Combien de temps Omar Khadr devra-t-il encore attendre des excuses?

En mai 2015, Omar Khadr obtient sa libération conditionnelle après 13 ans d’emprisonnement.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne En mai 2015, Omar Khadr obtient sa libération conditionnelle après 13 ans d’emprisonnement.

Omar Khadr a 30 ans aujourd’hui lundi.

Combien d’années devra-t-il patienter encore avant que notre gouvernement ne lui offre enfin des excuses officielles assorties d’une compensation pour les fautes commises à son endroit et qui l’ont privé de ses droits les plus élémentaires ?

Nous avons une dette collective envers ce jeune homme, un citoyen canadien à part entière que l’on a laissé croupir à Guantánamo pendant 10 ans et qui a subi des sévices, abandons et dénis de justice à répétition depuis 15 ans, à l’encontre des conventions de droit internationales dont notre pays est signataire. L’histoire d’Omar est une véritable disgrâce pour le Canada qui se targue d’être le champion des droits de la personne et, surtout, des droits des enfants.

Voici un rappel des faits en 15 points :

- Omar Khadr est né à Toronto, le 19 septembre 1986. À 15 ans, son père le laisse dans un camp en Afghanistan avec la promesse de revenir le chercher. Il ne l’a jamais fait.

- Peu après, le camp est bombardé par l’armée américaine. Omar est le seul survivant.

- Pendant l’attaque, il est atteint par deux tirs qui lui infligent de graves blessures au dos, faisant éclater son épaule demeurée partiellement paralysée. Les éclats d’obus lui font perdre l’usage d’un oeil et limitent sa vision dans l’autre.

- Alors qu’il est inconscient, on le transfère dans un hôpital du tristement célèbre centre de détention américain de Bagram, en Afghanistan, où il demeure inconscient pendant sept jours.

- Dès son réveil, l’adolescent est battu, torturé par quasi-noyade et menacé par des chiens agressifs. Sa tête est enfouie dans une cagoule, attachée si serrée qu’il a de la difficulté à respirer, ce qui le fait paniquer et s’évanouir.

- Le sergent Joshua Claus, principal interrogateur d’Omar à Bagram, a reconnu l’avoir questionné de 20 à 25 fois en trois mois, au cours de séances qui pouvaient durer six heures et au cours desquelles il était privé de médicaments et de sommeil.

- Le sergent Claus sera plus tard inculpé pour la mort d’un prisonnier et pour en avoir blessé gravement deux autres avec les mêmes méthodes d’interrogation infligées à Omar, mais sa peine de six mois de prison sera suspendue en échange d’un témoignage contre Omar Khadr.

- Omar Khadr a 15 ans lorsqu’il arrive à la prison de Guantánamo. Il y passera 10 ans pendant lesquels les mauvais traitements se poursuivront.

- À Guantánamo, Omar est maintenu en isolement prolongé, torturé et violenté. Alors que tous les autres enfants sont gardés dans des baraquements spéciaux et scolarisés, Omar est le seul mineur à être détenu avec les adultes, sans accès à l’éducation ni à d’autres moyens de réadaptation.

- Le Canada n’a rien fait pour rapatrier Omar Khadr. Malgré trois jugements de la Cour suprême du Canada en sa faveur, il a été le dernier détenu occidental à quitter Guantánamo.

- Selon la Convention contre la torture, la Convention relative aux droits des enfants et la Convention de Vienne sur les relations consulaires, Omar Khadr avait droit à diverses protections qui lui ont toutes été refusées. En tant que signataire, le Canada a l’obligation d’exiger que ces protections soient accordées à tous ses ressortissants ; pourtant rien n’a été fait pour protéger Omar, ce qui est d’autant plus déplorable qu’il s’agissait d’un enfant de 15 ans.

- Le procès militaire d’Omar Khadr s’ouvre en août 2010 alors qu’il a 24 ans. Une entente relative au plaidoyer de culpabilité est négociée : huit années de prison, dont une à purger à Guantánamo et sept autres au Canada où il sera admissible à une libération conditionnelle, conformément aux lois canadiennes. Sans cette entente, Omar était passible d’une peine d’emprisonnement de 40 ans.

- Les jurés n’ont jamais eu accès à la vidéo où on voit Omar en pleurs, couché sur le plancher de sa cellule, demandant à voir sa mère pendant que les agents du service de renseignements et de la CIA l’interrogent. Le jury n’a pas été informé non plus des traitements sadiques qu’il a subis, ni du fait qu’il ait passé la majeure partie de son incarcération à Guantánamo en isolement.

- Le 7 mai 2015, après 13 ans d’incarcération, Omar obtient enfin sa libération conditionnelle. Les Canadiens, stupéfaits, découvrent un jeune homme serein, d’une sagesse exemplaire.

