Appel des employés de Radiomédia - Astral doit garder CKAC et Radiomédia

Dans cette lettre ouverte, les employés de CKAC et de plusieurs autres stations Radiomédia, notamment CJRC, CHLT et CHLN, lancent un cri du coeur et un appel d'urgence à Astral, au CRTC et au Bureau de la concurrence pour sauver le dernier réseau AM de langue française au Québec.

À la suite des échecs répétés pour la vente de CKAC et des cinq autres stations du réseau Radiomédia, nous invitons Astral Média à jouer pleinement son rôle de bonne personne morale et à tout mettre en oeuvre pour assurer la survie et la relance de la radio AM de langue française au Québec. Il y a péril en la demeure. Dans le contexte actuel, CKAC et les autres stations du réseau Radiomédia doivent demeurer la propriété d'Astral Média.

À la lumière des événements des deux dernières années et plus particulièrement des dernières semaines, le CRTC, le Bureau de la concurrence et Astral ont la responsabilité de revoir d'urgence tout ce dossier. Astral doit mettre fin au processus de vente: poursuivre ce processus, amorcé depuis près de deux ans, risque à cette étape-ci de compromettre irrémédiablement tout plan de relance de la radio AM de langue française

au Québec.

L'opération de mise en vente s'est avérée infructueuse, pour ne pas dire catastrophique, et a fragilisé encore davantage les six stations du réseau. Il faut bien se rendre à l'évidence: jusqu'à présent, Astral a été incapable de mener à bien la mission qui consiste à dénicher un investisseur ayant à la fois la capacité financière et la détermination réelle de relancer la radio d'information au Québec.

Solution de rechange inquiétante

La première offre d'achat, celle de TVA-Quebecor-Radio-Nord, a essuyé un refus sans équivoque du CRTC parce qu'elle ne constituait pas un véritable plan de relance de la radio AM et soulevait de sérieuses préoccupations au chapitre de la concentration de la propriété et de la propriété croisée des médias.

Vint ensuite l'offre de l'éditeur et homme d'affaires Gaëtan Morin. En ce qui a trait aux intentions, le projet de relance s'avérait fort intéressant mais fragile du point de vue financier. Vendredi dernier, à seulement deux jours des audiences du CRTC, M. Morin, qui n'avait jamais pris la peine de rencontrer les employés du réseau, a décidé de retirer sa proposition. Comme nous le craignions, l'acheteur, semble-t-il, n'avait pas la capacité financière ou la volonté financière nécessaire pour mettre en oeuvre son ambitieux projet de relance.

La solution de rechange qui serait maintenant envisagée par Astral nous semble encore plus inquiétante. Radiomédia pourrait être vendu à un petit joueur dans le monde des médias, dont l'intention est de revendre localement chacune des stations du réseau. Ce projet équivaudrait ni plus ni moins à l'arrêt de mort du seul réseau privé d'information au Québec.

Dans les années 90, la double propriété de Radiomédia n'a pas fonctionné. Peut-on alors imaginer un réseau détenu en propriétés multiples?

Revenir à la case de départ

Il faut donc revenir à la case de départ. Il est clair qu'en avril 2002, le CRTC avait vu juste en approuvant le projet de relance du AM et l'acquisition du réseau Radiomédia par Astral. Il s'agissait d'un projet de relance, conçu par la radio et pour la radio exclusivement, qui avait aussi le mérite de permettre la consolidation des bases financières des stations AM tout en renforçant les salles de nouvelles, en particulier dans les régions. Dans sa décision, le CRTC reconnaissait d'ailleurs les avantages de cette transaction: «Cette approbation permettra notamment d'améliorer la situation concurrentielle de la radio privée au Québec et d'augmenter la stabilité de la radio AM, dont la situation financière s'est détériorée au cours des dernières années. Compte tenu des engagements d'Astral, les auditeurs constateront une amélioration de la qualité de la programmation qui leur est offerte, particulièrement celle de l'information.»

