Lettres: «Si j'aurais su...»

Reconnaissant l'implication de ses collègues politiciens dans le scandale des commandites, Paul Martin, cité dans Le Devoir du 13 février dernier, répète que lui «n'en savait rien» et que, d'ailleurs, «très peu de ministres, de ministres québécois, le savaient». Il affirme ensuite que «tous ceux qui savaient et n'ont rien fait doivent démissionner immédiatement». Mais lui, que savait-il? Que doit-il faire?

[...] Paul Martin, contrairement à ces ministres, ces ministres québécois qui savaient, n'aurait rien su, lui. Sinon, ça se serait su.

Mais ayant su qu'ils savaient, que ne savait-il pas, dès lors? Doit-on comprendre qu'il savait qu'ils savaient sans savoir ce qu'ils savaient? La nuance est moins insipide qu'elle n'y paraît. Et quant à ces ministres, ces ministres québécois, savaient-il à leur tour qu'il savait qu'ils savaient? Mais s'ils le savaient sans rien faire pour le faire savoir, devraient-ils alors démissionner?

M. Martin, comme son collègue Jean Chrétien, est aussi un «homme de grande intégrité», pétri de sagesse et de discernement. Il saura nous faire comprendre comment il a ainsi su, sans savoir, à son insu. Mais cette histoire, qui ne manque pas de piquant, sait le rendre un peu amer; c'est que s'il en arrivait à se reconnaître une faute, il ne saurait plus refuser sa propre démission.

Faut-il espérer qu'en gravant lesdites commandites sur des tables de loi, on en saura un jour davantage? Qui sait? Et M. Martin dira peut-être alors, le jour du jugement: «Si j'aurais su, j'aurais pas v'nu.» Les dieux seuls le savent.