Le septième art contre les autorités culturelles

Le fondateur du Festival des films du monde, Serge Losique
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le fondateur du Festival des films du monde, Serge Losique

individu qui fonde un festival, un cirque, un orchestre ou une compagnie doit avoir une confiance inébranlable en son projet et une force de conviction sans faille auprès de celles et ceux qui devront faire partie de son oeuvre. Le sieur Serge Losique, fondateur d’abord du Conservatoire d’art cinématographique du campus Sir George-Williams (Université Concordia), avant de passer à plus sérieux avec son Festival des films du monde (FFM), avait la trempe des visionnaires. Ceux aptes à tenir la barre contre vents et marées durant les premières années où tout est encore à faire dans une quasi-solitude, y compris les erreurs nécessaires pour s’installer bien en selle et ainsi voir évoluer son enfant vers une autonomie ayant réussi à séduire une clientèle de passionnés du 7e art heureuse du cadeau qu’on lui aura fait.

Sa grande connaissance du cinéma et la relation privilégiée qu’il a avec celles et ceux qui le font faisaient de lui le candidat idéal pour lancer une opération d’une telle envergure. Au bout de quelques années, la preuve était faite que le FFM était viable et qu’il avait sa place parmi les événements culturels du même type partout sur la planète. Les amateurs étaient au rendez-vous, et les institutions de tout ordre de gouvernement empressées d’en être. Année après année, l’événement s’étoffait en quantité de films et en qualité des oeuvres, les distributeurs trop heureux d’avoir une vitrine nord-américaine disposée à présenter leurs produits.

L’immigrant Losique avait sorti du néant un festival non compétitif véritablement international où ne comptaient que la qualité et l’originalité des sujets abordés, un événement appuyé par quantité de gens de métier empressés de se retrouver pour échanger et discuter d’éventuelles collaborations. Les années de maturité deviendraient des décennies de rendez-vous entre cinéphiles impatients de parcourir l’album annuel du choix de films proposé pour l’édition annoncée. L’occasion autant inespérée qu’unique de verser dans des cultures exotiques aptes à fasciner les esprits curieux.

Le poids des fautes

Tant que la machine ronronnait, les subsides des différents niveaux d’investissement étaient acquis. Mais c’était sans compter les mesquineries et autres jalousies dans l’entourage du grand patron, dont les agissements prêtaient assurément à lui casser du sucre sur le dos et à l’accuser de tous les maux, entourage qui aurait plutôt pu se livrer à une autocritique. Car le moment où la machine a commencé à s’enrayer correspond à l’amalgame entre le bébé et l’eau de son bain qu’ont fait, sans doute à leur insu, les fonctionnaires des trois instances investisseuses en culture : la Ville de Montréal, le gouvernement du Québec et celui du Canada.

C’est une chose de critiquer son fondateur (encore faudrait-il que le procédé fût constructif), mais c’en est une autre d’oublier que son oeuvre, devenue autonome, ne mérite plus depuis un sacré moment d’être aussi intimement liée à son géniteur, ce qu’un minimum de psychologie aurait rappelé à tous ceux qui avaient pris M. Losique en grippe. Si bien qu’aujourd’hui, qui doit porter la responsabilité de la mort — évitons par compassion pour les coupables le terme « assassinat » tout en le mentionnant — si ce ne sont les aveuglés de vengeance qui attendaient ces récentes années de voir puni comme il se devait l’homme de toutes les fautes. Toutes, vraiment? Certainement pas celle d’avoir manqué de courage ou de résilience pour un festival qui a acquis une notoriété internationale hautement méritée mais que des êtres soi-disant responsables ont laissé se noyer dans une eau croupie par manque de vision.

Serge Losique était, et est, un visionnaire ; les responsables culturels le sont rarement, hélas, sinon ils n’auraient pas sciemment fait disparaître le précieux FFM. Honte à ceux qui se reconnaîtront, dont les médias et autres suiveux forts en gueule, sinon en retenue.

Sans cordialité mais avec une dose mal contrôlée de colère… Excusez-le.

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1 commentaire
  • Jean-Marc Cormier - Abonné 7 septembre 2016 08 h 38

    Merci

    Merci monsieur. J'attendais depuis longtemps que ces choses soient dites.