Salaire minimum: le fruit est mûr!

«Le sondage CROP confirme que l’outil de prédilection pour lutter contre le phénomène des
Photo: Vincent Larin Le Devoir «Le sondage CROP confirme que l’outil de prédilection pour lutter contre le phénomène des "travailleurs pauvres" devrait être le salaire minimum», soutient l'auteure.

Le fruit est mûr ! On le voit par leurs réactions ; les associations patronales s’inquiètent de la portée politique des campagnes pour une augmentation du salaire minimum à 15 $ l’heure menées par les groupes populaires et syndicaux, dont nous sommes partie prenante avec la campagne 5-10-15.

La crainte du patronat s’explique moins par la force de notre mobilisation que parce que, comme nous, il a probablement constaté le large appui de la population à cette revendication.

La Centrale des syndicats du Québec a demandé à CROP de sonder la question. Un sondage, effectué entre le 15 et le 19 septembre 2016 au moyen d’un panel Web, nous confirme que 74 % des répondants sont en accord avec l’augmentation du salaire minimum à 15 $ l’heure. Nous pouvons penser que les sondages internes du gouvernement arrivent aux mêmes résultats, ce qui expliquerait l’empressement de la ministre responsable du Travail, Dominique Viens, à « consulter » ses fonctionnaires et les différents groupes.

Déjà, ces campagnes nous auront permis un gain majeur : tant le Conseil du patronat du Québec que la Fédération canadienne des entreprises indépendantes ont affirmé qu’il est nécessaire de lutter contre la pauvreté des travailleuses et travailleurs au salaire minimum. Par contre, selon eux, ce n’est pas la bonne solution. Ils proposent plutôt d’accroître les transferts que les gouvernements versent aux travailleuses et travailleurs à bas salaire ou de réduire leurs impôts.

Ce changement de ton a quelque chose d’ironique pour des organisations qui dénoncent normalement l’intervention de l’État et les programmes d’aide.

Sortir de la pauvreté

Rappelons qu’une personne qui travaille à temps plein au salaire minimum ne paye que quelque 300 $ en impôt provincial. Ainsi, pour augmenter significativement son revenu disponible, il faudrait recourir à une augmentation des crédits de solidarité ou de la prime au travail. Déjà, les gouvernements fédéral et provincial offrent une aide financière totale de 1500 $ par an pour un employé au salaire minimum (et d’environ 3300 $ si cet employé a un enfant). La prime au travail et le crédit de solidarité, principales formes d’aide aux travailleurs pauvres, représentent une dépense fiscale de plus de 2 milliards de dollars pour la caisse commune du Québec.

Évidemment, il faut renforcer ces programmes de soutien du revenu. Évidemment, il faudra adapter la fiscalité pour qu’une plus grande part de l’augmentation de salaire à 15 $ reste dans les poches des travailleuses et travailleurs. Mais pouvons-nous, s’il vous plaît, nous rappeler un principe fondamental ? Une personne qui travaille à temps plein devrait être en mesure de sortir de la pauvreté par ses propres moyens.

C’est une autre réalité que la population appuie. Le sondage CROP confirme que l’outil de prédilection pour lutter contre le phénomène des « travailleurs pauvres » devrait être le salaire minimum, une opinion partagée par 47 % des répondants. Parmi les personnes sondées, 21 % estiment que le gouvernement doit agir sur le salaire minimum et les transferts, alors que seulement 19 % des répondants appuient la proposition des associations patronales d’augmenter les aides financières.

Dans les prochains mois, il sera fascinant d’observer les associations patronales défendre l’intervention étatique et réclamer une augmentation des subventions au cheap labor.

Pour leur part, les groupes populaires et syndicaux poursuivront la lutte pour le droit à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs.

Ils rappelleront qu’il faut mettre en place des mécanismes pour s’assurer que le travail fasse son job : salaire minimum au-dessus de la pauvreté, meilleur accès à la représentation collective et mesures pour la conciliation travail-famille.

C’est en mettant en place de telles mesures que nous réussirons à lutter contre l’explosion des inégalités.

