Mes collègues ont renié leur parole et leurs convictions

Martine Ouellet réitère que l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti ne serait pas rentable.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Martine Ouellet réitère que l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti ne serait pas rentable.

C'est en septembre 2011 que l’enjeu d’Anticosti est devenu majeur, alors que Le Devoir publiait un article avec un titre qui fit l’effet d’une bombe : « 40 milliards de barils de pétrole à Anticosti ». Le texte parlait des données préliminaires obtenues par Junex et Pétrolia, et il soulignait que si la ressource se confirmait, cela pourrait équivaloir à des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars. Il n’en fallait pas plus pour que les actions des deux jeunes compagnies s’envolent.

Mais il y avait un os : les permis détenus par ces jeunes pousses avaient été cédés par le gouvernement Charest via une entente secrète avec Hydro-Québec. Jean Charest fut accusé d’avoir commis le « vol du siècle » en privatisant l’île pour une bouchée de pain.

Juste avant sa défaite électorale de 2012, le PLQ avait mis en place un comité pour préparer l’exploitation du pétrole d’Anticosti. Au début de l’automne 2013, je rendais publique l’entente secrète sur Anticosti. Ensuite, le Parti québécois annonçait en février 2014 une entente : le gouvernement reprenait ses droits sur Anticosti et dans l’éventualité d’une exploitation du pétrole, la part la plus importante des profits reviendrait à l’État.

Dès le départ, j’ai émis des réserves sur Anticosti à titre de ministre des Ressources naturelles, je l’ai dit publiquement : « Il est loin d’être certain que le jeu en vaille la chandelle. » Il était loin d’être certain que le potentiel pétrolier allait s’avérer exploitable, le tout dans le respect de l’environnement. Cependant, l’entente permettait de venir réparer l’erreur du gouvernement Charest, qui avait privatisé la ressource.

Quand mes collègues, les anciens ministres Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée (par l’entremise de Serge Ménard) m’ont accusée récemment d’avoir signé le contrat, ils ont fait preuve de mauvaise foi, car cette entente n’équivalait pas automatiquement aux trois forages par fracturation pour l’exploration. Avant la fracturation, le ministère de l’Environnement doit délivrer un certificat d’autorisation, le ministère des Ressources naturelles un certificat de complétion des puits, et je travaillais activement pour qu’il y ait un BAPE. Bien des poignées pour éviter la fracturation si les études démontraient que le jeu n’en valait pas la chandelle.

Avec ma première ministre Pauline Marois, nous avons bien travaillé ensemble plusieurs projets de développement économique, mais là où nous avons eu divergence de vision, c’était sur le moment de faire le BAPE sur Anticosti. Il est de notoriété publique que je voulais un BAPE avant l’exploration alors qu’elle et son entourage voulaient qu’il soit après. Même si le contrat était signé, rien n’empêchait le gouvernement Marois d’annoncer par la suite un BAPE avant les trois forages par fracturation.

À l’époque, ma lecture de la situation était que Mme Marois était habituée au processus pour les projets miniers : exploration, ensuite un BAPE puis finalement exploitation. Or, avec mon expérience dans le dossier des gaz de schiste (j’ai participé entre autres à la mission québécoise en Pennsylvanie), je savais que contrairement aux mines, l’environnement est grandement affecté lors de l’exploration pour les projets d’hydrocarbures non conventionnels.

Avec mon équipe au ministère des Ressources naturelles, j’étais en train de monter un dossier et nous étions certains d’être en mesure de convaincre la première ministre et le Conseil des ministres de tenir un BAPE avant les trois fracturations. La défaite électorale ne nous a pas permis de mener à bout ce dossier.

Un des problèmes que nous avions au ministère des Ressources naturelles, c’était le manque d’expertise. Nous n’avions pas d’estimation sur les coûts de production pour des gisements similaires ailleurs dans le monde ou d’analyse d’impact environnemental. C’est pourquoi il était important de faire un BAPE avant d’aller de l’avant afin d’avoir toute l’information tant environnementale qu’économique.