- Finalement, Omar étant toujours en attente de l’appel à la Cour de révision de la commission militaire à Washington pour annuler toutes ses condamnations à Guantánamo, ses déboires juridiques sont loin d’être terminés.

Omar Khadr fête ses 30 ans.

Sa liberté et sa joie de vivre retrouvées ne devraient pas nous laisser oublier que nous avons choisi de fermer les yeux pendant tant d’années, alors que tous ses droits étaient bafoués.

Aujourd’hui, il serait temps que le gouvernement du Canada et tous les Canadiens reconnaissent et réparent ces erreurs, notamment en aidant Omar à sortir de ce cauchemar juridique qui stagne et perdure.

L’histoire d’Omar est une véritable disgrâce pour le Canada qui se targue d’être le champion des droits de la personne et, surtout, des droits des enfants.

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9 commentaires
  • Françoise Boucher - Abonnée 19 septembre 2016 08 h 43

    entre amis

    Vous avez raison, on a honte, mais le Canada fait parti du groupe de pays amis des USA qui cache leurs vices et fait la morale aux autres pays qui ne sont pas leurs amis.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 septembre 2016 19 h 02

      Pour cette raison et tellement d'autres je souhaite ardamment que le Québec se sépare du Canada.Je m'arrete ici ,a quoi bon répéter tant d'injustices...

    • Cyril Dionne - Abonné 19 septembre 2016 19 h 24

      Non, ce cher monsieur n'a pas raison.

      En ce qui a trait à Omar Khadr, on réalise tous qu'il est difficile d'entretenir de la sympathie envers lui, étant donné son passé et les antécédents de sa famille. Mais il ne faut pas sombrer dans la xénophobie car il est bon de se rappeler ici qu'on parle d'un enfant qui a grandi dans un environnement culturel et familial où la violence et le terrorisme constituaient des instruments politiques légitimes pour atteindre un but. Il faudrait peut-être blâmer plutôt le père de celui-ci (un présumé associé d'Oussama Ben Laden qui a été tué par l'armée pakistanaise), qui a recruté son garçon à l'âge de 11 ans pour Al-Qaida, qui avait été libéré d'une prison pakistanaise grâce à l'intervention de Jean Chrétien auprès de Benazir Buttho en décembre 1996; blâmer sa mère, qui aurait pu intervenir afin de le protéger de cet environnement et qui, lors d'une entrevue avec la CBC dans le cadre de l'émission The Fifth Estate, avait exprimé son dédain pour notre mode de vie et nos valeurs fondamentales qui nous sont si chères et incontournables; blâmer les politiciens qui se font complices de comportements méprisables; et enfin blâmer ceux qui agissent en notre nom avec un zèle qui nous rappelle les chemises brunes d'une époque pas si lointaine et qui dissimulent un agenda caché qui va à l'encontre de nos principes démocratiques. Est-il nécessaire de les nommer ?

      Non, les gens ordinaires comme vous et moi ne sommes pas responsables.

    • Sylvie Dussault - Abonnée 20 septembre 2016 23 h 24

      Les groupes islamistes radicaux que sont Al-Qaïda et l'État islamique ont été créés par l'Occident dans plusieurs pays musulmans pour lui servir d’intermédiaires dans sa lutte contre les pays qui refusent sa domination. L’État islamique a été financé par l’OTAN. Cette région du monde, autrefois laïque et modérée, est devenue le chaos que l’on connaît aujourd’hui, parce que la Grande-Bretagne, les États-Unis et la France s’immiscent dans les affaires de ces pays depuis des décennies (Andre Vltchek).

  • André Joyal - Inscrit 19 septembre 2016 09 h 23

    J'ai honte!

    L'avocat d'Omar, maitre Edney sauve à lui seul l'honneur du Canada, voire de l'humanité. Mille et une félicitations à Mme Drouin pour son engagement.Ainsi, Omar et son précieux avocat ne sont pas tout à fait seuls.

  • Hélène Paulette - Abonnée 19 septembre 2016 10 h 19

    Plus que des excuses...

    Nous sommes en droit d'attendre des accusations de non-assistance à personne en danger.

  • Louise Martin - Abonné 19 septembre 2016 13 h 20

    Merci Madame

    Merci de nous rappeler cette énorme injustice. L'indignation est de courte durée: Omar Kadr, Raif Badawi, cette canadienne emprisonnée en Iran. Pendant ce temps, Justin Trudeau s'en va à l'ONU vanter ses réalisations selfies et démontrer que le Canada est l'exemple à suivre.
    Louise Martin
    abonnée

  • Pascal Barrette - Abonné 19 septembre 2016 14 h 18

    Conséquente rétribution

    Merci, Madame Drouin, de ce douloureux rappel que nous avons été complices de cette innommable et délirante convulsion de la dite justice. Plus qu’un audible et contrit pardon, le Canada doit à Omar Khadr une conséquente rétribution.

    Pascal Barrette, Ottawa