Une chronique injuste et désinvolte

«Je ne vois vraiment rien dans la carrière politique de Mme Marois qui permet de conclure qu’elle ne maîtrise pas les enjeux internationaux et qu’elle a desservi le Québec sur la scène internationale, et ce, à partir d’un seul point de presse !» écrit l'auteure.
Photo: Bertrand Langlois Agence France-Presse «Je ne vois vraiment rien dans la carrière politique de Mme Marois qui permet de conclure qu’elle ne maîtrise pas les enjeux internationaux et qu’elle a desservi le Québec sur la scène internationale, et ce, à partir d’un seul point de presse !» écrit l'auteure.

Lettre au chroniqueur Christian Rioux

Vendredi dernier, vous avez signé une chronique sur la diplomatie québécoise avec une désinvolture qui, compte tenu de votre expérience, m’a estomaquée. Je tiens à rappeler un parcours que vous semblez ignorer et à rappeler quelques faits qui placent l’action de Pauline Marois en perspective.

Avec les principaux acteurs de la politique française, des acteurs qui sont des amis du Québec, Mme Marois a entretenu et entretient toujours des relations suivies, tant du côté de la majorité que de l’opposition. Je pense notamment à MM. Hollande, Ayrault, Fabius, Moscovici ou Bloche, ainsi qu’à MM. Juppé, Raffarin et Fillon, auxquels il faut ajouter feu Michel Rocard, qu’elle a longuement et chaleureusement reçu lors de son dernier passage au Québec.

Sur la délicate question de l’appui de la France au peuple québécois, quelle que soit la route que celui-ci décide de suivre, sous son impulsion et avec la collaboration de son équipe politique et diplomatique, sa mission d’octobre 2012 a permis de renverser la malheureuse prise de position de Nicolas Sarkozy. Ce fut un travail d’équipe… un travail très bien mené !

Durant ce premier des deux passages qu’elle effectuera à Paris en tant que première ministre, en trois petites journées, elle avait rencontré le président de la République, le premier ministre, le président de l’Assemblée nationale, le président du Sénat, le ministre des Finances, les députés de l’opposition ; donné une conférence à l’Institut français des Relations internationales ; rencontré les sociétés mères des entreprises ayant des filiales au Québec et le MEDEF ; présidé un dîner auquel dix ministres ont pris part ; reçu plus de 150 personnes à la Délégation générale, en plus de tenir six rencontres de presse. Peut-être avez-vous raison, M. Rioux, de remarquer qu’elle était un peu moins énergique au dernier point de presse… mais peut-on, comme vous le faites, en déduire qu’elle était une néophyte en relations internationales ?

Par ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler que les relations internationales du Québec ne se limitent pas à l’axe Québec-Paris, malgré l’importance primordiale de celui-ci. Le monde est vaste et le Québec, s’il veut prendre sa place et se faire reconnaître, doit avoir de nombreux alliés dans plusieurs pays.

Le succès diplomatique de la première ministre à Paris suivait immédiatement sa participation remarquée au Sommet de la Francophonie à Kinshasa, au Congo. Et, faut-il le rappeler, cette mission physiquement éprouvante s’est déroulée moins de six semaines après la victoire du PQ du 4 septembre 2012 dans les circonstances dramatiques que nous connaissons.

Kinshasa a été l’occasion de renforcer le contact avec nos alliés naturels de la francophonie. À cet égard, je voudrais citer les propos tenus en mars par Clément Duhaime, qui soulignait que Mme Marois a exercé un leadership dynamique et su créer des liens avec ses interlocuteurs internationaux lorsqu’elle a assumé pendant un an la Conférence des 50 ministres de l’Éducation de la Francophonie. Il transmettait aussi les propos d’Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, qui lui exprimait sa gratitude pour s’être engagée avec passion pour notre langue en partage, pour la francophonie et la diversité.

Ensuite, à titre de chef de gouvernement, Mme Marois a consacré d’importants efforts afin d’approfondir les relations entre le Québec et nos voisins américains. En plus d’une mission à New York, elle a fait la tournée des capitales de tous les États de la Nouvelle-Angleterre pour préparer la Conférence des gouverneurs et des premiers ministres de l’Est du Canada, ce qui lui a permis de nouer des relations personnelles avec plusieurs gouverneurs américains. Plus au sud, en 2013, elle a dirigé avec succès une imposante délégation au Mexique où elle a été reçue lors d’un entretien bilatéral par le président Peña Nieto. Dans un mandat très court, elle a réalisé plus de sept missions à l’étranger en plus d’en accueillir de nombreuses au Québec.

Et son passé est riche d’expériences. Elle coprésida des rencontres internationales, fit de multiples visites auprès des milieux financiers et économiques à New York, Londres, Francfort, Bruxelles, Munich ; participa à quatre Davos. […]

Pauline Marois a saisi toutes les occasions de présenter le Québec et le projet de souveraineté du Québec. Je me souviens de rencontres passionnantes, dont celles avec l’actuelle présidente du Chili, Michelle Bachelet, à deux reprises ou encore avec François Hollande en 2008, alors premier secrétaire du Parti socialiste.

Je ne vois vraiment rien dans la carrière politique de Mme Marois qui permet de conclure qu’elle ne maîtrise pas les enjeux internationaux et qu’elle a desservi le Québec sur la scène internationale, et ce, à partir d’un seul point de presse ! De la part d’un observateur aguerri, c’est un peu cavalier, ne trouvez-vous pas ?