Depuis, plusieurs études ont été publiées sur le dossier en automne dernier via l’Étude environnementale stratégique. À partir de ces chiffres, l’ingénieur-géologue Marc Durand a estimé que le coût de production d’un baril serait d’environ 190 $… alors que le prix de vente actuel oscille autour de 45 $. Aussi bien dire qu’à partir de l’automne dernier, le projet était mort-né.

Ne vous demandez pas pourquoi Philippe Couillard, qui était pour le pétrole d’Anticosti à l’élection de 2014, a fait volte-face à partir de la COP21 : il venait d’apprendre qu’il n’y avait pas d’exploitation rentable sur l’île dans un avenir prévisible. Au lieu d’être honnête avec les Québécois, il a préféré faire de la petite politique sur le dos du Parti québécois et il a tenté de nous faire croire qu’il devait respecter le contrat contre son gré.

Il ne dit pas la vérité lorsqu’il dit qu’il est obligé de respecter l’entente sur Anticosti. Il a le pouvoir de suspendre tous les travaux et d’exiger un BAPE global sur l’île. C’est exactement ce que Jean Charest a fait avec le gaz de schiste et ensuite, le BAPE dans la vallée du Saint-Laurent a démontré que l’exploitation n’était pas souhaitable. Avec l’information que nous avons maintenant, tout indique qu’un BAPE conclurait qu’il n’est pas souhaitable d’exploiter les hydrocarbures sur Anticosti.

Donc, depuis l’automne dernier, nous avons l’information au Parti québécois qui démontre que l’exploitation n’est pas économiquement réalisable. C’est pourquoi, contrairement à mes collègues Lisée et Cloutier, je me suis abstenue de voter en février pour les trois forages avec fracturation. Ils ont renié leur parole et leurs convictions en votant pour les trois forages avec fracturation, alors qu’ils en connaissaient pertinemment la non-rentabilité et les impacts environnementaux importants. Comment pouvons-nous être certains qu’ils ne changeront pas encore une fois d’idée au moindre coup de vent ?

Ce que je propose aux membres du Parti québécois, c’est de ramener la cohérence dans nos actions, tant pour le virage vert de notre économie que pour réaliser l’indépendance du Québec.
 

16 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 28 septembre 2016 01 h 39

    quelle époque déprimante

    madame, il y a une chose qui est certain vous ne vous perdez pas dans les dédalles de la dialectique qui trop souvent servent de politiques a nos politiciens,comment voulez-vous que l'on croit a ces gens, quand nous nous rendons comptes qu'ils sont que des pantins, serait-ce que nous nous sommes rendus comptes que ce ne sont pas eux qui décident mais ceux qui detiennent le vrai pouvoir , ceux qui détiennent le cash, quelle époque déprimante

  • Pierre Pinsonnault - Abonné 28 septembre 2016 04 h 29

    Excellent

    Les explications de Mme Ouellet sont on ne peut plus raisonnables. Merci de nous les aire connaître.

  • Raymond Labelle - Abonné 28 septembre 2016 10 h 26

    L'entente est mauvaise. C'est Mme Ouellet qui l'a signée. Ne pas se laisser embrouiller.

    "Quand mes collègues, les anciens ministres Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée (par l’entremise de Serge Ménard) m’ont accusée récemment d’avoir signé le contrat, ils ont fait preuve de mauvaise foi, car cette entente n’équivalait pas automatiquement aux trois forages par fracturation pour l’exploration."
    - Martine Ouellet

    Elle "n'équivalait pas automatiquement", elle le permettait, et le permet encore. Et c'est fort cette entente que l'on fore actuellement. Mme Ouellet ne spécifie pas ceci. En parlant de mauvaise foi...

    Et il n'était pas nécessaire de permettre les forages pour se réapproprier les droits.

