M. Saint-Martin, la corruption est bel et bien étudiée!

Les questions d’éthique sont au cœur des enjeux attachés à l’écosystème des infrastructures au Québec.
Photo: Shan Sekala / Getty Images Les questions d’éthique sont au cœur des enjeux attachés à l’écosystème des infrastructures au Québec.

Le déclencheur

 

« Le Québec et le Canada ne disposent pas d’infrastructure de recherche ni de masse critique d’expertise sur la lutte contre la corruption. Les gouvernements multiplient les lois, les organismes et les politiques pour combattre la corruption. Mais ils ne disposent d’aucune base de savoir et de connaissances pour évaluer l’efficacité de leurs interventions. »


Denis Saint-Martin, « À quand un fonds de recherche sur “le cancer des sociétés”? ​», Le Devoir, 19 octobre 2016

 



Le professeur à l’Université de Montréal Denis Saint-Martin faisait récemment, dans les pages du Devoir, l’affirmation suivante : « L’étude de la corruption ne fait [au Québec et au Canada] l’objet d’aucun soutien organisé. » Ce chercheur, spécialiste de l’administration publique et expert dans le champ de la corruption, soutenait également que « les gouvernements multiplient les lois, les organismes et les politiques pour combattre la corruption. Mais ils ne disposent d’aucune base de savoir et de connaissance pour évaluer l’efficacité de leurs interventions ».

Or, c’est dans ce contexte spécifique que nous avons créé en juin KHEOPS, un consortium international de recherche, avec l’appui des trois Fonds de recherche du Québec. KHEOPS s’est donné pour mission de développer un savoir de pointe sur la gestion et la gouvernance des grands projets d’infrastructure. Il rallie experts, décideurs et chercheurs autour des enjeux qui touchent aux infrastructures.

Les questions d’éthique sont au coeur des enjeux attachés à l’écosystème des infrastructures au Québec. Les recommandations de la commission Charbonneau visant à mettre fin à la collusion dans le domaine de la construction de la région de Montréal illustrent à quel point il devient impératif de générer des réflexions approfondies en la matière.

Réfléchir autrement

En fait, KHEOPS propose de réfléchir autrement aux infrastructures, d’y réfléchir de façon innovante. Depuis plusieurs décennies, la grande majorité des recherches universitaires menées sur les infrastructures le sont en fonction d’une approche que l’on pourrait qualifier de classique relevant des sciences de l’ingénierie, de la gestion de projet ou du management, ainsi que des sciences économiques ou de la finance.

Dans la foulée de ces recherches, beaucoup de nouvelles pratiques ont émergé permettant d’accroître la performance économique et technique de projets désormais conçus avec un souci de durabilité. En complémentarité avec cette approche, KHEOPS propose d’adopter une perspective plus large et multidisciplinaire pour répondre à un ensemble d’enjeux et de besoins sociétaux. Le consortium de recherche mise pour ce faire sur un nouveau paradigme et sur un réseau de chercheurs locaux et internationaux.

Enjeux et besoins

Outre les questions éthiques, les enjeux et besoins attachés aux infrastructures sont nombreux. Au Québec comme au Canada, le parc existant d’infrastructures est non seulement déficitaire, mais également obsolète, nécessitant des travaux importants pour assurer les services courants à la population et participer à sa qualité de vie, tout en contribuant au développement économique de la société. Mais comment relever ce défi dans un monde en profonde mutation ?

En effet, à l’échelle mondiale, aux côtés des changements climatiques, les changements démographiques sont à l’oeuvre. À l’heure de la globalisation, la population augmente et vieillit. De plus, une nette tendance à l’urbanisation est observée alors que l’on travaille au développement de villes intelligentes.

Les nouvelles technologies qui se veulent durables foisonnent dans un contexte fécond d’innovations sociales. La performance des infrastructures d’aujourd’hui et de demain se mesure dès lors à l’aune de nouveaux indicateurs. Les projets d’infrastructure doivent certes générer un minimum d’impacts environnementaux, ils doivent aussi avoir des impacts positifs sur le plan de la santé publique et socio-économique. Ils doivent en effet non seulement être rentables et répondre aux besoins des populations, mais ils doivent faire l’unanimité en matière d’éthique, de responsabilité et d’acceptabilité sociale.


