Radiofréquences: le principe de précaution relégué aux oubliettes

Selon une étude brésilienne, le taux de mortalité par cancer est beaucoup plus élevé pour la population résidant ou travaillant à moins de 500 mètres des tours/antennes. 
Photo: iStock Selon une étude brésilienne, le taux de mortalité par cancer est beaucoup plus élevé pour la population résidant ou travaillant à moins de 500 mètres des tours/antennes. 

Le rapport de l’INSPQ publié au printemps dernier et mentionné à la fin de l’excellent article du Devoir du 23 août (Tours de télécommunications : Ottawa sous pression pour revoir les règles) sur le problème des tours/antennes-relais me préoccupe. Il y a dix ans, en 2006, un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) sur l’exposition aux champs électromagnétiques (CEM) précisait que « l’approche proposée devra s’appuyer entre autres sur […] la réduction et l’élimination des risques tant dans un contexte de relative incertitude que d’incertitude scientifique ». Dix ans après, un nouveau rapport de l’INSPQ relègue aux oubliettes le principe de précaution.

La logique du choix des textes du rapport 2016 n’est vraiment pas évidente. M’intéressant aux effets des CEM depuis deux ans, et notamment à ceux des tours/antennes-relais, je sais que le nombre d’études scientifiques a crû. Il est donc étrange qu’au lieu d’avoir élargi la base d’études consultées, le rapport de 2016 retienne principalement plusieurs articles des mêmes auteurs, auteurs niant en général l’existence d’effets biologiques nocifs des radiofréquences et qui collaborent souvent aux mêmes publications. Le rapport ne précise pas non plus les critères ayant présidé au choix d’études, à part l’année de publication. Pourquoi des études ayant souligné des effets sur la santé ont-elles été passées sous silence ?

Autres types d’effets

L’argumentation des auteurs est bâtie selon les organismes niant totalement les effets biologiques nocifs des radiofréquences (à l’exception peut-être de l’OMS, de façon limitée cependant), incluant Santé Canada. Les études retenues ne reflètent pas l’état global de la science sur le sujet. Quand l’ICNIRP, un organisme international qui fixe les niveaux d’exposition maximale aux champs de radiofréquences, le fait seulement sur la base de leurs effets thermiques (échauffement des tissus) ; il s’agit d’une aberration. Celle-ci est notamment dénoncée par des médecins canadiens et des scientifiques, et même, en 2015, par le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes, dont le rapport est tu par l’INSPQ. De plus, le rapport de l’INSPQ tait le fait que dans une vingtaine de pays (surtout européens), différents niveaux de gouvernements ont adopté des mesures s’appuyant sur le principe de précaution. La France, par exemple, a récemment interdit l’usage de l’Internet Wi-Fi dans les garderies et limité son usage au 1er cycle du primaire. Le rapport de l’INSPQ ne traite que de deux pays ayant adopté une approche plus prudente que la nôtre, pour s’en moquer. Il faut croire que négliger le principe de précaution est mieux qu’en tenir compte !

Dans le rapport, on minimise les résultats d’études rapportant des effets biologiques de l’exposition aux radiofréquences et on en ignore d’autres. Par exemple, les auteurs font état d’une étude brésilienne ayant comparé la localisation des décès par cancer et celle des tours/antennes-relais dans une ville brésilienne. Le taux de mortalité par cancer y est beaucoup plus élevé pour la population résidant ou travaillant à moins de 500 mètres des tours/antennes. Le rapport souligne les faiblesses méthodologiques de cette étude, sans préciser lesquelles. Et de taire les résultats d’autres études ayant révélé des liens avec le cancer…

Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi les auteurs du rapport n’ont pas retenu les études publiées après 2013 par un scientifique suédois, Lennart Hardell — oncologue de réputation internationale — et dont les études publiées entre 1999 et 2011 figurent dans le rapport. Serait-ce parce que les analyses plus récentes de Hardell et collègues confirment le lien entre cellulaire ou téléphone sans fil et cancer du cerveau (gliome) ? Ou bien parce qu’ils ont demandé en 2015 à l’OMS de réviser la classification des radiofréquences en les classant plutôt comme « cancérogènes pour l’être humain » ?

