Marguerite Bourgeoys, pédagogue d’avant-garde

Marguerite Bourgeoys
Photo: Wikipédia Marguerite Bourgeoys

À la veille du 375e anniversaire de Montréal, il y a lieu de rappeler la contribution exceptionnelle d’une des pionnières de la ville, Marguerite Bourgeoys (1620-1700).

Arrivée avec la Grande Recrue de 1653, qui assura la survie de Ville-Marie, l’enseignante originaire de Champagne, comme Maisonneuve et Jeanne Mance, a participé de façon déterminante à l’émergence d’une société et d’une Église spécifiques en Amérique.

Gratuité scolaire

Marguerite Bourgeoys, à l’invitation de Maisonneuve, arrive à Montréal à l’âge de 33 ans. Elle est laïque, riche de son expérience d’enseignante, spécialiste d’une pédagogie révolutionnaire mise au point en France par Pierre Fourier.

Elle instaure ici l’enseignement pour les filles — exceptionnelle pour l’époque —, afin de leur permettre de gagner leur vie et d’aider matériellement leurs futures familles. Elle met de l’avant la gratuité de l’école — autre nouveauté — pour faire en sorte que l’éducation soit accessible à toutes. Elle applique des changements majeurs aux méthodes d’enseignement traditionnelles : elle ne punit pas les enfants, elle les stimule par la récompense et l’estime de soi ; la maîtresse d’école s’adapte aux capacités des élèves.

Ainsi, les classes sont autant des lieux d’enseignement de la lecture, de l’écriture et du calcul, que d’apprentissage de métiers. Par ailleurs, pour les femmes telles les Filles du roi, Marguerite Bourgeoys instaure des ateliers d’éducation pour adultes. Jean Talon ne tarira pas d’éloges pour le talent de Marguerite Bourgeoys et de ses compagnes ; il en fera mention dans sa correspondance au ministre Colbert.

Libres d’aller là où on les appelle

Pour faire en sorte qu’Amérindiens et Français sur l’immense territoire de la Nouvelle-France constituent une société éduquée, il faut aller là où se trouvent les habitants, dans les multiples villes et villages le long de la vallée du Saint-Laurent et de ses affluents.

Mère Bourgeoys propose donc la création d’une congrégation de femmes enseignantes non cloîtrées — alors que normalement les femmes en religion vivent entre quatre murs —, libres de se rendre partout où leurs services sont requis.

Ce sera d’abord Montréal, ensuite la mission amérindienne de la Montagne, Lachine, Champlain, Batiscan, l’île d’Orléans, Québec, avant d’atteindre Louisbourg. La réputation des soeurs de la congrégation de Notre-Dame sera connue de tous ; de partout, on les réclamera pour les écoles. Au fil des décennies et des siècles, le territoire couvert ici et ailleurs sera immense.

La reconnaissance de l’État et de l’Église

La congrégation de Notre-Dame aura vite été reconnue par l’État. Les lettres patentes accordées en 1671 par Louis XIV confirment le mandat de maîtresses d’école des soeurs de la Congrégation.

L’Église pour sa part avait déjà donné une autorisation temporaire, mais il faudra attendre 1698, deux ans avant le décès de mère Bourgeoys, pour que l’évêque de Québec, Mgr de Saint-Vallier, approuve officiellement les Constitutions de la Congrégation faisant de ses membres des religieuses non cloîtrées. Marguerite Bourgeoys était très explicite à ce sujet : elle et ses compagnes sont à l’image des apôtres. Elles vont deux par deux, chargées d’une mission tant sociale que spirituelle auprès de la population. Pas question de se laisser enfermer !

L’oeuvre a connu un tel succès qu’elle fut déterminante pour la place des femmes dans l’Église et la société d’ici. L’histoire de la congrégation de Notre-Dame en témoigne sur plus de trois siècles, soit quelque 360 ans d’éducation dispensée dans les écoles publiques et privées. La reconnaissance de cette contribution insigne est inscrite dans la canonisation de mère Bourgeoys en 1982 et dans l’installation de sa statue sur la façade de l’hôtel du Parlement de Québec en 1969. La croix dans sa main droite proclame l’amour de Dieu qui l’anime ; dans l’autre main, le livre sur lequel est inscrit le mot « éducation » annonce très clairement l’outil par lequel elle oeuvre à l’avancement des femmes dans la société.

Voilà ce qui peut être rappelé à la veille des célébrations de l’anniversaire d’une ville aux valeurs d’humanité toujours en lien direct avec celles prônées entre autres par Marguerite Bourgeoys, que l’on a surnommée la « mère de la colonie ».

1 commentaire
  • Johanne Fontaine - Inscrite 1 septembre 2016 18 h 00

    L'emprise des communautées religieuses sur les jeunes cerveaux

    Monsieur l'archiviste fait l'apologie de Marguerite Bourgeois;
    elle a sûrement été une femme remarquable pour son époque.

    Les temps ont changé.

    De nos jours, époque de sécularisation, je déplore avoir reçu une éducation
    chez les religieuses de cette communauté;
    j'ai mis une vie entière à m'extraire de l'idéologie religieuse
    qui m'a été inculquée à un âge où je n'avais pas le discernement voulu
    pour départager ce qui était bien pour moi et ce qui ne l'était pas.

    L'éducation religieuse constitue un lavage de cerveau pour des enfants
    et des adolescents et occasionne une foule de conséquences indésirables
    et regrettables.

    A Villa-Maria, à douze ans, nous, grand-pensionnairtes de cette institution
    devions nous se lever avant six heures le matin afin d'assister
    plusieurs fois la semaine à la messe matinale.

    Dans nos chambrettes, reposait sur une table de chevet
    un bassin et un pot à eau, qui servait pour nos ablutions matinales;
    il m'est arrivé d'y trouver une mince couche de glace, qu'il fallait casser.

    A douze ans, nous, élèves d'éléments latins, comme les plus âgées
    devions accomplir, groupes par groupe,
    l'adoration du St-Sacrement à l'occasion des quarante heures,
    période de la liturgie catholique romaine, pendant laquelle
    la présence réelle du Christ doit être honorée.
    Nous devions à cette occasion nous lever en pleine nuit,
    nous habiller rapidement, descendre à la chapelle et faire notre heure d'adoration.

    Les membres de la communauté de la congrégation de Notre-Dame étaient pour les grands-pensonnaires, comme moi, leurs seules modèles, le seul exemple de femmes qui nous était proposé...Pas étonnant que les élèves de cette époque de l'avant-révolution tranquille aient été aussi invisibles dans la société québécoise.
    Il y a bien eu Marie-Michèle Desrosiers, mais de par son tempérament exceptionnel, elle a su émerger, ce qui n'est pas le cas des autres, à ma connaissance.