Justin Trudeau nous a trompés

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

À l’invitation du Comité parlementaire sur la réforme électorale de la Chambre des communes, j’ai témoigné le 29 août dernier à Ottawa à titre d’ancien ministre de la Réforme des institutions démocratiques du Québec sur le projet de réforme du mode de scrutin fédéral lancé par Justin Trudeau lors de la campagne électorale de l’an dernier.

En lisant les propos du premier ministre du Canada dans Le Devoir de mercredi matin (« Une réforme électorale majeure est loin d’être garantie »), j’ai eu le sentiment très net d’avoir été trompé et que tous mes efforts, autant que ceux de centaines, sinon de milliers de personnes à travers le Canada ayant participé à l’exercice de la consultation publique, n’ont servi qu’à camoufler une intention de départ qui aujourd’hui est assez claire : ne pas donner suite à l’engagement électoral bidon (on le sait maintenant) de mettre au rancart notre vieux mode de scrutin que René Lévesque a déjà qualifié de démocratiquement infect.

Lors de mon témoignage, à une question posée sur ma perception sur la suite de cette promesse électorale, j’ai indiqué que je craignais que le premier ministre Trudeau ne nous fasse le même coup que le premier ministre Charest au Québec qui, après avoir promis à l’élection de 2003 l’abandon du mode de scrutin actuel, a finalement mis à la poubelle tous les efforts déployés pendant plusieurs années, y compris un rapport favorable du Directeur général des élections, à qui il avait refilé la patate chaude.

Normalement, il devrait être entendu que lorsque des chefs politiques promettent d’abandonner un vieux système pour un autre, c’est qu’ils ont acquis la conviction que le système à mettre au rancart est mauvais et qu’ils sont en mesure d’en faire la démonstration. Or, ni Justin Trudeau ni Jean Charest n’ont plaidé avec force, et surtout avec conviction contre le statu quo, et aucun n’a nommé comme ministre responsable une personne profondément acquise à la cause du changement et en mesure de faire le travail de plaidoyer convaincant auprès des citoyens.

Dans les deux cas, on a eu des premiers ministres ayant obtenu une confortable majorité parlementaire avec l’appui d’une minorité de la population et, aujourd’hui, l’un entend imiter l’autre et profiter encore et encore, avec un sans-gêne incroyable, des avantages partisans du statu quo.

Il y a dans le comportement et les propos de Justin Trudeau quelque chose de profondément méprisant pour les citoyens et de toxique pour le respect que ces derniers devraient avoir pour la démocratie représentative. Renier avec désinvolture la parole donnée et donner l’impression qu’on le fait avec l’appui de la population revient à accréditer une fois de plus la thèse du nouveau sénateur André Pratte qui, avant sa carrière d’éditorialiste, avait publié un essai sur le mensonge en politique, Le syndrome de Pinocchio, dans lequel l’auteur dénonçait la complaisance du public et des médias qui a permis à la classe politique de développer une dépendance compulsive au mensonge, laquelle dépendance met en péril les fondements mêmes de la démocratie et est — sauf de rares exceptions — toujours condamnable.

Est-il trop tard pour sauver le peu de crédibilité qu’il reste aux politiciens ?, se demandait il y a 20 ans André Pratte. Je ne sais pas ce que pense ce dernier de celui qui l’a nommé récemment sénateur. J’ose espérer qu’il réagira lui aussi avec vigueur à cette nouvelle tromperie politique venue du sommet de la hiérarchie gouvernementale du pays.

11 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 21 octobre 2016 02 h 22

    "Y'é tellement bô…"

    "R'garde la photo ! Moi, je demanderais pas mieux que d'y pardonner vingt fois n'importe quoi ! Si y pouvait juste une fois mettre ses pantouffles dessous mon lit...", dira l'autre...
    Ce à quoi les démodés répondent, "Eh ben moi, mon choix, c'est de ne jamais voter dans les concours de beauté et de charme !
    Fais que, le pardon en question, malgré les pantouffles, j'y suis tout simplement insensible."

    Tourlou !

