Lettre au premier ministre Jean Charest - Montréal a besoin de son forum

C'est avec intérêt que nous avons pris connaissance de l'annonce de la création de quatre forums sectoriels, au printemps prochain, visant à mener des réflexions sur les principaux enjeux auxquels font face les Québécois, à savoir: la santé et les services sociaux; l'éducation, la formation et l'emploi; la famille et le développement social; et, enfin, le développement économique, régional et durable.

Dans le contexte où les agglomérations urbaines jouent un rôle stratégique de plus en plus marquant dans le développement économique, culturel et social des nations, il nous apparaît pertinent de prévoir la tenue d'un cinquième forum d'importance pour le Québec, qui porterait, celui-là, précisément sur l'agglomération urbaine de Montréal. [...]

Depuis la naissance de Montréal, le monde et la réalité des villes ont eu le temps de connaître de nombreux et profonds changements. Ceux que nous connaissons aujourd'hui font que les agglomérations urbaines occupent une place prépondérante et incontournable dans le paysage économique mondial. L'urbanisation, que ce soit à l'échelle mondiale, canadienne ou québécoise, atteint de nouveaux sommets. De plus en plus de gens se retrouvent dans de grands centres urbains. Près de 50 % de la population québécoise habite la région métropolitaine; à elles seules, les régions urbaines de Montréal, Ottawa, Toronto, Calgary et Vancouver comptent pour plus de 40 % de la population canadienne et, l'industrialisation des pays en développement aidant, d'ici moins de 20 ans, c'est bientôt plus de la moitié de la population mondiale qui sera installée en milieu urbain.

Cette urbanisation croissante n'a rien à voir avec un renouveau d'affection pour la vie en ville. C'est plutôt la concentration de l'activité économique qui en est l'origine et le moteur. À notre époque de l'économie du savoir, les ressources humaines sont plus importantes que les ressources naturelles. Logiquement, les entreprises naissent ou vont s'installer là où elles peuvent avoir accès au plus grand bassin de ressources en capital humain qui puisse exister: les centres urbains. Leur matière première — les individus — étant la même pour toutes, les villes se ressemblent beaucoup plus entre elles que, par exemple, des régions ressources. C'est justement en vertu de cette ressemblance que la concurrence entre les agglomérations urbaines est plus intense.

Effet d'entraînement sur le Québec

Compte tenu du fait que l'agglomération urbaine de Montréal, avec ses 3,4 millions d'habitants, soit près de la moitié de la population du Québec, génère 80 % des exportations de produits de haute technologie québécois et 54 % du PIB de la province, nul doute que son effet d'entraînement sur le reste du Québec est tout aussi percutant qu'indéniable.

Le rôle de moteur de la région métropolitaine de Montréal ne se limite pas à l'économie, il comprend également la culture et le savoir. Montréal est le plus important lieu de formation, de création et de diffusions culturelles, qui en sont des composantes dans la dynamique de développement du Québec. En ce qui a trait au savoir et à la recherche, mentionnons simplement qu'en plus d'abriter quatre grandes universités, la métropole est responsable de 75 % de la recherche universitaire au Québec et qu'une large proportion de la relève scientifique et professionnelle du Québec est formée dans ces institutions universitaires.

Par ailleurs, c'est souvent à Montréal que les défis sociaux liés à la pauvreté et à l'exclusion sont vécus avec le plus d'acuité. À titre d'exemple, Montréal est la région du Québec où on retrouve le plus haut pourcentage de la population de 65 ans et moins (12,5 %) prestataire de l'aide sociale. C'est également dans la métropole que les défis liés à l'intégration des immigrants sont les plus intensément vécus.

Aussi, le fait que la métropole occupe, en matière de PIB par habitant, le peu enviable 26e rang sur les 26 plus grandes agglomérations urbaines de l'Amérique du Nord et le 44e rang sur 65 agglomérations comparables au niveau international devrait constituer une vive source de préoccupation pour l'ensemble des Québécois. Si Montréal a le potentiel nécessaire pour accroître sa compétitivité par rapport aux autres grandes agglomérations urbaines du monde, il ne tire pas encore pleinement profit de toutes ses ressources. [...] Si Montréal veut être apte à réaliser son énorme potentiel, il doit avant tout miser sur une plus grande cohérence dans la planification de son développement et une meilleure cohésion des acteurs stratégiques et démontrer davantage de créativité, condition essentielle au soutien de sa croissance économique.

Pour ces raisons, nous croyons fermement que la mise sur pied d'un forum consacré précisément aux enjeux liés à l'agglomération urbaine de Montréal offrirait une occasion exceptionnelle de mener une réflexion sur les moyens à mettre en place afin de résolument contribuer, de façon durable, à l'essor du moteur économique québécois.