Lettres: Double imposture

Du point de vue de la vérité et de l'éthique politiques, c'est bien plutôt l'analyse de Monsieur Jean-Claude Leclerc — fort intelligemment intitulée «Un "scandale" qui en cache un autre plus grave encore» et malheureusement reléguée à une page éloignée en B6 — qui aurait mérité le 16 février dernier de faire la grosse manchette de la page frontispice en lieu et place de cette «double» imposture imprimée en très/trop grosses lettres: Commandites: Martin blanchit Chrétien — Le premier ministre s'engage à démissionner s'il est prouvé qu'il était au courant des transactions.

Notre premier ministre fédéral nous prend vraiment, nous les Québécois, pour une grosse bande d'imbéciles qui ignoreraient que, dans notre État de droit, seul un tribunal indépendant et compétent peut être habilité à «blanchir» ou non un quelconque inculpé, fût-il ex-premier ministre.

D'où il en découle cette «double» imposture:
- qu'en l'absence d'un tel tribunal, Martin peut allègrement et impunément «blanchir» son prédécesseur Chrétien en sachant bien que personne ne pourrait officiellement le contredire en cette matière, fût-ce le Bloc québécois qui ne peut comme à l'accoutumée que japper mais sans mordre;
- qu'il peut s'engager à démissionner suite à une «preuve» absolument impossible à développer [...] par suite de l'inexistence d'un tribunal pouvant être voué à cette tâche.

Dès lors, Monsieur Jean-Claude Leclerc a parfaitement raison dans sa chronique de constater un manque «apparent» de culture politique chez la vérificatrice générale, Sheila Fraser, laquelle lui aurait pourtant permis de comprendre que l'origine de ces vols-détournements scandaleux de fonds publics (100 millions de dollars sur 240, soit 42 %) n'est pas tant la cupidité [«greed»] des copains/coquins libéraux fédéralistes du régime Chrétien que leur rage administrativement «inavouée» et politiquement «inavouable» d'avoir vu en 1995 le peuple québécois frôler les 50 % d'un OUI référendaire à la souveraineté du Québec et/ou à la séparation du Canada, d'où leur imbécile plongée clandestine dans cet orgiaque programme de manipulation/désinformation de l'opinion publique québécoise par l'entremise d'un déferlement plurimédiatique de drapeaux unifoliés rouges...