6 commentaires
  • Jacques Tremblay - Inscrit 17 octobre 2016 08 h 10

    Faire vieillir le visage de la pauvreté

    Le mieux est parfois l'ennemi du bien

    Un employé avec un DEC qui travaille  à 18$ de l'heure devrait-il demander un réajustement de son salaire à 23$ ne serait-ce que pour justifier les 3 années sans salaire passées à étudier? Il faut éviter comme société de provoquer une dynamique sociale qui pourrait tout chambouler les échelons salariaux de nos entreprises ce que je crois à termes ne ferait qu'augmenter le niveau d'inflation jusqu'à un nouvel état d'équilibre économique où la pauvreté apparaîtrait avec un visage de plus en plus ridé. En fait cette mesure ne ce serait à termes qu'une sorte de coup d'épée dans l'eau....si ce n'était que de l'eau! Ainsi le seuil monétaire de la pauvreté ne ferait avec le temps qu'augmenter, rejoignant un plus grand nombre de citoyens âgés dont une grande majorité d'entre eux ont des revenus fixes possédant aucune mesure réelle de défense contre l'inflation. Le moindre mal serait de compenser les lacunes du système actuel par un accès plus grand, en fonction des revenus, par exemple à des services dentaire ou d'optométrie comparables à ce que reçoivent présentement les bénéficiaires des services sociaux. Augmenter tout d'un coup le salaire minimal à 15$ n'est-ce pas dans un sens comme encourager à court terme un petit-fils pourtant plein de potentiel à ne pas trop étudier tandis que grand-père devenu par son âge inemployable sur le marché du travail devra troquer sa ceinture devenue trop grande pour des bretelles à défaut de ne plus avoir l'employabilité nécessaire pour changer de pentathlon? Serait-ce la version âgiste du " Déshabiller le vieux Pierre pour habiller le jeune Paul"? Le jeune Paul n'a-t-il pas lui aussi à son jeune tour une responsabilité sociale? Celle d'augmenter son employabilité donc ses revenus en étudiant selon son plein potentiel? De plus il faut être conscient qu'à court terme, pour plusieurs petites entreprises peu capitalisées nécessitant beaucoup de main-d'œuvre, l'espace entrepreneuriale présente à 10

  • jean dubuc - Abonné 17 octobre 2016 13 h 23

    Une alternative :

    Il y a pire qu’un salaire minimum à dix dollars. C’est de continuer de recevoir cette maigre pitance deux, trois, cinq ou même après dix ans de fidélité pour un même employeur et de demeurer ainsi avec un niveau de vie comparable ou souvent pire que celui d’un assisté social.
    Cette situation mérite d’être corrigée en contraignant les employeurs à augmenter les salaires d’un dollar l’heure à chaque année jusqu’à quinze dollars au bout de cinq ans. Ce pourrait aussi être dix-sept dollars l’heure pour un employé qui totalise 10 ans d’expérience. De telles mesures pourraient être très structurantes pour le marché de l’emploi qui offrirait alors de véritables voies de sortie de la pauvreté. Il y aurait ainsi une motivation pour les employés à fournir de bonnes performances de travail de façon soutenue et pour les employeurs de bien traiter des employés qui développent ainsi de plus en plus de valeur. Il faut réaliser que les entreprises qui n’offrent pas de telles possibilités et persistent à demeurer chiches avec leurs employés sont probablement tout aussi chiches avec leurs clients et les produits et services qu’elles produisent. Ce n’est pas une réputation souhaitable à maintenir dans un marché compétitif et au sein d’une société de mieux en mieux informée et éclairée.
    Je partage aussi l’avis que de fixer le salaire minimum à quinze dollars ne serait pas une mesure aussi structurante. Cela risque d’être qu’un coup d’épée dans l’eau ou, pire encore, d’apporter davantage de chaos et de rigidité dans ces espaces de vie qui en ont vraiment pas besoin.

    Jean Dubuc.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 17 octobre 2016 13 h 58

    La répartition de richesse ne se pas fait par magie.

