Parlons de la santé puisque «Tout le monde en parle»

Josée Blanchette à «Tout le monde en parle»
Photo: ICI Radio-Canada Télévision Josée Blanchette à «Tout le monde en parle»

Le dernier épisode de Tout le monde en parle a dû laisser un goût amer à bien des gens du domaine de la santé. Alors que Mme Josée Blanchette racontait son expérience avec son cancer du côlon, le système de santé et ses professionnels en prenaient pour leur rhume !

Prenant le pouls de collègues, nombre d’entre nous avons sourcillé devant des propos qui étaient souvent simplistes et réducteurs, parfois désinformés et franchement dangereux. Qu’on se le dise tout de suite : la chimiothérapie est efficace, mais pas toujours et ni pour tous, évidemment.

Grande est notre envie de défaire une à une toutes les affirmations trompeuses, mais il nous paraît encore plus critique de souligner les trois constats qui suivent.

La santé étant actuellement de toutes les tribunes, il n’est pas surprenant que TLMEP ait parlé d’autisme et de cancer. Mais ce qui peut surprendre, ce sont les personnes sous les projecteurs pour en parler : M. Louis T, un humoriste, et Mme Blanchette, une chroniqueuse.

Les professionnels de la santé n’ont pas, et ne devraient pas, avoir l’exclusivité des discussions sur la santé. Les perspectives d’humoristes, de journalistes, surtout comme patients, apportent des éclairages essentiels.

Mais, à la lumière de l’émission, le premier constat qui s’impose est que, dans ces deux segments totalisant une trentaine de minutes, une perspective du domaine de la santé aurait été nécessaire pour nuancer certaines affirmations et en corriger d’autres.

Par exemple, il aurait fallu préciser que les autistes de haut niveau dont parlait Louis T. sont rarissimes. À Guy A. qui demandait s’il fallait « laisser mourir les personnes âgées » sans traitement, il aurait fallu répondre qu’une discipline entière, l’oncogériatrie, a pour mission d’adapter cas par cas les traitements oncologiques pour ces patients fragilisés, en fonction de leurs capacités et de leurs désirs.

Sans user de l’argument d’autorité et sans corporatisme, les études en santé sont longues pour plusieurs raisons. D’abord, parce que le développement de l’expertise professionnelle ne se fait pas en écrivant un livre. Parce que l’anecdote personnelle et les témoignages anonymes ne sont pas une base de connaissances assez objectives et généralisables pour traiter des patients. Et aussi parce que la compréhension des statistiques, l’expérience clinique et les nuances qui viennent avec elle prennent du temps à acquérir.

Mais il faut tirer une seconde leçon tout de suite. Comme professionnels de la santé, notre habileté à communiquer et à établir un lien de confiance avec les patients doit être améliorée. Car, si nous n’apprenons pas à mieux communiquer pour répondre aux interrogations des patients et de l’opinion publique, d’autres, meilleurs communicateurs, s’en chargeront.

Au mieux, ces derniers feront un bon travail de sensibilisation, et, au pire, une dangereuse campagne de désinformation. Il est de notre devoir d’éviter une rupture définitive de la confiance entre la population et les soins que nous prodiguons.

En troisième lieu, il faut se questionner sur la responsabilité factuelle et sociale de TLMEP, une des émissions québécoises les plus écoutées. De la part de notre diffuseur public, ne sommes-nous pas en droit de s’attendre à plus de rigueur pour éviter d’encourager la complaisance, le sensationnalisme et les déclarations à l’emporte-pièce, pour un sujet aussi chargé que la santé ?

Mme Blanchette a soutenu que ceux qui savent ne parlent pas et que ceux qui parlent ne savent pas. Espérons, à l’avenir, que seuls ceux qui en sauront plus parleront autant. Tout le monde peut bien parler de santé, mais le vrai défi, c’est de bien en parler.

22 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 6 octobre 2016 06 h 40

    Le réveil?

    TLMEP: une émission prétentieuse qui nage dans le simplisme et la confusion des genres. Peut-être cette rencontre avec Josée Blanchette sonnera les cloches de la direction, si direction il y a, de Radio-Canada. Il ne faut pas désespérer!

    M.L.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 6 octobre 2016 08 h 46

      Je ne suis pas en accord que TLMEP est une émission prétentieuse. Pour pouvoir commenter les propos de Josée Blanchette, il faut avoir lu son livre en entier. RC nous offre une émission à la portée du public et ainsi on éveille les gens sur des thèmes importants en l'occurence la chimiothérapie. C'est quand même mieux que les humoristes qui sacrent ou massacrent le français ou Les enfants de la télé ou cet été Les Echangistes. Bravo à Josée Blanchette!

