Des politiques d’apartheid culturel

«En ce pays, il semble que trop souvent les mots servent de substitut à l’action», écrit André Dudemaine.
Photo: Terres en vue «En ce pays, il semble que trop souvent les mots servent de substitut à l’action», écrit André Dudemaine.

Terres en vues a été, comme d’autres organisations autochtones, invitée à produire un mémoire pour les consultations précédant la nouvelle mouture de la Politique culturelle du Québec. Nous prenons note de ce souci d’inclure les premiers peuples dans la réflexion qui est en cours afin de renouveler cet important document. Cet esprit d’ouverture est certainement un pas dans la bonne direction en cette époque où on parle beaucoup de réconciliation.

À cette invitation, notre premier mouvement fut d’entreprendre la rédaction d’un mémoire. Mais la réalité qui nous entoure nous aura amenés à nous questionner sur l’opportunité d’aller plus avant.

Car, en ce pays, il semble que, trop souvent, les mots servent de substitut à l’action, les déclarations d’intention semblant suffire au contentement général sans qu’on sente le besoin de concrétiser les énoncés en acte.

Ainsi, la SODEC annonce dans le libellé des Programmes d’aide à la promotion et à la diffusion cinéma soutenir la diffusion du cinéma des Premières Nations. Une notification qui peut certainement être qualifiée de trompeuse quand on sait que, sous différents prétextes, la direction a décidé de stopper tout soutien à la diffusion cinéma au seul et unique événement autochtone qui, année après année, depuis 26 ans, a assuré la mise en valeur du cinéma autochtone dans la métropole culturelle du Québec. Encore, en 2016, la demande de financement pour le volet film et vidéo du festival Présence autochtone aura été déclarée inadmissible malgré toutes les démarches que nous avons faites pour que cette exclusion du programme de diffusion cinéma, discriminatoire à tout point de vue, prenne fin.

D’autres politiques d’apartheid culturel, à Hydro-Québec cette fois, ont privé les Premières Nations du Québec de sommes importantes pour leur développement culturel ; nous l’avons prouvé chiffres en main (pendant des années, seulement des fractions de 1 % des commandites culturelles accordées par Hydro sont allées aux cultures autochtones). Devant nos représentations, les gouvernements du Québec se sont murés dans le mutisme et l’inaction.

Scepticisme

Nous comprenons qu’un gouvernement ne peut pas s’immiscer dans la gestion des organismes paragouvernementaux. Cependant, quand les orientations desdits organismes viennent contredire les politiques officielles de l’État québécois, il est clair qu’un coup de semonce s’impose. Et on pourrait donner maints exemples de telles interventions. Retenons simplement le récent appel public, venant de la ministre de la Culture et des Communications d’alors, à rayer des dénominations civiques le nom d’un artiste, longtemps honoré, subitement honni (et les effets ne se sont d’ailleurs pas fait attendre). Comme quoi le principe de non-intervention, qu’on nous a présenté pendant des années comme une règle immuable, peut le surlendemain être contourné quand on juge important de le faire.

Ici, on nous dira que le gouvernement du Québec, et le MCC en particulier, ont accompli des pas importants vers la reconnaissance des arts et cultures des premiers peuples. Cela est tout à fait exact ; ici même, à Terres en vues, nous pouvons en témoigner. Alors, on comprendra d’autant mieux que nous sommes gagnés par la perplexité quand, au niveau des agences qui sont sous la responsabilité du même gouvernement, celui-ci laisse la bride sur le cou à des administrations qui discriminent et marginalisent les organisations et les événements dédiés à faire progresser la cause des peuples autochtones dans le champ des arts et de la culture.

Des effets réels ?

Les formules qu’on trouvera pour parler de nos nations dans la nouvelle politique culturelle auront-elles des effets réels ? Ou bien ne seront-elles qu’une façade au fronton orné de devises pompeuses dont les énoncés resteront lettre morte ? Voilà ce qui nourrit notre scepticisme (qu’il ne faut surtout pas confondre avec le cynisme comme le feront sans doute des commentateurs pressés de dénaturer notre propos pour mieux l’ignorer).

On nous dira que les absents ont toujours tort. Néanmoins, nous pensons que vous comprendrez les raisons qui nous amènent, à regret, à ne point honorer l’invitation qui nous a été faite.

D’autres organisations des premiers peuples ont jugé bon d’amener leurs points de vue au processus de consultation en cours. Nous sommes solidaires des opinions qu’elles expriment et nous espérons, malgré tout, que l’avenir ne leur réservera pas de trop amères désillusions.


 
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 6 septembre 2016 13 h 11

    On en a mare des copains, copains, ou des copines copines

    A partir du moment ou les politiques officielles du Québec sont bafouées n'est il pas dans l'obligation du premier ministre d'intervenir, qu'est ce que ca nous donne d'avoir un gouvernement si ce même gouvernement n'agit pas comme chien de garde, faut il alors nommer un individu spécialement pour y voir, comme on fait pour la criminalité, une question que je me pose les candidat sont ils bien sélectionnés, c'est quoi la thecnique utilisée, les gens qui font se travail sont-ils crédibles ou est- ce un travail de copains copains ou copines copines