    Mme Ouellet dit que c'est une bonne entente lorsqu'on lui reproche de l'avoir signée, et dit que c'est une mauvaise entente lorsqu'elle reproche à ses collègues d'avoir voté pour subséquemment...

    D'ailleurs, elle s'est arrangée pour être absente de l'Assemblée, elle n'a pas voté contre l'entente. Reprocher à ses collègues d'avoir voté pour ne nous émerveille donc pas par une démonstration éclatante de bonne foi.

    JFL et AC ont au moins été conséquents avec l'action du gouvernement Marois, initiateur de cette mauvaise entente.

    Mme Ouellet ici nous étourdit dans un numéro de patin de fantaisie.

    L'entente est mauvaise, c'est Mme Ouellet qui l'a signée et elle n'a jamais voté contre. Quelquefois quand ça fait "couac", il s'agit bel et bien d'un canard. Ne nous laissons pas égarer.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 septembre 2016 13 h 44

      la partisanerie m. Labelle est mauvaise conseillière...surtout venant d'un partisan du PLQ!

    • Raymond Labelle - Abonné 28 septembre 2016 15 h 20

      Mme Sévigny, si vous aviez vu l'ensemble de mes interventions, vous auriez constaté que je suis loin d'être un partisan du PLQ, ni non plus de la CAQ. Peut-être êtes-vous tombée sur ma défense du fédéralisme et êtes-vous sautée aux conclusions.

      Avant de qualifier ma pensée politique, je vous invite à consulter l'ensemble de mes interventions ou minimalement, un échantillon plus large que ce que vous en avez retenu.

      Mais au-delà de cette affirmation fausse à propos de ma partisanerie alléguée, si on restait aux faits.

      En quoi, précisément, ce que j'écris ci-dessus serait-il incorrect?

    • Raymond Labelle - Abonné 28 septembre 2016 15 h 44

      Autant le lecteur qui se documente sérieusement (il suffit de bien savoir utiliser un moteur de recherche) constatera que je ne suis pas un partisan du PLQ, autant le même lecteur trouvera de nombreuses interventions au Devoir de Mme Sévigny où celle-ci appuie Mme Ouellet avec enthousiasme.

      Mais je ne conclus pas que cette partisanerie mène nécessairement à la conclusion que tout ce que dit Mme Sévigny est faux. Même à propos de Mme Ouellet, dont Mme Sévigny est une fervente admiratrice.

      Seul l’examen des faits par eux-mêmes permettent de dégager la vérité.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 septembre 2016 10 h 34

    La part d'inconnue

    Ce que j'aurais aimé entendre de Mme Ouellet, c'est ceci : est-ce que le contrat signé sous Mme Marois autorisait Pétrolia à prélever l'eau des forages dans les rivières à saumon d'Anticosti.

    Le ministre Arcand et le premier ministre Couillard ont mis leur crédibilité en jeu en laissant entendre qu'ils étaient obligés d'accorder à Pétrolia cette permission en vertu de ce contrat.

    J'en ai toujours douté et je suis déçu que Mme Ouellet n'ai pas saisi l'occasion pour nous éclairer à ce sujet. Est-ce que ce silence signifie que ses accusateurs libéraux ont raison ?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 septembre 2016 11 h 58

      Les prélèvements prévus représentent 1% du débit annuel de la rivière.

      L'eau prélevée est accumulée dans des réservoirs, sa ponction est donc étallée dans le temps ce qui réduit d'autant la possibilité d'avoir un impact.

      Sur cette îles en milieu marin les précitations annuelles sont peut-être plus stables que celles de l'ensemble du Québec. Ces dernières sont données pour une moyenne autour de 1000 mm, c'est a dire 1,000 litres par année par mètre carré, ou 1 milliard de litres au kilomètre carré...
      Avec des variantes allant du quite au double (75% à 150% des moyennes).

