Condamnés à la cohérence?

«Les routes sont pleines les dimanches parce que tout le monde passe son temps libre à consommer, à chercher un stationnement dans ces temples de l’avoir que sont les centres commerciaux», écrit François Tanguay.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les routes sont pleines les dimanches parce que tout le monde passe son temps libre à consommer, à chercher un stationnement dans ces temples de l’avoir que sont les centres commerciaux», écrit François Tanguay.

Tout le débat sur l’économie solidaire, circulaire ou autres variantes va-t-il nous mener à autre chose qu’une déclinaison de la société de consommation ? Cette semaine, à la Maison du développement durable, une intéressante rencontre sur ce sujet a tout juste frôlé notre plus grosse incohérence : la surconsommation. Merci à Laure Waridel et Karel Mayrand d’avoir insisté sur cet aspect presque systématiquement ignoré dans nos questionnements sur une autre économie.

Comme le soulignait Laure Waridel, notre sécurité personnelle semble dépendre de notre capacité à consommer et à posséder. Notre capacité à dépenser reste, pour le moment, une valeur dont nous semblons ne pas vouloir nous départir. Tout le débat sur une économie plus verte tourne trop souvent autour de ce concept abstrait que ça peut être vert si ça reste bon pour l’économie. Mais de quelle économie parle-t-on au juste ?

Il suffit de regarder du côté du débat sur Énergie Est. Presque personne ne retient que, jour après jour, nous brûlons à peu près 300 000 barils de pétrole au Québec, plus de 100 millions par an. Ça fait plus de 50 millions de litres… chaque jour. S’opposer au pétrole sale, comme le soulignent certains, c’est bien, mais après, on fait quoi ? Ah oui, l’électrification des transports. Il faut être réaliste, aller consommer en auto électrique, voire en transport en commun, ne changera rien de majeur à notre impact sur l’environnement.

Les routes sont pleines les dimanches parce que tout le monde passe son temps libre à consommer, à chercher un stationnement dans ces temples de l’avoir que sont les centres commerciaux. Économie du partage en devenir, dites-vous ? Ça reste à voir. Comme pour souligner nos incohérences, notre sirop d’érable est produit à 60 % avec du pétrole (allo la signature patrimoniale !) et c’est au compte-gouttes que nous avançons dans le dossier de la substitution de ce pétrole par des granules ou de l’électricité. Notre gaz naturel vient en partie, comme notre pétrole, des schistes du Midwest américain, mais jamais au grand jamais nous n’en produirons dans notre cour ! La liste de nos accommodements de consommateurs est trop longue.

De plus, notre signature carbone vient d’ailleurs. Nos cossins sont chinois, nos vêtements, pakistanais, nos produits bios, à 90 % américains, nous avons dix fois moins de culture en serre que l’Ontario, mais nous luttons contre l’exploitation du pétrole chez nous ! En somme, la planète est devenue notre gros magasin à 1 $ ! Pas dans ma cour, surtout si ça pollue, je suis bio ! Ce qui m’inquiète, c’est que pas un seul de nos politiciens, ou économistes de haut vol, ne mentionne nos incohérences, ne propose une autre voie. Nous continuons de vivre dans… le confort et l’indifférence, et nous espérons devenir souverains en douce, par étapes, pour que ça change. Beau programme ! Pendant ce temps, certains et certaines s’imaginent que l’indépendance changerait le fond des choses.

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6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 septembre 2016 08 h 53

    Ste. automobile, priez, pour nous

    est ce que vous croyez que l'on va vivre longtemps la folie de l'automobile, si aujourd'hui pour demain on ferait disparaitre toute l'énergie utilisée pour nourrir cette folie furieuse que resterait-il, chaque ère a son veau d'or, combien de gens se privent de tous pour posséder ce jouet rutilant, n'est ce pas la premiere chose que s'achete un pégrar, combien de vies ont-ils détruits pour arriver a leur fin,nous sommes en train de construire des autos sans chauffeurs que deviendrons nous alors,j'en veux trois sur mon toit,interessant que nous ayons toujours besoin de saints et de dieux et de leur donner tous les droits , serait-ce qu'en l'état naturel nous nous sentions si petit, toujours je me souviendrai de l'émotion que j'ai épouvée lorsque j'ai acheté ma première voiture

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 17 septembre 2016 09 h 58

    Tant que"avoir"primera sur "etre".

