Le rôle disproportionné des appuis: il faut changer le PQ

Le candidat à la direction du Parti québécois Paul Saint-Pierre Plamondon
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le candidat à la direction du Parti québécois Paul Saint-Pierre Plamondon

On apprenait lundi dernier par l’entremise de Vincent Marissal que Véronique Hivon avait dénoncé, dans une entrevue accordée avant son retrait de la course, la tendance de « l’establishment » du PQ à favoriser certains candidats plutôt que d’autres. Jean-Francois Lisée a d’ailleurs confirmé que certaines circonscriptions pro-Cloutier semblaient inaccessibles aux autres candidats.

Si l’on veut que le Parti québécois redevienne une source d’inspiration et d’engagement politique au service de notre démocratie québécoise, nous avons le devoir de dénoncer ce phénomène par lequel certaines régions du Québec sont littéralement verrouillées par l’establishment du parti, mais surtout, nous avons le devoir d’apporter des solutions.

Les médias ont surtout dénoncé dans les derniers jours une épluchette de blé d’inde organisée par Nicole Léger durant laquelle seul Alexandre Cloutier a été invité à parler. Bien qu’à mon avis les autres candidats auraient dû obtenir le droit de parole lors de cet événement, il ne s’agit pas de l’exemple le mieux choisi, puisque l’événement n’était pas organisé par le Parti québécois.

Le phénomène est en fait plus grave et plus global, bien que variable dans ses manifestations. Ainsi, dans certaines régions du Québec, les exécutifs de comté refusent d’envoyer des invitations et de mobiliser les membres lorsqu’un candidat est de passage dans la région, sous prétexte qu’ils ont déjà donné leur appui à un autre candidat. Dans certaines circonscriptions, il n’y a simplement pas de retour d’appel tandis qu’ailleurs, le candidat favori de l’exécutif obtient clairement un traitement de faveur en termes de mobilisation et de promotion auprès des membres. Bien sûr, en parallèle, plusieurs circonscriptions agissent avec une neutralité exemplaire, mais il n’en demeure pas moins que cette partisanerie abusive relevée dans plusieurs régions mine les débats d’idées et l’intérêt pour la course au sein du PQ. Et pour un candidat qui est nouveau dans le parti, comme je le suis, la possibilité même de mener campagne directement auprès des membres devient illusoire.
 

Cela est d’autant plus regrettable que bon nombre des appuis exprimés dans cette course l’ont été quelques jours seulement après le début de la course, avant même qu’une seule idée n’ait été exprimée et défendue par les candidats. Le calcul est simple : au sein de plusieurs comtés, on cherche à s’assurer que le nouveau chef nous sera reconnaissant de cette loyauté et s’en souviendra au moment des nominations. Et chacun sait bien que le silence ou l’appui à un candidat perdant risque de vous reléguer aux oubliettes. Cette approche, qui se veut stratégique, met de côté l’intérêt des membres du parti, en les privant de la possibilité de rencontrer chacun des candidats et d’entendre leurs idées.

Par ce phénomène d’appuis précipités, on cherche également à influencer les membres en les soumettant à un certain conformisme, plutôt que de les inciter à examiner et réfléchir aux idées et propositions des candidats. Le slogan de ma campagne étant « Redonnons le PQ au Québécois, à tous les Québécois », j’aimerais rappeler que le PQ appartient à ses membres et non à son establishment et que la démocratie est l’une des valeurs fondatrices du parti. Il est primordial qu’un parti fondé sur une tradition démocratique qui le distingue du Parti libéral trouve des solutions à cette impasse.

Et des solutions, il y en a. À court terme, les membres du parti peuvent faire pression sur leur exécutif et demander à rencontrer chacun des candidats en personne. À moyen terme, d’importantes réformes sont nécessaires, afin que les exécutifs de circonscription et la permanence du parti soient tenus de demeurer neutres lors des courses à la direction du parti et des investitures locales. De cette obligation de neutralité découlerait le devoir de donner à chaque candidat un accès égal aux membres du parti. Dans cette foulée réformiste, d’autres changements visant à donner plus de place aux jeunes et aux communautés culturelles doivent être également adoptés. Je m’engage à ce titre à défendre ces idées au congrès de 2017, de même qu’à titre de chef du parti ou de candidat du parti lors des élections générales de 2018.

Le Parti québécois appartient à ses membres et se doit de promouvoir une démocratie saine. Mieux vaut donner la parole à ceux qui divergent d’une ligne de parti et favoriser le débat que d’éloigner des gens dont on a absolument besoin pour gagner. De telles réformes sont nécessaires pour rebâtir la confiance et recréer de l’engouement. Un vent de changement peut souffler sur le PQ si les Québécoises et Québécois décident de redonner leur parti à ses membres. Plus encore, les membres peuvent dès maintenant agir pour que l’actuelle course à la chefferie marque le coup d’envoi d’un réel retour à la démocratie.

