Le modèle allemand, un remède plus efficace que l’argent du fédéral

Une salle des soins intensifs de l’hôpital universitaire de la Charité, à Berlin
Photo: Stéphanie Pilock Agence France-Presse Une salle des soins intensifs de l’hôpital universitaire de la Charité, à Berlin

Le domaine de la santé a toujours causé des tensions dans les relations fédérales-provinciales, une situation qui se répète cette semaine avec les demandes des premiers ministres provinciaux pour une contribution financière plus généreuse du gouvernement fédéral.

Dès l’an prochain, les transferts fédéraux seront augmentés de 3 % par rapport à l’année précédente, au lieu de 6 % par année depuis 2004. On débat du rythme de croissance, mais est-ce que ces transferts ont vraiment amélioré les résultats de notre système de santé ? Les délais sont pourtant toujours aussi longs et les urgences débordent. Ce qui devait être un « remède durant une génération », selon l’expression de l’ancien premier ministre Paul Martin, n’a pas eu d’effet.

La performance de nos hôpitaux est sans doute moins liée au manque d’argent qu’à sa distribution selon une logique qui ne récompense pas les efforts d’amélioration des soins. Il est tout à fait possible de sortir de cette logique perverse en s’inspirant de l’Allemagne.

Outil de transparence

À l’instar de la plupart des pays industrialisés, les hôpitaux allemands sont en partie financés à l’activité. Au Québec, le ministre de la Santé devrait mettre en oeuvre une telle formule au cours des prochaines années. Ce changement n’est pas innocent puisque dès lors que « l’argent suit le patient », les hôpitaux qui attirent davantage de patients gagneront en financement. Présentement, les budgets historiques fixent les revenus, et ce, peu importe le volume d’activités, chaque patient étant donc perçu comme une dépense.

Pour que le financement à l’activité soit véritablement efficace, les patients doivent être informés des hôpitaux qui ont les meilleures pratiques de la manière la plus objective possible. Pour l’instant, ils doivent se fier à quelques palmarès et à beaucoup de bouche-à-oreille. La solution appliquée en Allemagne depuis 2005 est intéressante : rendre publics des rapports de qualité permettant les comparaisons entre établissements.

Des assureurs et des groupes de patients utilisent ensuite ces rapports dans des outils simples, conviviaux et disponibles en ligne, un peu à la façon d’une application pour choisir son hôtel du type TripAdvisor. Cela aide les patients comme les médecins référents dans le choix de l’établissement le plus approprié en incluant de l’information sur les types de traitements qu’un hôpital a prodigués durant une année donnée, le nombre de fois où il a prodigué chacun d’eux ainsi que son taux de complication et les infractions commises en matière de qualité.

En se comparant avec d’autres hôpitaux, les établissements souhaitant attirer des patients peuvent faire valoir la qualité de leurs services. Il en résulte un cercle vertueux qui profite à tout le monde dans la mesure où le système de financement hospitalier permet à la qualité d’être récompensée.

Gage de qualité

Autrement dit, le rapport ne sert pas seulement d’outil de transparence pour les patients ; il encourage aussi les hôpitaux à rehausser leur niveau de qualité. En outre, il incite les experts et les scientifiques de la santé publique à élaborer de meilleures normes de pratique clinique et peut aider les organisations médicales et les autorités gouvernementales à analyser et à régler des problèmes qui concernent l’ensemble du système de santé.

Les résultats en Allemagne sont probants. De 2013 à 2014 seulement, plus de 15 % des 416 indicateurs mesurés ont montré une nette amélioration, laquelle s’est traduite par des taux de complication moins élevés pendant et après l’hospitalisation, un rétablissement plus rapide des patients et un moindre taux de mortalité.

On note également une réduction de 27 %, en un an à peine, de la mortalité hospitalière après une intervention pour implantation transcathéter d’une valvule aortique. Il en va de même pour le traitement de la pneumonie, où 12 des 17 indicateurs ont connu une amélioration notable. Après une décennie de transparence, de nombreux problèmes de qualité ont été réglés avec succès et les soins généraux ont été nettement améliorés.

La leçon allemande montre que d’ajouter toujours plus d’argent n’est pas une panacée aux carences chroniques du système de santé québécois. En suivant l’exemple allemand, le Québec donnerait des outils aux patients pour les encourager à faire des choix. La qualité des soins dans l’ensemble du système s’améliorerait graduellement sous l’effet d’incitations robustes, permettant ainsi à tous — patients, hôpitaux et médecins — d’y trouver leur compte.

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4 commentaires
  • Jean-Yves Proulx - Abonné 20 octobre 2016 05 h 15

    Santé la loi du marché

    La télévision publique française à réalisé l'an dernier une enquête sur ce monde merveilleux de ces hôpitaux financés à l'acte, ces hôpitaux qui savent que « l'argent suit le patient ».
    Ce reportage est disponible ici en version intégrale :https://youtu.be/6Ohjyeb8q-A
    À voir absolument !

  • Christian Labrie - Abonné 20 octobre 2016 07 h 34

    Un petit problème avec ce modèle.

    Le modèle est intéressant, mais ne serait-il pas enclin à amener les hôpitaux à faire des interventions non médicalement requises pour avoir plus d'argent?

  • Sylvain Auclair - Abonné 20 octobre 2016 13 h 38

    Gestion

    Combien coute la gestion de ce système?

  • Diane Viel - Abonnée 21 octobre 2016 12 h 30

    Le modèle allemand

    Encore une fois, des membres de l'IEDM se prononcent sur le système de santé québécois en faisant la preuve de leur ignorance de la gestion hospitalière.
    Brièvement, toute comparaison avec l'Allemagne est inopérante parce que ce pays dispose d'un système de santé totalement décentralisé alors que la réforme Barrette a créé un système hyper centralisé. Deuxièmement, les avantages de la compétition dans un pays de 80 millions d'habitants densément peuplé sont annulés par la faible densité de notre population et conséquemment l'éloignement des hôpitaux les uns des autres, sauf à Québec et à Montréal; encore que, même dans ces deux centres urbains, l'organisation hospitalière (les CHUs qui regroupent presque tous les hôpitaux) empêche pratiquement toute compétition, sauf en chirurgie élective. Enfin, les données choisies sur la qualité des actes citées en exemple démontrent que les auteurs de l'article sont ignorants de notre réalité médico-hospitalière.
    Michel Pelletier