«Sois belle et tais-toi»

Certaines n’aiment pas les robes, les bijoux et les souliers «girly». Elles aiment les jeans et les t-shirts. Et alors ?
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Certaines n’aiment pas les robes, les bijoux et les souliers «girly». Elles aiment les jeans et les t-shirts. Et alors ?

« Sois belle et tais-toi », répète-t-on aux femmes depuis la nuit des temps. Cet adage a fait son temps, croyait-on. Mais à voir la déferlante suscitée par le passage de Safia Nolin à l’ADISQ, elle se fait toujours entendre, cette injonction à la féminité normative. Il s’en est trouvé plusieurs pour disqualifier l’auteure-compositrice-interprète sur la base de son apparence physique et vestimentaire, alors même qu’elle venait de se voir reconnue comme révélation de l’année — comme artiste talentueuse et prometteuse, donc. Mais ça, ça ne semble pas important, en tout cas pas aussi important que son look. Les gars peuvent se présenter en jeans à tous les galas qu’ils veulent : leur qualité ne se verra pas entachée, et leur légitimité ne sera jamais remise en question.

Aimer la mode, les robes et les bijoux est une chose. Mais où sont nos beaux principes, ceux-là mêmes qu’on affiche à coups de publications Facebook glorifiant les « sois-toi même » si l’on n’est pas capable de reconnaître le droit de chacune de se vêtir comme elle veut, de se présenter comme bon lui semble ? Certaines n’aiment pas les robes, les bijoux et les souliers girly. Elles aiment les jeans et les t-shirts. Et alors ?

Plus tôt cette année, Jenny Beavan avait connu le même sort : lauréate de l’Oscar de la meilleure création de costumes pour Mad Max, elle subissait l’opprobre public le soir même. Solide et forte, elle n’a pas donné à ses détracteurs le plaisir de sa honte. Sa réponse est parfaite : « Ça m’est égal si certaines personnes n’ont pas souhaité m’applaudir. Les gens ne sont pas obligés de le faire, tout comme ils ne sont pas obligés d’aimer votre travail. La seule chose que je voulais, c’est que ma tenue ait un effet positif sur ce que les femmes ressentent vis-à-vis d’elles-mêmes. Vous n’avez pas à ressembler à un top modèle pour réussir. Il est vraiment bon d’éprouver un sentiment positif envers soi-même, cela signifie que vous pouvez tout faire. »

Or, c’est le message même que portait Safia Nolin : « Andréanne pis Phil qui me donnent le Félix de Révélation. Jouer avec mes merveilleuses amies, rencontrer la reine du monde, Céline. ÊTRE MOI-MÊME, SAFIA. » Mais on n’écoute pas les femmes. Même quand elles parlent en majuscules. On les regarde. On les scrute. On les mesure. Si on les écoutait, on entendrait aussi ce qu’elles nous disent sans le dire : elles nous disent le courage, celui de se savoir en marge des normes et de s’avancer sur la scène, celui de parler, celui de créer et de penser hors des normes.

Les filles sont un peu beaucoup tannées d’être toujours évaluées selon leur apparence et de n’être pas écoutées. Les femmes parlent, et ne se contentent plus de se conformer au moule de la princesse dont la seule utilité est de plaire. Alors non, elles ne se contentent plus d’être belles et de plaire. Alors fermez vos yeux. Et écoutez-les.

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20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 2 novembre 2016 03 h 46

    une niveleuse dix vitesse

    Combien de fois l'avons-nous entendu, chez nous c'était, soyez beaux et taisez-vous, cette semaine je me disais si tous les politiciens n'arrivaient pas bien fringués, seraient-ils aussi crédibles, dans les faits ce sont surtout les excès de poids qui dérangent, meme le docteur Barrette n'a-t-il pas été obligé de maigrir, le premier ministre également, il y a le maire Coderre, mais il est vraiment un cas, il aime quand ses coups de gueule portent, enfin avec la quantité de femmes au pouvoir, je ne crois pas que cet argument porte encore, a moins d'etre vraiment une sorte de niveleuse dix vitesses, souffrant du syndrome de tasse-toé j'arrive

