Laissons le projet-pilote se réaliser

Manifestation de chauffeurs de taxi contre Uber à Montréal, en septembre 2015
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Manifestation de chauffeurs de taxi contre Uber à Montréal, en septembre 2015

L'entente survenue entre Uber et le gouvernement du Québec doit mener au déploiement d’un projet-pilote qui définira une nouvelle formule permettant à tous les chauffeurs d’opérer, et c’est une bonne chose. En s’entendant avec Uber, le gouvernement a fait preuve d’ouverture et reconnaît qu’il existe d’autres modèles d’affaires à explorer dans le respect de nos lois et de nos règles fiscales.

Cette entente constitue également une bonne nouvelle pour les consommateurs, car c’est à eux en fin de compte qu’il revient de choisir, en toute connaissance de cause, entre un service de transport de personnes offert par l’industrie traditionnelle du taxi et celui proposé par des entreprises comme Uber.

L’un des principaux points de l’entente est l’abolition implicite du plafonnement de l’offre. Pour la première fois, l’offre de services de taxi pourra augmenter au Québec, favorisant ainsi le développement de solutions de rechange à l’auto solo. La formule qui sera développée dans le cadre du projet-pilote obligera l’ensemble des chauffeurs d’Uber à se conformer aux obligations fiscales ; ils percevront les taxes de vente et leurs revenus seront déclarés. Ils seront désormais assurés en responsabilité civile et leurs véhicules seront inspectés. C’est ainsi que de nouveaux chauffeurs occasionnels pourront plus facilement accéder au marché sur la base d’un permis de conduire (classe 4C), assez facile à obtenir, sans devoir obtenir un permis de chauffeur professionnel. Le droit au travail, c’est d’abord le droit de ne pas être empêché de travailler !

Enfin, Uber pourra maintenir ce qui, à nos yeux, constitue son innovation la plus féconde : la modulation du prix de la course selon la demande. Celle-ci incite plus de chauffeurs à prendre la route quand la demande est forte et à la quitter durant les heures creuses, ce qui leur permet de mieux valoriser leur temps de travail.

Obligations dépassées

Nous avions recommandé d’imposer à Uber des obligations véritablement associées à la santé et à la sécurité des clients, ainsi qu’à la conformité fiscale. Ces éléments se retrouvent dans l’entente. Par contre, nous avions aussi préconisé un allégement des obligations réglementaires imposées à l’industrie traditionnelle. Ici, le travail reste à faire. Par exemple, avec la popularité des applications d’aide à la navigation, un chauffeur n’a plus besoin de connaître la topographie urbaine autant qu’avant. L’évaluation systématique des chauffeurs par les clients, dans le modèle Uber, les incite à offrir un service de qualité, bien plus qu’un mécanisme de plainte au Bureau du taxi ou une obligation de formation continue. Ces obligations associées au permis de chauffeur professionnel nous paraissent dépassées et sont onéreuses pour les chauffeurs. Le nouveau ministre des Transports pourrait saisir cette occasion de les alléger, compte tenu du contexte technologique du XXIe siècle.

Depuis le début de cette histoire, le principal enjeu a été la crainte des titulaires de permis de taxi et leurs créanciers d’en voir la valeur s’effondrer. Cette valeur découlait entièrement du plafonnement de l’offre. Avec l’abolition du plafond, la valeur est appelée à diminuer. Par contre, la taxe spéciale de 90 ¢ sur chaque course imposée à Uber semble annuler entièrement l’avantage que présentait l’absence de coût d’acquisition du permis de taxi. Le produit de cette taxe servira à diminuer les coûts de la modernisation de l’industrie traditionnelle. Ainsi, le gouvernement fait payer par les clients d’Uber, actuels et futurs, le maintien de la compétitivité de l’industrie traditionnelle. C’était la chose à faire pour sortir du bourbier créé par la gestion de l’offre.

Toutefois, ce choix illustre aussi à quel point l’entente avec Uber tient compte, voire privilégie les intérêts des titulaires de permis par rapport à ceux des clients. À notre avis, les représentants de l’industrie du taxi doivent apprécier la valeur de cette nouvelle forme de protection. Il faut aussi se donner la possibilité d’évaluer les avantages et les inconvénients de cette nouvelle proposition.

La seule façon d’y arriver est de permettre au projet-pilote de se réaliser.

8 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 22 septembre 2016 04 h 44

    Une entreprise prédatrice sans conscience sociale.

    «Par contre, nous avions aussi préconisé un allégement des obligations réglementaires imposées à l’industrie traditionnelle». C'est là où réside le problème, M. Forget. L'allégement des règles constitue la précarité et le danger auprès des clients et des chauffeurs. Les règles sont là pour protéger les consommateurs et les chauffeurs.
    La raison d'être de la multinationale Uber est de faire des profits et de les cacher dans les paradis fiscaux, sans se soucier ni du bien-être des chauffeurs ni de celui des clients. Uber à la réputation de détruire d'abord l'industrie du taxi, pour ensuite accaparer le marché et augmenter ses prix à sa guise. C'est une pratique prédatrice d'une entreprise sans conscience sociale. C'est un retour aux barons voleurs de l'Âge d'or. Ce n'est pas le progrès que vous envisagez.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 septembre 2016 08 h 48

      j'ajouterais qu'étant donné que le Veau d'Or est le saint patron des Chambres de Commerce je me méfie de tous leurs discours mielleux qui ne cherchent qu'a s'accaparer du bien d'autrui en dénigrant le traditionnel en avancant qu'eux sont modernes et meme influencent jusqu'a Justin Trudeau dont l'argument par excellence est que nous sommes en 2016 et permet aux prédateurs de proliférer.

