L’Asie orientale à l’épreuve de la puissance

Le PTP regroupe aujourd’hui 12 pays de part et d’autre du Pacifique, dont les États-Unis, mais pas la Chine, alors que le PERG rassemble les 16 économies dites de l’ASEAN plus 6 (Chine, Corée du Sud, Japon, Inde, Australie et Nouvelle-Zélande).
Photo: Agence France-Presse Le PTP regroupe aujourd’hui 12 pays de part et d’autre du Pacifique, dont les États-Unis, mais pas la Chine, alors que le PERG rassemble les 16 économies dites de l’ASEAN plus 6 (Chine, Corée du Sud, Japon, Inde, Australie et Nouvelle-Zélande).

Longtemps restée à l’écart de la vague des accords commerciaux régionaux, l’Asie orientale se retrouve aujourd’hui confrontée à une superposition complexe d’accords, mais aussi de projets d’intégration sous-régionaux. L’émergence de deux méga-accords est en passe de changer la donne.

Depuis 2012 en effet, le Partenariat transpacifique (PTP) et le Partenariat économique régional global (PERG) dominent les débats en Asie-Pacifique. L’objectif commun de ces deux accords est de faciliter les échanges dans la région, mais le PERG s’appuie sur des accords déjà existants négociés par l’ASEAN alors que le PTP constitue une entreprise entièrement nouvelle. Ces deux projets diffèrent sur nombre d’autres points, allant de leur couverture géographique à leur logique économique, en passant par la question du leadership. Le PTP regroupe aujourd’hui 12 pays de part et d’autre du Pacifique, dont les États-Unis, mais pas la Chine, alors que le PERG rassemble les 16 économies dites de l’ASEAN plus 6 (Chine, Corée du Sud, Japon, Inde, Australie et Nouvelle-Zélande), ce qui exclut les États-Unis. La dimension régionale au sens strict du terme est patente dans le cas du PERG, mais moins dans le cadre du PTP. Ce dernier accord reflète néanmoins une volonté, de la part des États-Unis, de conserver la main sur l’organisation économique de la région asiatique.

Le problème de définition de la mouvance pertinente pour la coopération régionale n’est pas nouveau et est étroitement lié à l’absence de leader unanimement accepté dans la région. En Asie orientale, les deux leaders régionaux potentiels que sont la Chine et le Japon sont traditionnellement en désaccord sur ce point. En outre, la question du rôle des États-Unis dans la région reste posée et, sur ce point encore, les avis divergent.

Objectifs différents

Par ailleurs, si l’on examine la philosophie des deux projets, il ne fait guère de doute que les objectifs poursuivis sont fondamentalement différents et que le PTP est infiniment plus ambitieux.

Il ne faut pas s’y tromper, le PTP constitue un effort très bien orchestré de structuration de la région autour de normes dictées par les États-Unis. Mais le PTP est aussi une entreprise normative qui ne se limite d’ailleurs pas à la seule Asie orientale. Il apparaît indissociable et complémentaire d’un deuxième projet également poussé par les États-Unis, en direction de leurs partenaires européens : le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI).

Le PERG constitue une entreprise infiniment plus modeste, dont l’objectif consiste à faciliter les échanges et l’investissement au sein de la région d’Asie orientale au sens large du terme. Il s’agit notamment de « consolider » les différents accords de libre-échange passés par l’ASEAN avec ses partenaires régionaux. L’objectif est en parfaite cohérence avec la mouvance géographique de l’accord puisque l’essentiel des échanges et des réseaux régionaux de production regroupe les économies qui sont parties à la négociation. Certes, la Chine a récemment affirmé vouloir pousser un accord commercial à l’échelle de l’ensemble de la région Asie-Pacifique, mais aucun calendrier précis n’a été suggéré et le moment choisi pour faire cette déclaration laisse penser qu’il s’agissait simplement pour Pékin de reprendre l’initiative dans la région face à Washington.

Par intérêt

Ces différentes initiatives montrent qu’en matière de coopération, beaucoup reste à faire pour s’entendre sur un projet régional. Au-delà des logiques géoéconomiques, des enjeux de puissance se profilent clairement derrière la captation des flux régionaux. Plusieurs indices militent pour une telle lecture.

D’abord, les deux projets ont été récupérés par la Chine et les États-Unis alors qu’initialement ils n’étaient pas à la manoeuvre. Mais si la prise en main du PTP par les États-Unis est désormais incontestable, celle de la Chine sur le PERG est plus discutable. Suivant une méthode désormais familière, Pékin reste dans une position attentiste, le temps de l’observation lui permettant de mieux évaluer les chances de succès du projet. À ce stade, le leadership de la Chine au sein du PERG est plus la perception des observateurs extérieurs que le fruit d’une volonté délibérée de Pékin ; cependant, si la Chine y voyait une occasion à saisir, elle ne manquerait pas de se présenter comme son « leader naturel ». Cette tactique explique que le PERG n’est pas le seul vecteur activé pour contrecarrer la tentative américaine de retour en Asie. Le projet de Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII) et, au-delà, le vaste projet des Nouvelles routes de la soie sont généralement interprétés comme d’autres instruments d’autonomisation de l’Asie, voire comme des vecteurs d’influence pour la Chine.

Ensuite, la participation « à la carte » au PTP prouve qu’on s’entend plus sur une ambition que sur un projet précis et que les participants veulent d’abord profiter du dynamisme des volumes commerciaux produits par la seule taille des grands pays. Ainsi, Singapour, la Malaisie, le Vietnam et désormais le Japon s’inscrivent dans les deux groupes même s’il peut sembler étonnant que le Vietnam et la Malaisie soient prêts à s’engager dans un accord aussi ambitieux et contraignant. Sur le fond, les États d’Asie restent sceptiques, voire dubitatifs sur ses ambitions et, à l’évidence, c’est moins par conviction que par intérêt que ceux-ci ont rallié le projet.

 

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1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 18 octobre 2016 12 h 27

    le monde va changer mais ca ce fera tres tranquillement

    j'aime bien cette reflexion sur la region transpacifique, si certains pays ont beaucoup évolués, je ne crois pas que nous verrons le leadership changer prochainement, mon opinion est que c'est une question de culture et de mentalitée, les USA ont toujours leur capacité de réagir et de produire, les pays d'orients le savent bien, les USA sont toujours et encore les plus grands consommateurs de la planète, et possèdent les meilleures universités, les japonais produisent des autos extraordinaires et la Chine rêve d'explorer l'espace , c'est honnete et légitime, car apres avoir imités l'occident ils se doivent d'avoir leur propre vision du monde,la Chine n'est-elle pas le pays du grand Conficius, qui a tellement apporté au monde