Lettres: Les dommages collatéraux du favoritisme

J'ai commencé à exercer ma profession d'expert comptable il y a près de trois décennies. Depuis ce temps je tente, par mes commentaires, de faire appel au sens éthique de mes clients. Je leur impose l'obligation d'agir honnêtement face aux autorités fiscales et aux autres tiers. Avec le temps ma vision tend à se marginaliser.

Il m'est difficile, de plus en plus, de convaincre ceux qui me font confiance du bien fondé de ma position quand la magouille est érigée en système par ceux qui nous saignent. Comment demander à mes clients, qui en majorité sont des petites entreprises qui peinent pour se maintenir à flot, de remettre leur dû à la collectivité quand les fruits partagés de leurs efforts servent, en partie, à engraisser les amis du régime.

Il y aura des dommages collatéraux à laisser s'infiltrer, de façon chronique, ce venin du favoritisme et du despotisme en politique. Jusqu'à quand l'État se servira-t-il de professionnels pour s'assurer de collecter son dû, allant jusqu'à imposer des pénalités aux tiers (dont les comptables agréés) alors que cet argent collecté, au lieu de servir au bien commun, comme l'éducation et la santé, est détourné pour engraisser le politicien et ou son entourage. Un boomerang a été lancé et, sur son retour, il a commencé à faucher des têtes. Dans sa course il risque de saper le moral des gens respectueux de la fiscalité avec les conséquences fâcheuses d'une nation qui, systématiquement et universellement, ne croit plus dans son régime fiscal.

On ne peut, année après année, impunément, alimenter le cynisme. L'exemple vient de haut, et il m'est difficile de condamner le misérable qui tente, par la magouille, de s'assurer un minimum vital, car je pense qu'il agit par mimétisme ayant comme modèle beaucoup de ceux qui nous gouvernent.