12 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 31 août 2016 06 h 13

    Bof ?!?

    « On apprenait lundi dernier par l’entremise de Vincent Marissal que Véronique Hivon avait dénoncé, dans une entrevue accordée avant son retrait de la course, la tendance de « l’establishment » du PQ à favoriser certains candidats plutôt que d’autres. » (Paul Saint-Pierre Plamondon, candidat à la direction du Parti québécois)

    De cette citation, cette inspiration :

    Tendance de favoritisme ou pas, l’important demeure que le PQ se dote d’une personne capable de bien le représenter avec honneur et démocratie !

    Entre-temps, il appartient, sans distinction et avec discrétion, à chaque formation politique de régler ce qui se passe de l’intérieur plutôt que de le faire dans le public !

    De plus, pendant que se présentent des « chicanes internes », les objectifs politiques tendent à devenir sans pertinence, voires silencieux !

    Bof ?!? - 31 août 2016 -

  • Yves Côté - Abonné 31 août 2016 06 h 37

    Fonctionnement en vase clos...

    Monsieur Plamondon, le fonctionnement en vase clos du PQ est non seulement une des causes principales de la désafectation de nombre de ses adhérents historiques des vingt cinq premières années, mais est selon moi le handicap majeur qui ne guérit pas chez lui de ce qui est devenue une très faible capacité à regrouper les indépendantistes.
    Montrez-nous votre persistant courage à transformer cette réalité encombrante et, je crois, vous vous mériterez à tout le moins, l'estime d'un grand nombre de nous.

    Mes salutations les plus républicaines, Monsieur.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 1 septembre 2016 07 h 20

      Je crois qu'il ne s'agit pas d'une "maladie" unique au PQ. Mais on moins, au PQ cela est d'avantage dénoncé. Cela donne cependant l'image de querelles incessantes, et cela est dérangeant pour les électeurs.

  • Claude Bariteau - Abonné 31 août 2016 07 h 05

    Le PQ est gangrené.

    Rien de surprenant dans les pratiques actuelles du PQ. René Lévesque a empêché Pierre Bourgeault de se faire élire dans un comté de la Rive-sud de Montréal, révélant que son entourage entendait conserver le leadership.

    C'est ce qui se passe depuis que des ténors bien placés du PQ (establishment ?) appuient le candidat Cloutier et font la vie dure aux autres, dont ceux qui ont du panache et véhiculent des vues loin des leurs. Pierre Karl Péladeau a eu à composer contre eux et avec eux avant de démissionner pour des motifs associés à sa vie personnelle.

    Ça se passe ainsi parce que ce parti est composé de nationalistes désireux d'avoir l'appui des indépendantistes (le cas de Lévesque face au RIN) et d'indépendantistes désireux d'avoir celui des nationatistes (les cas de Parizeau), de telle sorte que les promoteurs d'une position mitigée, qui n'ont pas le panache de Parizeau) passent la rampe en promettant le ciel avec un référendum à venir.

    Il en découle que les ténors peuvent exprimer leur choix en misant sur le candidat qui a plus de chance de propulser le PQ au pouvoir. C'est hélas cette approche qui gangrène ce parti et fait que les indépendantistes, à moins d'être de la trempe de Jacques Parizeau ou de Pierre Karl Péladeau pour des motifs différents, n'ont pas les coudées franches même s'ils parviennent à devenir le chef.

    Dans mon livre, je vois mal ce parti survivre longtemps. Un jour ou l'autre, la gangrène le fera imploser, ce qui se manifestera lors des prochaines élections parce qu'il y a un parti, la CAQ, qui se dit maintenant nationaliste et réformiste.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 31 août 2016 09 h 12

    Toute une «bibitte» que celle du....

    ...pouvoir !
    Si ce que monsieur Plamondon écrit est juste (je suis enclin à penser que «si»), je suis très heureux d'être presque apolitique sauf au NPD où j'y ai une carte de membre et ce strictement pour la personne de notre député actuel. Aux prochaines élections je verrai.
    Je reviens au pouvoir et à la saine ou malsaine gestion que l'Homme est capable d'en faire. Tout un monde où l'hommerie insidieuse peut, avec la complicité requise, s'installer de façons si subtiles...
    Le miroir du pouvoir peut aussi nous réfléter des images qui glacent...
    Gandhi éprouvait une telle peur du pouvoir.
    Je conclus...si j'ai bien compris...«Gens du PQ, prouvez-nous que votre recherche du pouvoir est propre, transparente, saine et qu'en aucun cas elle contient des éléments ou comportements qui, au plan des valeurs, rendrait cette recherche du pouvoir éligible à une comparution à... disons...à un genre de Commission Charbonneau traitant de la saine ou malsaine gestion de la démocratie.
    Meilleurs voeux monsieur Plamondon.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Gilles Gagné - Abonné 31 août 2016 09 h 35

    À mes yeux, M. Plamondon, vous prenez de plus en plus de crédibilité.