Dans la foulée des événements survenus à Kanesatake - Québec source de tensions avec les Autochtones

J'ai observé la série d'événements survenus à Kanesatake avec grand intérêt et beaucoup d'inquiétude. Mon coeur se serre lorsque je compare cela à notre propre situation à Winneway. Je dois franchement reconnaître que le nouveau gouvernement du Québec ne nous laisse d'autre solution que de créer des conflits. Il semble que ce soit le cas dans différents secteurs d'activité, mais bien entendu, je suis surtout préoccupé par les relations avec les autochtones. J'ai bien peur que si le gouvernement libéral conserve la même attitude, il finira par représenter une grande menace pour l'avenir des relations avec les autochtones du Québec.

Or les efforts positifs et constructifs des dernières années avaient fait renaître l'espoir. Avant les dernières élections, le gouvernement en place avait accompli des progrès fort significatifs en favorisant la coexistence entre Québécois et autochtones. Mentionnons notamment l'entente dite de la «paix des Braves», la proposition d'un accord de principe conclu avec les Innus ainsi que l'entente intérimaire avec notre communauté, qui nous engageait vers des relations positives et créatives.

La perception des Québécois et des autochtones les uns envers les autres avait bénéficié d'une amélioration considérable et, enfin, un grand désir d'harmonie commençait à s'installer. Bien que beaucoup reste à faire, ce succès des récentes années constituait le morceau essentiel du puzzle, en menant plusieurs à prévoir l'occasion véritable et concrète de relations constructives et durables avec Québec.

Pas que chez les Mohawks

Malheureusement, nous constatons aujourd'hui que dans plusieurs communautés du Québec, les tensions ont commencé à s'intensifier. C'est le cas chez les Mohawks mais aussi ailleurs. Le fait que toutes ne soient pas médiatisées ne diminue en rien leur importance. Depuis les élections, nous subissons un comportement passéiste, digne des jours où la règle utilitariste était de mise pour l'assimilation forcée des autochtones.

Je sais que cela constitue une préoccupation que mes compatriotes québécois ne pourront que trop bien apprécier, eux qui partagent avec nous des revendications identitaires. Il nous apparaît clairement que le gouvernement du Québec a régressé. Le fait que la volonté — ou la capacité — manque au gouvernement actuel pour gérer les actions de son administration devrait mener les Québécois à se poser la question de savoir si le premier ministre Charest et son équipe sont vraiment à la hauteur de leur tâche.

Pourtant, le Parti libéral du Québec (PLQ) semblait disposé à agir autrement. En 2001, alors dans l'opposition officielle, le ministre actuel des Affaires autochtones avait présidé à l'élaboration d'un rapport du PLQ intitulé Projet Québec. Dans ce rapport, plusieurs recommandations étaient faites au gouvernement en ce qui concerne l'amélioration de la société québécoise. Une section était consacrée à l'amélioration de la vie des autochtones et des relations avec les Québécois.

Nous trouvons étonnant, lorsque nous soumettons un projet d'entente au gouvernement du Québec en reprenant, avec l'appui du ministre Pelletier lui-même, une modeste version de ce qui se trouvait exactement décrit dans ce rapport, que les fonctionnaires quittent la table en invoquant le fait de ne pas avoir ce mandat.

Aussi, trois mois avant les dernières élections, l'estimé Claude Ryan avait légué à M. Charest un document qui contenait les valeurs du PLQ, ce à quoi ce dernier avait répondu par écrit en louangeant l'homme d'État libéral. Dès le début du document, M. Ryan affirmait: «Est contraire à l'esprit libéral, en politique comme dans tout autre champ d'activité, ce qui est étroit, mesquin, sectaire, doctrinaire, jaloux, occulte, attaché à l'ordre établi, enfermé dans des certitudes immuables, méfiant envers les libertés et opposé au progrès.»

Actions d'éclat

Malgré plusieurs tentatives visant à résoudre nos problèmes de négociation et parce que le nouveau gouvernement refuse de collaborer positivement à trouver une solution, nous sommes contraints à faire des actions d'éclat. C'est pourquoi nous avons décidé d'intervenir dans les activités qui ont lieu sur notre territoire. Cette mesure semble d'ailleurs être efficace puisque le gouvernement a répondu en envoyant son ministre délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier. Mais après plusieurs heures de discussion, il n'a pas pu accepter la solution raisonnable que nous lui proposions tout en étant dans l'incapacité de nous proposer une solution de rechange.

Que le gouvernement prenne la voie de l'affrontement au lieu de celle de la diplomatie est une indication claire de son mécontentement à l'endroit de nos efforts pour améliorer les relations de chacun en essayant de travailler avec d'autres communautés. C'est cependant ce qui constitue, à mon avis, la solution de l'avenir. Les autochtones et les Québécois vivront ensemble pendant très longtemps et doivent se contraindre à protéger mutuellement leur culture distincte tout en maintenant une coexistence pacifique. De ce fait, les autochtones devraient être considérés comme des partenaires et non comme une menace. À titre de représentants élus de cette province fort progressiste, le gouvernement devrait travailler à dissiper certains mythes et idées fausses qui existent sans aucun doute et non à les perpétuer.

Malheureusement, nous avons une fois de plus été forcés à prendre des mesures cette semaine en raison de l'immobilisme du gouvernement. Nous occupons un barrage hydroélectrique situé dans notre communauté. Ce barrage est la propriété d'Ontariens qui en revendent l'électricité à Hydro-Québec. Nous n'avons rien à dire et ne sommes aucunement consultés, même si nous avons été déplacés lors de la construction de ce barrage.

Je veux dire à tous les Québécois que ces gestes ne sont pas dirigés contre eux mais que ce sont des mesures de dernier recours pour attirer l'attention du gouvernement. Lorsque, avec ma communauté, nous défendons nos droits, nous ne levons pas les armes contre les Québécois. Nous proposons de nouvelles alliances et de nouvelles associations qui, je l'espère, ont pour résultat de nous aider à forger de nouvelles amitiés.