Lettres: Le programme avant tout

Nous proposons au parti souverainiste de jouer à fond la démocratie parlementaire en réalisant son programme politique une fois élu, comme il en a le droit et le devoir, à l'instar des autres partis (Le Devoir, 4 février 2004).

Bernard Landry répond en refaisant serment de référendum: «J'ai choisi une autre voie. Je veux que le Québec accède à l'indépendance quand la majorité de la population aura dit OUI» (Le Devoir, 5 février 2004). Pourtant, l'intrusion hostile et systématique du Canada dans les affaires politiques québécoises, notamment référendaires, empêche l'expression libre de la volonté majoritaire de la nation, et l'hégémonisme canadien qui se manifeste là ajoute aux raisons de s'en affranchir. Le paradoxe est donc de voir Landry, chef «national» et fier «démocrate», ignorer cette intrusion antinationale et antidémocratique!

Le Canada viole le principe de la souveraineté populaire, fondement de la démocratie, en s'immisçant dans nos référendums, en en récusant a priori les résultats, en naturalisant à la sauvette des votants du NON, en finançant un des deux camps, qui plus est au delà des limites légales, en organisant la méprisante manifestation d'«amour» la veille du référendum de 1995, en dressant les «autochtones» contre le peuple québécois, en traitant les Canadiens anglais vivant au Québec en «ressortissants» à défendre contre le séparatisme, au besoin par l'armée ou par la partition, en espionnant le mouvement souverainiste assimilé à de la subversion, etc. Puis, la loi C-20 sur la clarté bafoue encore la souveraineté populaire en imposant des balises canadian aux consultations québécoises par-dessus l'Assemblée nationale.

La direction péquiste ne peut prétendre à la souveraineté étatique pour sa nation (l'indépendance) quand elle commence par fermer les yeux sur pareille atteinte à sa souveraineté populaire (la démocratie). La dévotion référendaire est donc une tartufferie pseudo démocratique [...]. Elle permet au Parti québécois de se présenter aux élections sans plate-forme souverainiste (il y a le référendum pour ça) et de ne pas faire la souveraineté une fois au pouvoir malgré son programme (en attendant le mandat référendaire). La promesse de référendum est le grand instrument d'un souverainisme manipulateur qui, à force de duper ses électeurs, érode la confiance dans nos institutions démocratiques.