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 22 septembre 2016 09 h 50

      Bien vu Nadia!Si l'autorité gouvernementale oblige à la formation des
      futurs artisans de ce service publique,ce n'ést certes pas sans raisons.
      Le cours de formation obligatoire coûte près de $ 1.000 et dure 6 semai-
      nes.Sans cette formation nous plongeons dans l'improvisation d'un métier
      qui requiert une confiance en soi,laquelle prend racine dans le terreau des
      connaissances acquises lors de la formation.Si à Londres le cours dure
      2 ans!ce n'est pas sans raison!

      Nous comprenons donc pourquoi certains considèrent maintenant une
      formation à ce métier comme pas nécessaire.Pensez-vous que ti-Jos Bleau
      qui veut s'amuser à faire du taxi,le ferait si il devait payer $1,000 et s'as-
      treindre à une formation de 6 semaines!!

      Dans nos sociétés de plus en plus complexes,le service à une clientèle se
      doit d'être régit par une autorité qui ne soit pas juge et partie.
      Le Bureau du Taxi est la police de cette industrie où il faut montrer pattes
      blanches pour convenir à cette promiscuité.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 22 septembre 2016 13 h 25

      Tout a fait ridicule.

      UBER a augmenté significativement la sécurité, et des passagers et des conducteurs, puisque que l'un et l'autre sont très bien identifiés dès leurs premières communications. Leur popularité en témoigne.
      Et leur façon de faire n’a rien d’exclusif, déjà il y a un Taxelco qui se pointe.

      «Les règles sont là pour protéger les consommateurs et les chauffeurs.»

      Dans le taxi les règles sont avant tout là pour les propriétaires privés des permis de faire du taxi avec une voiture et lui permettre de tirer un gain spéculatif de la location de ce permis ou de sa revente dans un marché qu'ils veulent exclusif et captif pour leurs propres intérêts. Le résultat c'est que la majorité des chauffeurs sont obligés de payer pour travailler. Le résultat c'est qu'une part non négligeable de ce que le client débourse pour le service va dans les poches d’une personne qui ne fait aucun travail et ne rend aucun service, ce qui pénalise celui qui rend le service.

      Ce système de permis de régulation à propriété privée est simplement socialement toxique à long terme pour une société. La régulation des services de transport doit se faire par l'État dans une optique qui sera la meilleure pour l'ensemble de la population, et non pas au service d’un levier d'enrichissement privé qui lui réclame la restriction du service pour s’enrichir.

      Il faut sortir de ce système et faire en sorte le prix du service serve à rémunérer ceux qui rendent ce service, et non à faire des rentes à des propriétaires privés de permis et a payer des frais crédits aux institutions financières.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2016 13 h 42

      Taxelco est une compagnie de taxi novatrice, mais qui a toujours suivi les règles.

  • Jean Richard - Abonné 22 septembre 2016 08 h 56

    Le taxi, c'est aussi l'auto-solo

    « Pour la première fois, l’offre de services de taxi pourra augmenter au Québec, favorisant ainsi le développement de solutions de rechange à l’auto solo. »

    Une solution de rechange ? Pas vraiment car le taxi, qu'il soit traditionnel ou uber, ce n'est rien d'autre que de l'auto-solo, c'est-à-dire un véhicule = une personne déplacée. Le véritable changement dans l'industrie du taxi viendra le jour où ce mode de transport sera collectif, et complémentaire du transport collectif à plus grande capacité.

    Ce n'est pas ce que nous avons maintenant. À la grande satisfaction du gouvernement du Québec qui rêve de voir disparaître le transport collectif urbain, on veut voir augmenter l'offre de taxi pour pouvoir diminuer la demande en transport collectif. Or, les acteurs de l'industrie du taxi conventionnel savent très bien qu'actuellement, l'offre en service a tendance à dépasser la demande (tout le contraire du transport collectif urbain où l'offre est bien inférieure à la demande).

    Le taxi, c'est de l'auto-solo et ça contribue au problème de l'auto-solo : l'occupation démesurée de l'espace urbain et les bouchons de circulation. Le seul atout du taxi sur la voiture privée, c'est de créer quelques emplois. Or, ce sera de courte durée car avec les milliards qu'elle empoche en généreuses redevances, Uber va investir des sommes fabuleuses dans la voiture autonome – et les lobbies vont s'occuper de faire tomber les obstacles qui nuisent à la libre circulation de ces véhicules. Ce n'est qu'une question de quelques années avant que l'industrie du taxi ne crée pratiquement plus d'emplois locaux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2016 11 h 24

      Uber aussi, c'est de l'auto-solo.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 23 septembre 2016 08 h 42

    La création d'un espace entrepreneurial pour Uber est loin de faire concensus

    Pourquoi une compagnie multimilliardaire comme Uber ne joue pas le jeu créé par réglementation locale et ne rachète pas de permis de taxi? Alexandre Taillefer le fait bien, lui! Sans doute Uber estime que ça va lui revenir moins cher en contestant la réglementation devant les tribunaux et en payant des lobbyistes pour défendre sa cause auprès du gouvernement. Il semble que la compagnie Uber privilégie cette stratégie d'implantation partout dans le monde.   Finalement depuis le début Uber triche et méprise les lois de l'impôt et en plus il faudrait faire " consensus " avec Uber et un gouvernement qui semble même plus avoir la fierté de faire  respecter  ses propres lois et règlements? Un consensus ça se crée entre gens qui se respectent. 
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc