Les illusions de Jean-Marc Fournier

«M. Fournier, comme tous les Québécois dont il se réclame qui se disent attachés au Canada, devrait peut-être travailler à connaître ce qu’il en est, dans la pratique, au Canada, quant au bilinguime» selon Simon Couillard.
Photo: iStock «M. Fournier, comme tous les Québécois dont il se réclame qui se disent attachés au Canada, devrait peut-être travailler à connaître ce qu’il en est, dans la pratique, au Canada, quant au bilinguime» selon Simon Couillard.

Dans sa réponse au chroniqueur Michel David, au sujet de son souhait de voir le Québec s’inscrire dans une perspective franco-canadienne (Le Devoir, 27 octobre), le ministre Jean-Marc Fournier citait en premier lieu une étude menée par le Commissariat aux langues officielles : « Le bilinguisme recevait l’appui de 51 % des Canadiens en 1977 ; cet appui se situe maintenant à 84 %. Le résultat est encore plus frappant parmi les jeunes, qui l’appuient à 90 %. » Le ministre se réjouissait de ce chiffre. Les Canadiens seraient moins allergiques au français aujourd’hui que dans les années 1970. Tant mieux ! Est-ce qu’ils le parlent davantage pour autant ? Entre aimer la tarte aux pommes et la cuisiner…

M. Fournier, comme tous les Québécois dont il se réclame qui se disent attachés au Canada, devrait peut-être travailler à connaître ce qu’il en est, dans la pratique, au Canada, quant au bilinguime. Ainsi, le ministre ferait sans doute bien de lire le dossier du Globe and Mail (4 juin 2016) sur le sujet de l’immersion française, et cette chronique de Margaret Vente intitulée « There’s just one problem with French immersion… well, several, actually ». Voici un extrait fort intuitif et fort pertinent : « Malheureusement, il n’y a pas la moindre preuve que l’immersion française ait accompli l’un ou l’autre de ses nobles objectifs. Après 40 ans d’expansion constante des programmes d’immersion, le pourcentage de Canadiens qui parlent les deux langues officielles a chuté. À deux des plus grands conseils scolaires de la région du Grand Toronto, la moitié des étudiants en immersion française abandonnent après la huitième année. Au moment de leurs études secondaires, 10 pour cent seulement acquièrent une compétence en français (ce qui n’est pas la même chose que la maîtrise). Les raisons de ce taux de réussite misérable ne font pas de mystère. Le monde dans lequel les enfants sont plongés hors de la classe est anglais. Ils jouent en anglais. Ils vivent en anglais. Tout le monde qu’ils connaissent parle anglais. Si vous voulez qu’ils soient bilingues, vous feriez mieux de les prendre et d’aller vivre en France ou au Québec — ou tout au moins vous assurer que vous êtes marié à un francophone. »

Beaucoup de nos concitoyens semblent attachés au Canada pour des raisons de nostalgie. Après tout, ce sont nos symboles, notre hymne et notre nom qui désignent, superficiellement, notre appartenance politique canadienne. Ce chiffre de 75 % reflète sans doute un peu cette confusion. Puisque le ministre Fournier a l’amabilité d’écrire dans Le Devoir sur le sujet, il faut présumer de la sincérité de sa position. Mais loin s’en faut d’entonner avec lui : « Vive la tarte aux pommes ! »… On se prend plutôt à souhaiter que les Québécois se réveillent avant de perdre leurs illusions… et le reste. Yet the dream lives on, comme le dit Mme Vente.

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