Subversive, la laïcité?

La radicalisation a permis à Anna et à Sara de vivre en tant que musulmanes, chose qui n’était plus vraiment possible au Québec du temps de la charte des valeurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La radicalisation a permis à Anna et à Sara de vivre en tant que musulmanes, chose qui n’était plus vraiment possible au Québec du temps de la charte des valeurs.

Vendredi matin, Paul Arcand recevait à son émission deux jeunes femmes québécoises s’étant radicalisées et qui se trouvent maintenant en processus de réinsertion sociale grâce au centre de prévention de la radicalisation. On y apprit plusieurs choses extrêmement intéressantes.

Le cheminement

Tout allait bien pour Anna et Sara au Québec, jusqu’à ce que le Québec leur fasse sentir qu’elles n’étaient pas chez elles et qu’elles devaient choisir entre leur religion et leur citoyenneté à cause de la « charte de Mme Marois ». « J’étais fière d’être Québécoise avant », dira même l’une d’elles.

Puis ce fut la lente descente aux enfers. Jour après jour, les Québécois se sont sentis de plus en plus autorisés à les insulter librement dans l’espace public parce qu’elles portaient le voile, au point qu’elles ont maintenant peur de prendre le métro et de se tenir près du bord du quai. Se voyant ainsi rejetées par une communauté qui voyait ses travers xénophobes excités par un projet politique populiste, elles se sont refermées sur elles-mêmes. Grâce à Internet, elles ont trouvé, chacune de leur côté, les discours d’imams et d’idéologues islamisants mettant des mots sur le malaise et le rejet que la société leur faisait ressentir quotidiennement. « J’ai choisi la communauté qui m’acceptait telle que j’étais en tant que musulmane », dira l’une d’elles.

La radicalisation leur permettait à la fois de vivre en tant que musulmanes, parce que ce n’était plus vraiment possible au Québec du temps de la charte des valeurs, et de partager la souffrance des peuples opprimés de la terre dont les sociétés occidentales se fichent, refermées qu’elles sont sur leur propre confort. Partir était un geste motivé par une passion inclusive et humanitaire.

C’est grâce au centre de prévention de la radicalisation menant à la violence que les deux jeunes femmes prendront finalement conscience que ça n’est pas en attentant à leur vie au nom d’Allah qu’elles pourront atteindre leurs nobles objectifs d’un monde plus juste et délivré de son racisme latent. Le centre les réinsérera donc socialement en leur montrant que mourir n’est pas nécessaire et que « mourir, c’est causer du tort à sa religion, causer du tort aux musulmans ».

Ce qu’il faut comprendre

D’abord, on doit comprendre que ce qui motive la déradicalisation, dans leur cas, semble être avant tout le désir de ne pas faire de tort à leur communauté religieuse. On comprend aussi que cette communauté religieuse semble intrinsèquement porteuse d’intentions d’une noblesse extraordinaire comme le vivre-ensemble, le fait de prendre soin de son prochain, de s’ouvrir sur le monde et d’aider ceux dans la misère.

Il faudrait ensuite comprendre que quelque politique que ce soit qui sorte des ornières étroites du libéralisme pour lequel le droit individuel prime tout doit non pas être débattue, mais condamnée illico pour irresponsabilité morale, puisqu’elle engendre la violence de la minorité opprimée. Est-ce là la voie que ce centre de prévention de la radicalisation, maintes fois cité en exemple par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, privilégie pour déradicaliser les jeunes ?

Entendons-nous. Prétendre que la « charte de Mme Marois » était une politique visant à exclure de la société les femmes musulmanes témoigne d’une incompréhension absolument sidérante des enjeux politiques et moraux entourant une approche plus républicaine de la laïcité. Pour lutter contre la radicalisation, il faudrait d’abord apprendre à ces jeunes la raison politique, leur redonner des moyens de penser l’espace public ailleurs que dans les ornières tracées par l’étroitesse intolérante du libéralisme mondialisé anglo-protestant sans diaboliser l’adversaire et voir en lui un fasciste à combattre par tous les moyens. Cette entrevue devrait nous conduire à nous interroger sérieusement sur le genre d’approche qu’on adopte pour calmer les esprits s’adonnant au dogmatisme théologico-politique.

19 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 31 octobre 2016 03 h 17

    Mais de quelle radicalisation parlons-nous ici?

    Premièrement, à part quelques incidents, il n'y a pas eu de "chasse au foulard" et j'ai peine à croire à la"sensation de rejet" quotidien. La soi-disant radicalisation de ces jeunes filles fleure le sentationalisme... C'est pas sérieux!

  • Jacques Lamarche - Abonné 31 octobre 2016 07 h 40

    Victime de l'enflure politico-médiatique! Et de la confusion!

    Des Québécois francophones de culture judéo-chrétienne ont crû que la chartre, qui défendait la neutralité religieuse dans l'espace public, était islamophobe. Mais loin de là était son intention! Pourtant, encore aujourd'hui persiste cette déplorable impression, tant la confusion et la désinformation furent grandes!

    Le voile n'est point un signe religieux et en aucun cas, il ne devrait être associé ni à la religion ni à la laïcité! Il est un marqueur socio-culturel et un signe d'infériorité de la femme. C'est sur le terrain de l'égalité que la bataille contre le voile doit être menée. Et non sur celui de la religion!

