La souveraineté à 30 %: chronique d’une mort annoncée?

«Que ce soit pour Pierre Elliott Trudeau ou son fils, le nationalisme n’a pas de pertinence et l’indépendance québécoise est inconcevable», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Que ce soit pour Pierre Elliott Trudeau ou son fils, le nationalisme n’a pas de pertinence et l’indépendance québécoise est inconcevable», écrit l'auteur.

Un sondage CROP rendu public le 22 septembre dernier nous apprenait que la souveraineté ne recueillait plus que 30 % d’appui. Il n’en fallait pas davantage pour que certains commentateurs nous annoncent, une fois de plus, le déclin final de l’option souverainiste, d’autant plus que les thèmes prisés par les péquistes ne semblent pas préoccuper la jeune génération. C’est exactement le discours que tiennent plusieurs politiciens, notamment François Legault et Justin Trudeau.

S’il est incontestable que la souveraineté n’a pas le vent dans les voiles en ce moment, il faut se garder d’en tirer des conclusions catégoriques pour le long terme. Au fil des décennies, de nombreux analystes ainsi que des hommes politiques ont annoncé la marginalisation ou carrément la disparition du mouvement souverainiste. Dans la catégorie prédiction erronée, la palme appartient certainement à l’ancien premier ministre Pierre Trudeau qui, durant l’été 1976, avait annoncé que le séparatisme était mort. Quelques mois plus tard, le Parti québécois prenait le pouvoir pour la première fois.

Cette dynamique a repris de plus belle dans les années 1990. Dans les mois précédant le référendum de 1995, plusieurs commentateurs, notamment ceux du journal La Presse, nous expliquaient qu’il y avait un mur infranchissable pour le Oui qui se situait quelque part autour de 40 %. Le seul enjeu du vote consistait à savoir si le Oui allait atteindre ou pas cette espèce de limite naturelle. Dans la même veine, certains politologues affirmaient que les chances de cette option étant nulles, le PQ devait renoncer à tenir la consultation. La tendance lourde était là. C’était clair, c’était net, c’était irréversible.

On connaît la suite. Le Oui a obtenu 49,4 % et environ 60 % du vote francophone. Ce démenti aux prédictions n’a ironiquement pas empêché le même genre d’analyse de refaire surface dans les mois qui ont suivi… cette fois pour prédire une victoire certaine du Oui. Il y avait une nouvelle tendance, tout aussi claire et inéluctable que la précédente. Les jeunes avaient voté massivement Oui, seuls les plus âgés demeuraient largement pour le Non. Alors vice-premier ministre, Bernard Landry claironnait qu’il suffisait d’attendre quelques années, le temps que les générations se renouvellent, et l’indépendance arriverait aussi naturellement qu’un fruit mûr tombe de l’arbre. L’avenir était radieux pour les souverainistes.

La contingence dans l’histoire

Bien sûr, ces prévisions annonçant l’avènement ou la fin de la souveraineté ne se sont pas avérées. Pour la simple et bonne raison qu’elles reposaient sur un raisonnement fallacieux qui confond la cause et les effets. La tendance, quand elle apparaît parfois dans les sondages et les résultats électoraux, constitue un reflet de la conjoncture, des aléas, des circonstances qui changent. Bref, elle est le résultat de ce qu’on appelle la contingence dans l’histoire.

La contingence relève aussi des événements imprévisibles d’une campagne électorale ou référendaire. Deux semaines avant le déclenchement des élections d’avril 2014, porté par le débat sur la laïcité, le PQ faisait 40 % dans les sondages, était premier dans la région de Québec et pouvait espérer devenir majoritaire. Mal dirigés ensuite par la première ministre Pauline Marois, les péquistes ont plutôt pris les banquettes de l’opposition.

En somme, la tendance est surtout le reflet de la contingence. Plusieurs politiciens et analystes peinent pourtant à comprendre cet aspect fondamental des choses. Certains croient, chiffres à l’appui, à un attachement profond et irrémédiable des Québécois au Canada, ce que Jean Chrétien résume bien en disant que « les gens en veulent pas de la séparation ! ». D’autres, influencés par la notion de progrès, croient que l’histoire a une direction. Pierre Trudeau pensait que celle-ci s’apparentait à une marche vers un monde toujours meilleur, le tout prenant la forme de l’intégration des nations dans les grands ensembles supranationaux. Son fils semble croire à une autre forme de progrès, une avance inexorable vers la diversité. Que ce soit pour le père ou le fils, le nationalisme n’a pas de pertinence et l’indépendance québécoise est inconcevable.

Ce genre de théorie déterministe a pourtant été infirmé par la récente décision des Britanniques de sortir de l’Union européenne, un événement que personne n’avait prévu. Et c’est justement Harold Wilson, un ancien premier ministre anglais, qui nous offre la meilleure lecture pour comprendre de telles situations. Une semaine, disait-il, c’est long en politique. Tout peut changer en un court laps de temps. La seule certitude, c’est précisément qu’il n’y a jamais rien de complètement certain.

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