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 21 octobre 2016 06 h 06

    C'est libéral toutes ces promesses

    On a connu: "quoiqu'on dise et quoiqu'on fasse, le Québec est maître de sa destinée" de Robert Bob Bourassa, et rien n'est arrivé pour les Québécois,
    on a connu John James Charest, ses sbires et leur liste des chiures qui est tellement longue que l'on ne sait plus par ou commencer, et rien pour les Québécois,
    on connaît maintenant le Dr. Couillard inc. avec sa réforme de subventions aux grosses compagnies qui elles financent le parti libéral, et rien pour les Québécois
    on a connu le parti libéral fédéral des traitres commandites de la commission Gommery, et rien pour les Québécois

    Et ce qui était écrit sur les pages du livre libéral arrive présentement.

    Son père nous l'avait bien dit, " Nous les libéraux mettons nos sièges en jeu pour une réforme du fédéralisme".
    Qu'est-il arrivé ?
    Les Québécois ont voté "NON" au référendum et se sont fait floués, il n'y a pas eu de réforme seulement qu'un rapatriement unilatéral de la constitution et le Québec n'est pas signataire de la 1982.
    Les Québécois ont voté pour Justin Trudeau aux dernières élections et maintenant se font flouer par J. Trudeau. C'est écrit dans la matière noire expansive de l'univers qu'il suivrait les traces de son testataire et les Québécois se font encore flouer.
    Vous n'êtes pas tanné ..... .. ....

  • Michel Thériault - Inscrit 21 octobre 2016 07 h 18

    Étonnement

    Monsieur Charbonneau, à n'en pas douter vous êtes un homme intelligent. Par contre, comment pouvez-vous écrire avoir été "trompé" par Trudeau, vous qui connaissiez mieux que quiconque tous les antécédents de magouilles du père et des gens de son entourage ?

  • Pierre Raymond - Abonné 21 octobre 2016 07 h 48

    Oui il est trop tard.

    « Est-il trop tard pour sauver le peu de crédibilité qu’il reste aux politiciens ? »
    J.-P. Charbonneau

    Avec votre longue expérience parlementaire M. Charbonneau, vous savez très bien que la réforme du mode de scrutin ne suffira pas à réinstaurer la confiance envers nos politiciens. Ce sont toutes nos institutions pseudo démocratiques qui doivent être revisitées.

    MOI je n'ai plus confiance depuis longtemps.
    Je ne suis pas de ceux qui croient que « ils sont tous pareils » à l'entrée mais je commence à croire qu'à l'usage, ils tendent à se ressembler.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 21 octobre 2016 11 h 04

      Les politiciens sont comme nous tous, des humains. Comme des prêtres qui sombrent dans le vice, des sportifs qui se droguent, des pères qui abusent de leurs enfants, des gens d'affaires qui bafouent autant les clients que l'environnement!

      De surcroît, ils subissent d'énormes pressions tant des lobbys que des calculs de la joute partisane! Exposée systématiquement sur la place publique, la moindre faute leur vaut l'opprobe et la vindicte populaire, le privé ne manquant jamais une occasion de pourfendre les acteurs du service public. Le discrédit des politiques fait partie de l'arsenal de moyens qu'emploient l'industrie et les promoteurs de l'économie. Le cynisme médiatique leur est un précieux outil!

      Aussi je garde espoir. Leur tâche est immense. Jamais les politiciens, en campagne, n'arrivent à prévoir la taille des embûches qui se dressent aussitôt après la prise du pouvoir. Leur honnêteté n'a pas à être mise en doute. Leur naïveté, leur imprudence, si! Leur narcissisme aussi!

  • Pierre Desautels - Abonné 21 octobre 2016 09 h 43

    Plus ça change...


    On peut comprendre la déception de Monsieur Charbonneau, qui a consacré beaucoup d'années à ce travail de la réforme des institutions démocratiques au Québec. Autre déception, après l'abandon du projet de réforme par le PLQ de Jean Charest en 2003 et ensuite, son retrait du programme du PQ en 2011.