      Il faut vraiment se chercher un prétexte pour s'opposer que de prétendre qu'une proportion aussi faible que 1% d'eau prélevée dans des rivières qui connaissent de façon bien naturelle de si grandes variations puisse avoir un impact négatif.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 septembre 2016 12 h 47

      Jean-Yves Arès éctit : ‘Les prélèvements prévus représentent 1% du débit annuel de la rivière.’

      Ce prélèvement représente plus de 30 millions de litres d’eau et cette autorisation, révélée par le Devoir, a suscité la colère des habitants de l’île.

      Pétrolia compte puiser l’eau salée du golfe du Saint-Laurent pour ses forages ultérieurs. Je ne comprends pas comment on peut permettre à une compagnie de puiser des millions de litres d’eau cristalline pour y ajouter du sable, du benzène et divers autres produits chimiques.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 septembre 2016 12 h 52

      Oh, j'oubliais.

      S'il pleut tant que ça sur l'ile d'Anticosti, pourquoi Pétrolia ne recueille-t-elle pas l'eau de pluie sur ses sites de forage pour s'en servir plutôt que de faire une ponction de millions de litres dans les rivières à saumon ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 septembre 2016 14 h 00

      Qui croyez-vous convaincre m. Arès avec vos propos verbeux...vous n'avez nullement démontré ou donné une réponse éclairée car je crois que vous pigez dans wikipédia la part des propos qui font votre affaire...la partisanerie PLquiste ...rides again.

  • Carol Vachon - Abonné 28 septembre 2016 12 h 18

    Et la solidarité ministérielle ?

    Mme martine Ouellet n'avait pas d'autre choix que de signer, par solidarité ministérielle, simplement. Que ses collègues le lui reprochent par opportunisme est un avant-goût fort décevant de leur gouvernance advenant leur élection à la chefferie.
    Lors de l'assemblée avec ses partisans à Sainte-Foy le 20 juin, j'avais reproché à Jean-François Lisée son opportunisme car, dès le début de sa campagne, il a tablé sur l'ADN frileux du PQ en avançant que la population n'a pas le goût de l'lndépendance vu que plus de 80% ne veut pas de référendum.
    Or, en 1995, 76% des gens ne voulaient pas plus de référendum. À ce compte là, Parizeau n'aurait pas fait de référendum qu'il a failli gagner. De JFL, il s'agit d'un bel opportunisme qui nous éloigne de notre vrai but.
    La solution est de mettre l'indépendance tout de suite à l'agenda comme le fait Martine, car c'est la condition pour sonner le rassemblement des forces indépendantistes.
    Des enjeux transparents, Aticosti, indépendance, etc., voilà ce que propose Martine, sans dissimulation.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 septembre 2016 10 h 10

      Peut-être que Mme Ouellet n'aimait pas cet accord et a dû se plier à la solidarité ministérielle. Peut-être même a-t-elle plaidé contre au Conseil des ministres. Sans succès. Peut-être.

      Mais sa haute voltige comme quoi l'accord était bon lorsqu'elle l'a signé et que le même accord est devenu mauvais lorsque ses collègues l'ont appuyé ne tient pas la route. Les mauvaises actions permises par l'accord sont permises par l'accord. Pas besoin de chercher de midi à quatorze heures.

      D'ailleurs, consciente de ce que c'est son gouvernement qui l'a signé (et c'est elle-même qui a représenté ce gouvernement), elle n'a pas voté contre subséquemment - elle s'est arrangée pour ne pas être à l'Assemblée nationale à ce moment-là.

      Par conséquent, reprocher à ses collègues d'avoir manqué à leur parole et d'avoir voté contre leurs convictions dans ce contexte, charge sonnée dans le titre même de son texte, est très injuste.

      Par ailleurs, si Mme Ouellet trouvait l'accord si bon lorsqu'elle l'a signé, comme elle l'affirme ci-dessus, elle ne devait pas être contre tant que ça.

      Et cet accord n'était pas nécessaire pour que le Québec récupère certains droits. Le Québec a pleine juridiction en ces matières. Il a le gros boutt du batt dans les négociations.