    Nous serons encore lontemps avec des réflexes de colonisés.C'est donc l'éducation et la connaissance qui nous rendront libres de ne pas consommer a outrance et de réaliser notre esclavage orchestré par des politiciens véreux(meme élus) qui se foutent du bien de sa population. Je suis convaincu que l'importante prise de conscience nécessaire pour arriver a l'indépendance changera le fond des choses. Alors chassons les vendeurs et menteurs du temple.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 septembre 2016 10 h 52

    Lucide

    Bonne matière à réfléchir. Le "progrès économique", à gauche comme à droite, QS et le Conseil du Patronat, PQ, PLQ, NPD, CAQ, PLC, PC s'entendent là-dessus, c'est avoir plus de tout pour tous, c'est juste qu'on ne s'entends pas sur le partage. On sait que 7 milliards d'humains ne peuvent pas comsommer au même niveau que le milliard qui habitent les pays riches sans épuiser rapidement les ressources et abimer pour toujours le climat, peut-être provoquer notre extinction. Mais les bonnes âmes des pays riches comme les petits travailleurs des pays pauvres ne rèvent tous que d'une maison confortable avec une chambre pour chacun, des appareils électro-ménagers, télé, ordi, jeux vidéo, et au moins une auto par famille pour aller faire ses emplettes au mégacentre commercial.

  • François Beaulé - Abonné 17 septembre 2016 14 h 14

    Il est impossible de démolir l'Amérique en un jour

    Et de la reconstruire le lendemain.

    Les changements à faire pour développer un mode de vie respectueux de l'environnement sont profonds. Ils touchent principalement à l'habitat, aux transports et à l'alimentation.

    Depuis une soixantaine d'années, le développement de l'habitat s'est fait en étalant des maisons individuelles sur de vastes territoires. Cela s'est fait de pair avec l'utilisation généralisée de l'automobile dont nous sommes maintenant très dépendants.

    Il y a aussi une corrélation entre les valeurs individualistes et le mode de vie. Ce qui fait que notre relation à l'environnement est directement en lien avec nos relations sociales.

    Il n'y a pas vraiment d'incohérence mais plutôt une complexité. Il y a au contraire une grande cohérence entre les relations sociales, l'habitat, les transports et la relation à l'environnement.

    • Marc Lacroix - Abonné 18 septembre 2016 09 h 15

      "Il n'y a pas vraiment d'incohérence, mais plutôt une complexité."

      Fondamentalement, il y a incohérence entre notre style de vie et ce que notre monde peut supporter. Parler uniquement de complexité, c'est une façon de retarder les changements politiques et économiques qu'il faudrait mettre en place, il y a des choix à faire — le plus vite possible —, sinon les générations futures vont écoper.

      Oui, évidemment c'est complexe, mais les choix sont là, ils sont connus, mais l'humanité est noyée dans sa recherche de bien-être individuel; faut-il se surprendre que les décideurs préfèrent parler de complexité, pour simplement gagner du temps?

    • François Beaulé - Abonné 18 septembre 2016 16 h 01

      Non M. Lacroix, les choix ne sont pas là. Les changements à faire dans l'habitat ne sont pas clairement définis et ne pourront pas se réaliser en claquant des doigts. Ils devront se poursuivre pendant plusieurs décennies. La complexité est réelle mais plutôt que de l'affronter via la politique, nous continuons de nous en remettre au marché, comme nous le faisons depuis trop longtemps.