Il ne fait aucun doute que CKAC et Radiomédia seraient aujourd'hui en meilleure posture si la décision du CRTC avait été mise en application. Mais en renversant cette décision, le Bureau de la concurrence a changé la donne, obligeant Astral à se départir de certains éléments d'actif, qui se sont avérés être ceux des six stations de radio AM, dont CKAC à Montréal. En voulant sauvegarder la diversité des choix offerts aux annonceurs, le Bureau de la concurrence a créé un problème encore plus gros.

L'entente intervenue entre Astral et le Bureau de la concurrence amputait et dénaturait l'ensemble de la décision du CRTC, créant des effets pervers qui n'ont pas été analysés par le Bureau de la concurrence. Le CRTC, lui, est demeuré muet et n'a pas fait valoir sa compétence face au Bureau de la concurrence.

De son côté, Astral, qui n'a jamais reconnu l'autorité du commissaire à la concurrence, a finalement jugé préférable une entente négociée au lieu d'une contestation devant les tribunaux qui aurait pu lui permettre de conserver les stations AM. Astral expliquait alors que «la dynamisation de la radio de langue française au Québec exigeait une action rapide et énergétique». C'était en août 2002 et, pourtant, rien n'est encore réglé. Tout est encore en suspens!

Ainsi, depuis ce temps, Astral se retrouve avec la seule portion lucrative de la transaction, soit les deux réseaux FM, Rock Détente et Énergie, tout en étant placée dans l'intenable position de trouver un acheteur pour CKAC et le réseau Radiomédia.

Dans les faits, Astral a la tâche de passer le flambeau à un investisseur qui deviendra l'un de ses concurrents radiophoniques. Astral se retrouve ainsi juge et partie... un processus vicié!

Force est de constater que le Bureau de la concurrence a fait fausse route. Les craintes manifestées par l'organisme fédéral en ce qui concerne une trop grande concentration publicitaire ne se sont pas concrétisées. Bien au contraire. Depuis la décision du Bureau de la concurrence, Astral reste toujours de facto propriétaire du réseau AM et, pourtant, l'offre publicitaire radiophonique n'a

cessé de croître. De plus, le paysage radiophonique s'est métamorphosé avec l'arrivée de nouvelles stations.

Situation précaire

Comme jamais depuis la fusion de CKAC et CJMS, en 1994, la direction, les employés et les artisans de la radio sont aux prises, dans les opérations quotidiennes, avec une situation d'incertitude qui cause flottement et indécision.

Placé sous la responsabilité d'un fiduciaire depuis 2002, le réseau Radiomédia se retrouve bien malgré lui dans une situation paralysante. Les projets de restructuration et de mise en marché de la programmation sont une fois de plus mis en suspens alors que la concurrence, elle, se fait de plus en plus vive, notamment avec l'arrivée d'une station à contenu d'information sur la bande FM à Montréal.

Les incidences négatives sur la motivation et la sécurité psychologique de l'ensemble du personnel sont d'ailleurs palpables. À preuve, les nombreux départs survenus au cours des derniers mois au sein du personnel, dont le départ-surprise de l'animateur-vedette Paul Arcand (prévu à l'automne prochain). Bien que prévisible, le départ de l'autre animateur-vedette, Jean Lapierre, s'ajoute néanmoins à l'effet de cascade dont on ne sait où il s'arrêtera.

La conclusion s'impose d'elle-même: l'avenir de la radio AM de langue française au Québec n'a jamais paru aussi sombre. Astral ne peut pas se contenter de passer le flambeau à un acheteur dont le seul mérite est d'avancer les fonds nécessaires à l'achat des stations. De l'aveu même du CRTC, la radio AM nécessite des investissements considérables, tant pour l'ajout de ressources humaines, en particulier dans les salles des nouvelles, que pour la modernisation des équipements. Avec sa détermination, l'expertise radiophonique acquise depuis 1999 et des profits nets anticipés de 80 millions de dollars pour 2003-04, Astral est le joueur tout désigné.

Astral, le CRTC et le Bureau de la concurrence ne peuvent se défiler devant leurs responsabilités respectives. Nous attendons d'eux qu'ils agissent sur-le-champ.