    Le tchador, la burka ou le hidjah abrutissent la femme et l'assujettissent à une culture patriarcale sexiste et machiste, et à ce titre, et seulement à ce titre, le voile doit être combattu dans une société démocratique, comme celle du Québec et du Canada, qui proclame haut et fort l'égalité entre les humains sur cette terre!

    • Michel Blondin - Abonné 31 octobre 2016 20 h 05


      Merci pour ce bon texte.

      Petit mot sur votre dernière phrase.

      Le ROC et les anglos du Québec ont une mentalité différente de celle du Québec francophone.

      Ils se sentent à l'aise dans une identité floue. En fait, ce Canada issu des mêmes Britanniques que les Américains avait comme différence de ne pas vouloir être dépendant de la Reine. Et je dirais des indépendantistes qui ont bien failli envahir la colonie de nord à un poil près.
      Ils sont comme des "no-name" américains, culture et langue: du pareil au même. Les allophones sont plutôt contents d'être américians sans l'être.

      Ils ont intégré eux aussi comme peuple, de ne pas avoir d'identification propre, si ce n'est que pendant un temps, le Québec leur donnait cette distinction (bien qu'ils nous considéraient plutôt non distingués).

      Depuis 1980 les deux solitudes sont devenus pour l'un, l'enfermement à double tours par l'autre prétendu partenaire. Deux planètes.

      Alors le ROC ne comprend pas notre distinction de ne pas en vouloir de ces signes de distinctions sous prétextes religieux.

      Nous voyons quelques choses qu'ils ne voient pas. Les juges ne voient pas ce que nous voyons, non plus. La loi constitutionnelle n'est pas la nôtre. La charte canadienne n'est pas la nôtre. Même leurs façons de penser est différente. Je pourrais vous raconter pleins d'anecdotes.

      Nous sommes les seules au nord à vouloir l'interdiction de ces marqueurs socioculturels.
      C’est tellement important que la seule façon d’en sortir, pour un avenir moins tordu, c’est de sortir de ce pays multiculturel et de nous faire une république.

    • Lucien Cimon - Abonné 31 octobre 2016 20 h 27

      La charte n'avait rien de monstrueux. Les libéraux et les médias complices en ont fait un monstre xénophobe pour éloigner les électeurs immigrants du PQ et profiter de leur ignorance pour en faire des voteurs captifs du PLQ.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 31 octobre 2016 08 h 02

    ... monde des radicaux !

    « Pour lutter contre la radicalisation, il faudrait d’abord apprendre à ces jeunes la raison politique, leur redonner des moyens de penser l’espace public ailleurs que » (David Leroux, Université McGill)

    Bien sûr que certes, mais aussi aider lesdits jeunes à franchir-comprendre leur mentalité-culture qui, parfois et soudainement du monde de la laïcité, les inviterait à intégrer l’espace public avec courtoisie et respect des « différences » socio-culturelles et politiques susceptibles de les épauler !

    Reste, maintenant, à déradicaliser le ...

    ... monde des radicaux ! - 31 oct 2016 -

  • Yvon Bureau - Abonné 31 octobre 2016 08 h 37

    Vive un bon humanisme collectif !

    Vive un Québec laïque ! Vive un Canada laïque !

    Il arrive que si je choisis une religion, si cette religion me demande fortement de porter signes religieux en public, si je choisis de m'habiller ainsi pour plaire à mon dieu et m'assurer de ma présence avec lui pour l'éternité, j'en assume les conséquences, et cela avec fierté et avec paix intérieure.

    Liberté d'agir, assumant mes exclusions. La société laïque n'exclue personne; ce sont des citoyens éclairés et libres qui s'en excluent pour des motifs religieux. La récompense sera infinie. Ils croient vivre plus tard une éternité de bonheur.

  • François Leduc - Abonné 31 octobre 2016 09 h 08

    Permettez-nous d'être dubitatifs ?

    Pour avoir écouté cette entrevue, ces deux jeunes musulmanes viennent dire qu'elles se sont radicalisées à cause du racisme et de l'islamophobie des Québécois (sous-entendue de souche) bien qu’elles prennent garde d’utiliser ces qualificatifs. Outre le fait que cette affirmation soit insultante, elle est aussi fausse. Le premier et le plus important facteur de radicalisation, comme le démontrent les études, provient du discours des extrémistes musulmans prônant la violence et recrutant ces jeunes pour en faire des combattants du djihad.

    Elles n'ont cherché sur Internet que ce qui confirmait leur préjugé et non de savoir si le voile était bel et bien une obligation coranique ni se sont-elles interrogées sur le véritable symbole qu'il représente soit, l'infériorisation de la femme.

    Qui nous dit qu'elles n'ont pas été instrumentalisées pour culpabiliser encore et encore les Québécois et les faire taire. On ne peut que le penser quand elles viennent prétendre que la Charte des valeurs aurait été l'élément déclencheur les conduisant à vouloir s'enrôler alors qu'elles n'auraient aucunement été empêchées de porter le voile partout au Québec sauf comme employés de l'État. Mais elles ferment les yeux sur les exactions du groupe de l'État islamiste, qu'elles songeaient joindre, qui recrute un grand nombre d'enfants pour en faire des combattants, des kamikazes et des boucliers humains ou qui ont mis en place un système d'esclavage sexuel ou qui se livre à la destruction généralisée des maisons, commerces etc.

    Ce qui étonne c'est la complaisance insupportable, à la limite de la flagornerie, qu'à fait montre Paul Arcand, pourtant l'un des meilleurs journalistes intervieweurs du Québec.