce qu’il aimait tout le monde. Sa chanson Notre place, composée lors du ralliement pour sauver l’hôpital Montfort, est devenue l’hymne national des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens.

Le plus étonnant de sa vie, c’est que Paul a chanté depuis plus de trente ans le corps malade, gagné par la maladie de Hodgkin. Cette douleur persistante, il l’aura vécue toute sa vie en montant sur scène. Il n’en parlait jamais. Eaux calmes, douces, engageantes, telle était sa nature, tandis que dormait au plus profond de lui ce volcan qui vient de l’emporter.

Bon vent, bonne route, Paul. Nous t’aimons et cette joie que nous avons quand nous pensons à toi, personne ne pourra nous la ravir.