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 6 octobre 2016 21 h 16

      TLMEP n’est certainement pas une émission plus prétentieuse que ceux qui la traitent comme telle. Beaucoup d’invités sont particulièrement intéressants. Je me suis procuré plusieurs livres suite à l’écoute de cette émission, et pas seulement celui de Josée Blanchette, mais également le superbe livre de Béa Jonhson, d’Alain Denault, de Laure Waridel et d’autres auteurs qui sont sur ma liste. Également plusieurs artistes m’ont attirée suite à leur entrevue à TLMEP, des films également et des spectacles. J’ai le sentiment que certains aimeraient voir cette émission censurée pour toutes sortes de raisons qui, à ce jour, ne semblent pas être autre chose que la stricte volonté de censurer une émission qu’ils n’aiment pas, et n’écoutent pas bien entendu, même s’ils se permettent de la juger sans trop savoir de quoi ils parlent finalement. Enfin, pour ma part, j'ai bien apprécié l'entrevue avec Josée Blanchette. Que le monde corporatiste des médecins n'aime pas et crie au scandale et à la censure, là ce n'est pas mon problème et je m'en fiche.

  • Gilles Delisle - Abonné 6 octobre 2016 08 h 04

    La grand messe du dimanche soir

    Les Québécois aiment bien cette émission du dimanche soir de Radio-Canada où l'animateur n'a qu'à lire des questions déjà programmées d'avance sur ces cartons. Plusieurs invités y participent pour leur publicité personnelle ou pour mousser une idée coup de coeur que les organisateurs de cette émission ont jugé acceptable, pensons à cette jeune musulmane venue défendre les siens avec un joli foulard coloré et un visage maquillé comme une princesse, l'animateur en rêve encore! Malheureusement, comme on a pu le voir à la dernière émission, il y a parfois des interviews "coup de coeur" qui déforme la réalité et la vérité du quotidien. Dénoncer une situation, c'est bien, mais encore faut-il que ce ne soit pas uniquement à partir des expériences personnelles de tous et chacun.

    • Christian Dion - Abonné 6 octobre 2016 09 h 12

      J'ai l'intime conviction que l'animateur ne s'est même pas donné la peine
      de lire le livre concerné par cette entrevue. À tout évènement, il ne faut pas être très exigant pour apprécier une émisission aussi débilitante que
      T.L.M.E.P..

      Christian Dion
      Abonné.

  • Pierre Schneider - Abonné 6 octobre 2016 08 h 07

    Lancer le débat public

    Je crois que la sortie de Josée Blanchette aura eu le mérite de lancer sur la place publique un débat qui doit avoir lieu car, bien souvent, les savants n'expliquent pas bien à leurs malades tous les tenants et aboutissants de leurs protocoles.
    Les docteurs et leurs corpos devraient aussi s'ouvrir aux traitements pluridisciplinaires, comme ça se fait ailleurs dans le monde.
    Vrai qu'on n'a eu droit qu'à un coup de gueule à TLMEP, mais puisse-t-il nous faire réfléchir et informer davantage.

  • Lucie Vallée - Abonnée 6 octobre 2016 09 h 00

    Lire puis critiquer - suite

    J'ai entendue madame Blanchette sur plusieurs plate-forme et je ne crois pas qu'elle dit ce que les médécins actifs lui reprochent avec les baguettes en l'air. Il me reste à lire le livre. De nombreuses critiques des médecins sont des interprétations pleignardes de madame Blanchette en déformant ses propos, et en négligeant les mises en perspective qu'elle apporte elle-même.
    Quant à moi, les arguments des médecins et leur manière d'attaquer madame Blanchette en dévalorisant son intervention confirment les critiques que celle-ci apporte et la difficulté du système de vivre hors de son interprétation de la réalité.
    Lucie Vallée

  • François Beaulé - Abonné 6 octobre 2016 09 h 15

    On veut des chiffres et des nuances de la part des médecins

    « la chimiothérapie est efficace, mais pas toujours et ni pour tous, évidemment » déclarent les docteurs Quoc Dinh Nguyen et Andréanne Wassef. Peuvent-ils faire la preuve de ce qu'ils avancent ?

    Prenons le cas de deux types de cancer qui sont parmi les plus répandus. Le cancer du côlon et le cancer du sein non hormono-dépendant. Quelles proportions des personnes soumises à la chimiothérapie pour ces deux cancers seront guéries par la chimio et ne l'auraient pas été seulement par la chirurgie et la radiothérapie ?

    Comment sont faites les études qui permettent de préciser l'efficacité réelle de la chimio ? Il faudrait, pour l'établir scientifiquement, suivre un groupe de patients qui seraient intentionnellement privés de chimio. Peut-on moralement faire cela en sachant qu'un certain nombre de ces patients décèderont alors que la chimio les aurait guéris ?

    Nous ne sommes pas à l'émission TLMEP ici. Nous pouvons discuter. Mais pour cela il faut que les médecins rendent les données publiques.