Ayons un débat serein et constructif

«Les religions avancent quantité de croyances sur la réalité observable qui peuvent, le cas échéant, être réfutées par la science», écrivent les auteurs.
Photo: iStock «Les religions avancent quantité de croyances sur la réalité observable qui peuvent, le cas échéant, être réfutées par la science», écrivent les auteurs.

Le déclencheur

 

« Si certaines des critiques qu’ils formulent à l’endroit du volet “culture religieuse” de cette matière sont appropriées, la thèse principale du livre, favorable à l’abolition du cours au nom d’une opposition de principe à la religion, s’avère très contestable. Comme l’écrit Georges Leroux dans Différence et liberté, un plaidoyer pour le cours ECR paru le printemps dernier, “l’hostilité promue par un certain humanisme a pour conséquence un refus de la connaissance, et on ne saurait se ranger derrière cette promotion de l’inculture”. »

— Louis Cornellier, « Faut-il en finir avec le cours Éthique et culture religieuse ? », Le Devoir, 12 septembre 2016

 


La recension du volume collectif La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Leméac) par Louis Cornellier nécessite plusieurs rectifications et compléments d’information afin de donner aux lecteurs du Devoir une idée plus exacte de ce volume.

D’une part, ce collectif n’est pas l’oeuvre que de quatre auteurs comme le laisse penser son article, mais de quatorze. Tous les auteurs n’ont pas la même position intellectuelle sur le cours ECR, et il est erroné de laisser croire que tous demandent « l’abolition du cours ». Faut-il préciser que le volet « culture religieuse » sur lequel porte le volume n’est qu’un des deux volets du cours Éthique et culture religieuse ?

Si certains des auteurs souhaitent le retrait de l’actuel volet « culture religieuse », c’est pour placer ce contenu dans un cadre pédagogique véritablement historique et anthropologique de nature à aider les élèves à mieux comprendre les conditions d’émergence des religions ainsi que le rôle qu’elles ont joué à travers les âges. D’autres plaident pour une réforme et un enrichissement du volet « culture religieuse ».

La moitié de l’ouvrage est d’ailleurs consacrée aux solutions de rechange, dont la formation philosophique et la pensée critique adaptées aux enfants, ce que M. Cornellier a totalement passé sous silence. Ce qui caractérise cet ouvrage, c’est la pluralité des propos et la convergence vers la nécessité d’une réforme axée sur les faits et la pensée critique.

Faux procès

C’est donc un faux procès que fait le critique du Devoir en accusant les auteurs de prôner « un refus de la connaissance ». Personne non plus ne manifeste « d’opposition de principe à la religion » ; l’opposition porte sur un enseignement religieux qui présente les croyances et rituels de toutes les religions sous le couvert de la « culture » et qui incite les enfants à se trouver une religion dans le buffet qui leur est offert.

Deux des textes du volume sont basés sur des analyses de contenus de manuels et de cahiers d’exercices destinés aux élèves, ce qui permet au grand public et aux parents d’avoir, pour la première fois, une bonne idée du contenu réel de ce cours. Il est regrettable que M. Cornellier ait négligé de souligner un autre volet important de la contestation du cours ECR illustré de longue date par l’avis du Conseil du statut de la femme de 2011 et abordé dans un chapitre de notre volume : celui de l’atteinte à l’égalité des sexes qui ressort de l’analyse des manuels d’ECR utilisés au primaire.

M. Cornellier semble par ailleurs croire que la science ne peut rien dire sur la religion parce que, dit-il, « Dieu n’est pas un objet de science. » Or les religions ne se limitent pas à affirmer l’existence de dieux ; elles avancent quantité de croyances sur la réalité observable qui peuvent, le cas échéant, être réfutées par la science. Il n’y a là aucun « mépris de l’épistémologique », comme il le soutient.

Finalement, à l’appui de sa position sur le cours ECR, le journaliste cite le philosophe français Regis Debray, défenseur de l’« enseignement du fait religieux » en France, mais sans souffler mot des critiques que des Français adressent à Debray et à ce type d’enseignement qui fait pourtant l’objet d’un chapitre du volume.

Les propos de M. Cornellier ont de quoi étonner puisqu’à la fin de son texte, il nous donne raison. Il souligne en effet que la critique à l’endroit du caractère multiculturaliste du cours est fondée, que nous avons raison « de déplorer que l’athéisme et l’agnosticisme occupent peu de place dans le programme et ne soient pas clairement présentés comme des options légitimes » et que nous soulevons « une bonne question en demandant s’il ne serait pas préférable d’adopter une approche plus strictement historique et factuelle des religions plutôt que de poursuivre dans la veine bienveillante actuelle ». Toute la question est là, et ce sont ces aspects qui sont étayés et documentés dans le livre qui invite à la discussion et à un nécessaire débat qu’on espère serein et constructif.

*Signataires : Daniel Baril, Jean Delisle, François Doyon, Daniel Dulude, Nadia El Mabrouk, André Gagné, Michèle Sirois.

  
 

Réponse du chroniqueur


J’indique clairement, dans mon texte, que les auteurs de ce collectif contestent essentiellement le volet « culture religieuse » du cours. Les seuls auteurs de ce livre qui prônent une réforme de ce cours, et non son abolition ou son remplacement par un tout autre cours, sont Mathieu Gagnon, Stéphane Marie et Sébastien Yergeau, signataires communs du 12e et dernier essai de l’ouvrage. Aussi, « la pluralité des propos » évoquée par mes contradicteurs demeure pour le moins limitée. Quand je lis, enfin, que « personne non plus ne manifeste “ d’opposition de principe à la religion  » dans ce collectif, je m’étonne. Comment comprendre, alors, la maladroite formule de François Doyon selon laquelle « si les jeunes avaient une meilleure culture scientifique, l’imposture de la religion serait largement reconnue et elle n’aurait pas l’importance anachronique dont elle jouit aujourd’hui ». L’accusation d’imposture serait-elle devenue bienveillante ?

Louis Cornellier

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