 

Réponse du chroniqueur

Madame Stafford,

Je n’ai jamais écrit que Pauline Marois « ne maîtrisait pas les enjeux internationaux » ni qu’elle avait « desservi le Québec sur la scène internationale ». La raison en est simple : ce n’est pas ce que je pense. Toutefois, si l’on veut bien sortir de la langue de bois et des formules convenues, il n’est pas difficile de constater que, lors de son accession au pouvoir, elle avait moins d’expérience en politique internationale que les Lévesque, Parizeau, Bouchard ou Charest. Ce n’est pas une tare. Simplement une réalité facile à démontrer.

Vous m’obligez à souligner que la plupart des « relations suivies » que vous attribuez à Pauline Marois furent aussi celles de l’extraordinaire ministre des Relations internationales que fut Louise Beaudoin, qu’il est indélicat de ne pas mentionner. J’aurais aussi pu raconter comment, lors de son discours à Londres le 28 janvier 2012, Pauline Marois fut à deux doigts de créer un incident en oubliant maladroitement de saluer l’ambassadeur canadien dans la salle. Pour le reste, je n’ai fait que relater l’amateurisme de sa visite en Écosse — dont vous évitez soigneusement de parler. Et le succès de sa visite à Paris.

Un succès dont j’ai pu constater de visu qu’il était largement dû à l’encadrement rigoureux de son ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée. C’est d’ailleurs ce que confirme l’ancien directeur de cabinet adjoint de Pauline Marois, Dominique Lebel dans son livre (p. 55) Dans l’intimité du pouvoir (Boréal). Savoir bien s’entourer, cela fait aussi partie des qualités d’un chef d’État. Je ne dis rien de plus. Mais rien de moins non plus.

Christian Rioux, correspondant du Devoir à Paris

4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 7 octobre 2016 03 h 17

    Et pendant ce temps, dans la vraie vie...

    Et pendant ce temps, dans la vraie vie, la France et les Français montrent leur incapacité de faire la différence entre le légendaire Canada (toujours dit ici par tous avec un trémolo d'amour dans la voix, émotion véritable qui pourtant va à l'endroit du Québec et des Québécois, surtout en Normandie où en 1942 et 1944 nos pères ou grands-pères ont laissé tant d'eux-mêmes que leurs traces y restent ineffaçables dans le coeur des Normands...) et le loyal Québec à celui-ci (ce qui ne peut être pour les Français puisque vi d'ici, nous avons deux fois dit non en référendum...).
    Cette incapacité dépassant le populisme dont on accusera certainement mes propos, puisque cette incapacité savamment entretenue par le Canada est général même chez les politiciens, les partis politiques, les intellectuels, etc.

    A défaut de pouvoir dire merci à mon éditeur, puisque aucun n'ose publier mes textes en France et/ou au Québec, peut-être parce que trop libres ?, ou trop indépendants des pouvoirs politiques divers et variés puisque je n'y entretiens et n'y désire aucune amitié ?, ou après tout peut-être parce que je ne sais pas écrire ?, merci de m'avoir lu ici ce matin.

  • Colette Pagé - Inscrite 7 octobre 2016 09 h 18

    Rendons à César ......

    Sans nier le mérite de Madame Marois il s'imposait de rappeler que ses succès reposaient d'abord et avant tout sur les personnes qui l'ont précédé dont notamment par le travail exceptionnel de Louise Beaudoin ainsi que sur la préparation méthodique de ses visites à Paris par JF Lisée.

    Quant à sa visite moins heureuse voire calamiteuse en Écosse sauf erreur celle-ci avait été confiée à Alexandre Cloutier.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 octobre 2016 12 h 13

      Et c'est ce que disait Christian Rioux, dans sa "réponse du chroniqueur" à
      Mme Stafford: "...Savoir bien s'entourer... celà fait aussi partie des qualités d'un chef d'État". Point à la ligne...Tout est dit...Qui veut comprendre, comprend.

  • Michel Blondin - Abonné 7 octobre 2016 12 h 27

    un peu trop fort!

    "…la première ministre se serait enfargée dans le premier obstacle venu. Exactement comme elle le fit l’année suivante en Écosse".

    Je comprends monsieur Rioux qui vit de sa plume à Paris de voir le monde tourner comme incontournable à l'international. Il a raison, mais aussi complètement tort. Ce monde est habité aussi par des chimères et prétendants qui en font voir de la paillette.
    Un Lucien Bouchard ou un Charest a utilisé son expertise pour d’autre propos que l’avancement d’un peuple. Les faits politiques nous parlent plutôt de corruption et d’abandon.
    En diplomatie, il ne faut jamais croire que la guerre est perdue d'un coup de chapeau ou gagner d'un sourire. La guerre se gagne sur le dernier coup sur le terrain. L'Écosse n'est pas perdu ni la France gagnée. L’évolution ne se fait jamais de victoire et les révolutions démocratiques encore moins.
    Après tout, le peuple québécois, avant de naître, est une nation dans le peloton des nations parmi les nations. Le message actuel, qu’il naît ou n’est, lui nuit. Ni Charest comme d’autre ne l’ont assumé. Dans ce monde, plusieurs des chefs sont des rois nus sans leurs valets et que nous avons la chance d’avoir de grands chefs qui dépassent d’une tête plus d’un chef d’État. À ce niveau, Marois est de la pointure des géants, toute comparaison faite avec le premier ministre du Canada. Ce roitelet a un pays. Votre sujet de critique, qu'un demi-État.