    Il fallait demander dans votre sondage Mme. Chabot si les gens étaient d’accord pour diminuer un peu leur pouvoir d’achat au bénéfice des plus petits salariés.

    Parce qu’une telle mesure débouche nécessairement sur une inflation substantielle. Et vous seriez les premiers à demander une augmentation salariale pour vos cotisants à fin couvrir cette inflation. Et c’est sans compter que vous prendriez certainement appui sur un salaire minimum relevé pour réclamer des augmentations proportionnelles pour vos membres cotisants.
    À la fin il est loin d’être évident que, proposé comme vous le faite, il y aurait meilleure répartition de richesse.

    En plus du coefficient de GINI L’ONU a un outil pour mesurer la répartition de la richesse, qui lui est plus facile comprendre.
    Cet outil c’est le rapport des revenus entre le 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres (R/P10%), ainsi que celui du 20% les plus riches et 20% des plus pauvres (R/P20%).

    Le coefficient de Gini est donnée par la Banque mondiale a 33 pour le Canada,
    son R/P10% est donné à 9.4 et celui du R/P20% à 5.5.

    En comparaison le coefficient de Gini de quelques pays les mieux classés donne ceci;

    Japon : Gini 25, R/P10% à 4.5 et R/P20% à 3.4

    Suède : Gini 25, R/P10 à 6.2 et R/P20 à 4.0

    Finlande : Gini 27, R/P10 à 5.6 et R/P20 à 3.8

    Même l’Allemagne, qui n’avait pas de salaire minimum a l’époque de référence de ces données faisait pas mal mieux que le Canada avec un Gini de 28, un R/P10 de 6.9 et un R/P 20 de 4.3

    Une meilleure répartition implique plus pour les uns et OBLIGATOIREMENT moins pour les autres. Là vous ne faite que demander plus pour les uns, et, vous n’en dites mots, mais assurément vous allez demander plus, pour vos membres cotisants.

    Bref, au-delà du marketing d’une campagne de pub aves vous vraiment un plan de match dont vous êtes prêt a lié votre responsabilité comme syndicat en regard de vos membres les mieux nantis?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 octobre 2016 14 h 04

      Lien sur la ''Liste des pays par égalité de revenus'' de Wiki qui donne différentes mesures publiées par l'ONU, la Banque Mondiale et la CIA (!)

      http://tinyurl.com/z5pzsgd

      ps: Le Coéfficient de GINI mesure le niveau d'inégalité des revenus, plus le chiffre est haut plus les inégalités sont élevées.

  • Maxim Bernard - Abonné 17 octobre 2016 17 h 08

    Pas la seule solution

    Les grandes entreprises qui font des profits ont certes les moyens de payer leurs employés 15$ l'heure, mais que dire :
    - de celles en difficultés financières
    - des nouvelles entreprises
    - des PME
    - etc.

    En réalité, un salaire minimum est une mesure régressive : elle fait payer toutes les entreprises indépendemment de leur taille ou de leurs revenus. Wal-Mart va payer autant que la petite épicerie du coin.

    Le mieux est de demander aux entreprises profitables de payer plus d'impôts,
    à commencer par la lutte contre les paradis fiscaux. Ceci dégagerait des revenus supplémentaires pour l'État, que ce dernier pourrait réinvestir dans des programmes d'aide aux plus démunis, ce qui reviendrait au même que d'augmenter le salaire minimum, sans les inconvénients.

    Un salaire minimum à 15$ n'est ni la seule solution, ni la meilleure.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 17 octobre 2016 19 h 14

    Faire vieillir le visage de la pauvreté (suite et fin)

    De plus il faut être conscient qu'à court terme, pour plusieurs petites entreprises peu capitalisées nécessitant beaucoup de main-d'œuvre, l'espace entrepreneuriale présente à 10,75$ de l'heure pourrait complètement disparaître avec des charges à 15$ de l'heure! Le mieux est-il toujours l'ami du bien?
    Jacques Tremblay 
    Sainte-Luce, Qc
    PS L'économiste Pierre Fortin vient de donner une entrevue à RDI économie où il confirme l'essentiel de mes impressions.