    • Olivier Sylvestre - Abonné 2 novembre 2016 09 h 11

      Votre commentaire passe complètement à côté du propos de l'article. Les femmes ont toujours été systématiquement discriminées pour leur apparence, et bien davantage que les hommes. "La quantité de femmes au pouvoir" : regardez la composition de nos institutions démocratiques, des CA des grandes entreprises... Le chemin est encore long avant d'arriver à la parité. Et cessez de discréditer la lutte des femmes avec vos commentaires à l'emporte-pièce.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 novembre 2016 12 h 31

      C'était un GALA. Un homme arrivant en jeans et en t-shirt serait lui aussi pris à partie.

    • Josée Desharnais - Abonnée 2 novembre 2016 17 h 24

      Pas autant. On est indulgent envers nos ti-gars, on les aime, un peu rebelles. Cherchez Gerry boulet adisq 89!
      Et puis... c'est pas un super investissement de dépenser de l'argent pour un seul soir, car on s'entend qu'une fille ne peut pas, si elle joue le jeu, mettre 2 fois la même robe...

    • Micheline Gagnon - Inscrite 3 novembre 2016 08 h 06

      M. Auclair, allez voir les photos du gala... certains gars sont pas très chic, pas plus que Safia et je n'ai pas entendu dire qu'ils étaient pris à partie: http://www.lapresse.ca/photos/le-soleil/201610/30/

  • Hélène Gervais - Abonnée 2 novembre 2016 07 h 08

    Elle est courageuse ...

    cette dame de faire face à l'opprobe comme cela parce qu'elle ne croit pas à l'habillement sophistiqué et aux talons de 6 pouces. Ce n'est pas facile du tout de rester soi-même, surtout quand les femmes font face au public lors d'un gala. Elle a beaucoup de mérite.

  • Claude Girard - Abonné 2 novembre 2016 07 h 17

    Et alors?

    Diriez-vous la même chose des femmes qui portent le voile? Après tout, comme vous dites, elles sont croyantes, elles sont elles-mêmes!

    • Serge Morin - Inscrit 2 novembre 2016 09 h 09

      Cette phrase tendancieuse contient deux erreurs.

    • Hélène Paulette - Abonnée 2 novembre 2016 11 h 58

      L'imposition du voile, monsieur Girard, car c'est une imposition quoi qu'elles en disent, ressemble plutôt aux diktats des robes sexy et des talons six pouces et le fait que la mosquée les récompense pour le port du voile n'en fait pas plus un choix puisque c'est un répondant mâle qui en est le récipiendaire...

    • Josée Desharnais - Abonnée 2 novembre 2016 17 h 29

      Je trouve que vous touchez néanmoins un point délicat et important. Peut-on imposer/empêcher le port d'un vêtement, la question se pose, et en y cherchant réponse, on élève notre raisonnement. Où sont les philosophes!

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 2 novembre 2016 07 h 39

    " Sois belle et très toi. ".{Jean Charlebois - Poète-Écrivain}

    Ah, "l'audace de l'authenticité " !

    Merci Isabelle Boisclair pour ce texte magnanime et approprié . "

  • Hugues Savard - Inscrit 2 novembre 2016 10 h 02

    Rien à voir avec les femmes

    Ça n'a rien à voir avec les femmes. Si plurieurs se sentent obligés de se "poupounner" en certaines occasions et bien c'est leurs choix. Si d'autres s'habillent toujours de la même manière peu importe l'occasion et bien ils le choisissent également.

    Ma mère m'a appris à "m'habiller un peu" en certaines occasions. C'est tout. On peu faire un effort de temps en temps.

    N'en faites pas un combat féministe svp, c'est un non-lieu...

    Aussi, on peu habiller son langage un peu: on est pas obligé de "perler", mais on est pas tenu non plus de se présenter devant des millions de personnes en criant "Hey man, j'capote!".

    Simple question d'équilibre.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 novembre 2016 13 h 08

      Rien à voir avec le texte de Isabelle Boisclair...votre commentaire.

      Il faudrait peut-être le relire...
      N'en faites pas un combat ...point!