 
4 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 27 octobre 2016 05 h 53

    Ne vous en déplaise madame Drouin....

    ...la lecture de votre lettre a déçu l'attente que je m'en faisais. Ce, à partir de votre titre.
    Vastes, très vastes mondes que ceux de la corruption et de son essentielle complice : la collusion !
    Dans un ouvrage déposé à la commission Charbonneau en 2014, j'y pose deux questions qui me sont alors apparues nécessaires pour diagnostiquer les tenants et aboutissants de ces deux maladies que sont corruption et collusion. Ces questions ? «POURQUOI la corrruption?» et «POURQUOI la collusion?» avec en sous-titres: «Causes, incitatifs, origines, racines et conséquences»
    Copies de mon ouvrage j'ai offert à des partis politiques et firme d'ingénieur. Vous seriez peut-être surprise de savoir qui s'en est procuré copie ?
    La corruption et sa complice sont des «affaires» morales voire même à caractère spirituel. Je m'exprime ici en connaissance de faits, de causes, d'incitatifs, d'origines, de racines et aussi de conséquences.
    Bravos pour l'ouvrage que vous réalisez chez et avec Kheops.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages, auteur.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 27 octobre 2016 16 h 59

      Je suis curieux de connaitre ceux qui se sont procurés copies,ou est-ce un secret d'état? et peut-on connaitre le titre et ou l'acheter ,peut-etre directement de l'auteur a l'adresse indiquée ?

  • Pierre Cousineau - Abonné 27 octobre 2016 06 h 40

    Réponse à tout?

    Madame Drouin chevauche les interventions du professeur Saint-Martin "spécialiste de l'administration publique et expert dans le champs de la corruption " pour annoncer son consortium qui "s’attache à trois domaines spécifiques, soient l’immobilier, le transport et l’énergie", dixit le site internet du Consortium Khéops.

    Elle récupère les mots de M. Saint-Martin : "les gouvernements multiplient les lois, les organismes et les politiques pour combattre la corruption. Mais ils ne disposent d’aucune base de savoir et de connaissance pour évaluer l’efficacité de leurs interventions ", pour annoncer que " c’est dans ce contexte spécifique que nous avons créé en juin KHEOPS ".

    Il existe des différences évidentes entre l'étude universitaire de l'administration publique et ses liens avec la corruption et l'étude de l'immobilier, du transport et de l'énergie par un consortium comprenant des universitaires, le secteur privé et des administrations publiques.

    "Réfléchir de façon innovante", "nouveau paradigme", "relever ce défi dans un monde en profonde mutation", "changements climatiques", "changements démographiques", etc... beaucoup de mots!

    On ne peut que souhaiter bonne chance à Madame Drouin dans son champs d'expertise.

    Mais qu'elle respecte celui de Monsieur Saint-Martin.

    On ne nous a toujours pas expliqué comment l'administration Tremblay avait pu se débarasser du directeur de l'approvisionnement Serge Pourreaux qui avait conçu une manière de contrer la collusion des entrepreneurs, ni comment il se faisait que des membres du comité exécutif de la Ville de Montréal ne savaient pas ce sur quoi ils prenaient des décisions.

  • Alexis Richard - Abonné 27 octobre 2016 09 h 06

    Lecture approximative

    Bonjour. Il me semble que vous confondez l'étude de la bonne gouvernance (soutenue par l'État depuis les années 1980) et celle de la corruption. Et pour innover, comme vous dites, dans le domaine de la recherche sur la bonne gouvernance, un bon point de départ consisterait à cesser d'utiliser l'éthique comme un slogan promotionnel. En l'état, votre texte ne se présente pas du tout comme une réponse à celui de M. Saint-Denis, mais comme un symptôme des maux qu'il décrits.

    Alexis Richard