Décès d’un ami du Québec qui avait l’éducation à coeur

Une école élémentaire en 1964. «Très profondément démocrate, Bertrand Schwartz était entièrement engagé envers la cause des moins instruits, des démunis et des jeunes», écrit Jules Desrosiers.
Photo: Source Office du film du Québec Une école élémentaire en 1964. «Très profondément démocrate, Bertrand Schwartz était entièrement engagé envers la cause des moins instruits, des démunis et des jeunes», écrit Jules Desrosiers.

Bertrand Schwartz est mort le 30 juillet. Il est important de souligner l’envergure sociale et éducative de cet homme et les liens qui l’ont uni au Québec.

Bertrand Schwartz est venu au Québec la première fois en 1967 à l’invitation d’Arthur Tremblay, qui était sous-ministre de l’Éducation. C’était en pleine Révolution tranquille et en pleine construction de notre système d’éducation publique. Qui plus est, nous étions tout au début du développement de l’éducation des adultes. Presque tout était à faire au Québec et ailleurs en ce domaine. Les innovations étaient lancées sous la forme de projets expérimentaux. Le leadership du développement au Québec était confié à la Direction générale de l’éducation permanente du ministère de l’Éducation. Or, la France innovait elle aussi de la même manière au même moment. Le pôle français d’innovation était au Centre universitaire de coopération économique et sociale (CUCES) de Nancy et le leader était Bertrand Schwartz.

Photo: Benoit Willot Wikipédia Bertrand Schwartz

Bertrand Schwartz s’est donc mêlé à Yves Martin, sous-ministre adjoint, à Fernand Jolicoeur, directeur général, et aux autres enthousiastes qui inventaient l’« éducation permanente ». Sa participation aux discussions était toujours pertinente et stimulante. Il admirait les innovations incarnées par le prestigieux trio que constituaient les opérations : Départ, Sésame et surtout Tévec, cette dernière, très « société éducative », n’ayant par ailleurs à peu près rien laissé derrière elle aujourd’hui, à part bien sûr les bénéfices immenses que les participants immédiats en ont retirés. Vif et plein d’humour, il m’avait dit à ce propos : « S’il y a une chose qui m’étonne du Québec, c’est la facilité avec laquelle vous prenez des initiatives exceptionnelles. Ce qui m’étonne encore plus, c’est la facilité avec laquelle vous pouvez y mettre fin ! »

Profondément démocrate

Généreux et transparent, il nous a accueillis fréquemment dans les nombreux chantiers, tout aussi innovateurs que les nôtres, mais très différents, qu’il dirigeait en Alsace-Lorraine à la même époque (fin 1960, début 1970). Le Québec en a tiré grand profit. Par exemple, c’est dans l’échange que fut réinventée la formation professionnelle, qui en avait un urgent besoin ; les unités capitalisables et la formation par compétences sont directement issues de ces travaux communs. D’ailleurs, sans l’éducation des adultes, ces concepts clés de la formation professionnelle et technique n’auraient peut-être pas vu le jour.

Très profondément démocrate, il était entièrement engagé envers la cause des moins instruits, des démunis et des jeunes. C’est le sens de ses travaux en éducation des adultes, de son engagement auprès des sans-abri et des jeunes à la recherche d’un emploi. À ce dernier sujet, peu de gens savent que nos carrefours jeunesse-emploi sont inspirés des missions locales inventées et mises en place par Bertrand Schwartz à la demande du gouvernement français.

Toute sa vie, il aura oeuvré à « moderniser sans exclure », comme le résume bien le titre d’un de ses livres majeurs. Le gouvernement français l’a bien reconnu en lui décernant la grand-croix de la Légion d’honneur.

2 commentaires
  • Yvon Leclerc - Abonné 26 août 2016 08 h 42

    Un modèle

    Merci Jules de ce témoignage sur ce grand homme. Je me souviens d'une rencontre qu'il avait eue avec Camille Laurin, alors ministre de l'Éducation. Ils partageaient la même passion l'éducation permanente et leur discussion de haut nveau portait sur la de l'homme, de son rôle dans la société, de l'obligation de nos institutions de lui fournir les outils qui lui permettront de se réaliser pleinement. Je me souviens aussi de son sens de l'humour, de sa convivialité et de sa grande sagesse. Il lègue un brillant héritage.

  • Robert Laroche - Abonné 26 août 2016 13 h 38

    Hommage, reconnaisance et sympathies

    Merci M. Desrosiers. J'ai connu M. Bertrand Schwartz lors de mon séjour en France et de mon passage au CUCES de Nancy de même que lors de ses voyages au Québec. Il avait une vision riche et innovante de l'éducation des adultes. Hommages, reconnaissance et sympathies.