Retour à l’approche de précaution

Nier globalement l’existence d’effets biologiques en se fondant sur un échantillon limité d’études m’amène à douter de la validité des résultats du rapport de l’INSPQ. Il m’apparaît essentiel de revenir au principe de précaution quant à l’utilisation d’équipement de technologies sans fil. De l’aveu même des auteurs du rapport 2016, il existe « une certaine incertitude scientifique pour ce qui est des expositions à long terme résultant de l’utilisation du téléphone cellulaire ». Un retour par l’INSPQ à l’approche de précaution qu’elle prônait en 2006 m’apparaît essentiel, d’autant plus que la population est bien plus exposée aux radiofréquences qu’il y a 10 ans. Il en va de la santé des Québécois.


 
5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 septembre 2016 00 h 44

    l'humain quelle espèce un peu folle

    il est évident que nous allons vivre de plus en plus sous les radios fréquence, il est dommage que les chercheurs ne soient pas arrivés a déterminer hors de tous doutes l'iniquité des radios fréquence vous imaginer les conséquence si elles s'avéraient nocives , bizarre que ce soit toute la planète entière qui s'en désintéresse , on a vu dans le passé des gens se préocuper de moin que ca, n'est ce pas la preuve que les humains peuvent etre véritablement a risques quand il y va de leurs intérets, enfin a l'âge que j'ai je n"ai plus grand chose a craindre

  • Jean Richard - Abonné 3 septembre 2016 11 h 35

    Des études brésiliennes ?

    Des études brésiliennes ? Le Brésil, c'est un grand pays, comptant plus de 200 millions d'habitants. Alors, une étude brésilienne dont on ignore la source exacte, ce n'est pas très crédible.

    Et puis, une étude pourrait avoir démontré qu'il y a une plus grande incidence de cancers chez les habitants vivant près des tours, mais sans en avoir identifié hors de tout doute les causes exactes. Il en va des tours comme des autoroutes, des usines polluantes et autres envionnements malsains : ceux qui vivent à proximité font souvent partie des couches sociales et économiques les plus défavorisées. Comme partout ailleurs, on ne plante pas de tours dans les quartiers cossus. Or, on sait qu'il y a des liens entre la santé et la situation économique des gens – des liens et non pas un seul lien.

  • Pierre Robineault - Abonné 3 septembre 2016 14 h 20

    Je me méfie ...

    Je me méfie moi-même de ces radiofréquences, mais je n'y peux rien.
    Sauf qu'un peu à l'instar de monsieur Richard, je me méfie également de ces "études brésiliennes" dont on parle sans les citer. Ce pourrait-il que la majorité de ces tours soient principalement situées à Rio, Saö Paulo ..., mais plutôt près des quartiers pauvres plutôt que de ceux des riches? Faudrait savoir, car la vie est plus courte chez les pauvres, non?

  • Andrée Rivard - Abonnée 3 septembre 2016 21 h 02

    Des études brésilienne? Une réponse...

    Bonjour Monsieur Richard, je me suis informé auprès d’Hélène Vadeboncoeur que je connais bien. Elle me dit que le secteur de la ville brésilienne qui a un taux de cancer élevé n'est pas un secteur défavorisé de la ville (Belo Horizonte). Voir Dode AC et al, 2011, Mortality by neoplasia and cellular telephone base stations in the Belo Horizonte municipality, Minas Gerais state, Brazil, Science of the Total Environment 409: 3649-3665

  • Serge Wagner - Abonné 4 septembre 2016 22 h 57

    Radiofréquences et précaution pour les scientifiques?

    Cet article éclaire la situation et met en lumière les contradictions dans les rapports "scientifiques". Je ne suis pas spécialiste, mais je m’étonne : en moins d'une année, deux rapports adoptent des positions contraires sur l’attitude à adopter face aux radiofréquences.

    À Ottawa, le rapport du Comité permanent de la santé sur les dangers des ondes électromagnétiques (juin 2015) recommande l'adoption d’une approche de précaution alors que le rapport du Québec (avril 2016) mentionne une seule fois le principe de précaution, à la fin, dans les références! Et en conclusion, on recommande de "poursuivre la veille scientifique" et de "favoriser le maintien d'une expertise au Québec". Pourtant, ce même Institut avait publié l'étude "Des politiques publiques guidées par le principe de précaution" (2009). Il semble que le principe de précaution ne s'applique pas aux radiofréquences québécoises.

    Il y a quelques jours, BELL a construit illégalement une tour dans la Bolton Pass, à quelques mètres de résidences où se trouvent des enfants. Je me demande si les auteurs de l'étude québécoise accepteraient de poursuivre leur veille scientifique et développer leur expertise en allant résider à temps plein dans les résidences qui se trouvent sous cette tour?

    Peut-être, redécouvriraient-ils le bien-fondé du principe de précaution?

    Serge Wagner, Austin, abonné