Le Québec n’est pas l’Allemagne nazie…

Les hassidim ont le droit de vivre isolés si ça leur chante. L’État québécois n’a toutefois pas à les encourager en renonçant à ses obligations en matière d’éducation.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les hassidim ont le droit de vivre isolés si ça leur chante. L’État québécois n’a toutefois pas à les encourager en renonçant à ses obligations en matière d’éducation.

Le déclencheur


« L’idée d’abolir des écoles fondées par les minorités religieuses, ainsi que l’inscription obligatoire de leurs élèves dans le système public, constitue un déni à l’égard des droits fondamentaux de ces Québécois. […] Ce genre de mesures rappelle les actions commises dans le cadre de certains régimes totalitaires encore vivement présents dans la mémoire. Ce sont là des souvenirs douloureux que la présence récente de policiers montréalais postés à l’entrée d’une école religieuse juive a ravivés. »

— Pierre Anctil, « Luttons contre les préjugés envers les hassidim », Le Devoir, 19 août 2016
 

Dans ces pages, Pierre Anctil invitait les lecteurs à laisser tomber ce qu’il considère comme les préjugés grossiers véhiculés ici contre les écoles hassidiques. Le professeur d’histoire de l’Université d’Ottawa se livre à un travail de culpabilisation qui mérite d’être dénoncé.

Ce dernier prétend d’abord que le terme « écoles illégales » est injustifié, sous prétexte que celles-ci ont « pignon sur rue » et que « la vie des jeunes n’y est pas menacée ». Il semble suggérer qu’il faudrait que la sécurité physique des élèves soit en cause, au point que ceux-ci soient en danger de mort, pour que de tels établissements soient illégaux.

On peine à croire qu’un académicien puisse faire un raisonnement aussi farfelu. La vérité est pourtant simple. Contrairement à d’autres écoles privées à caractère religieux, ces établissements opèrent sans permis du ministère de l’Éducation, sans enseignant qualifié et en dehors du cursus scolaire officiel. Ils sont donc illégaux.

Les propos de M. Anctil illustrent par ailleurs une vision radicale des droits individuels. Le fait pour des parents d’envoyer leurs enfants à des écoles religieuses où ils étudieront de façon quasi exclusive la Torah et le Talmud constituerait une liberté fondamentale, immanente et sacrée. S’élever contre cette pratique relèverait de l’oppression religieuse.

Le fait est que les droits et libertés ne sont pas infinis et ne permettent certainement pas à tout un chacun de faire tout ce qui lui plaît. Pour reprendre le fameux raisonnement d’un ancien juge en chef de la Cour suprême américaine, en l’absence d’un incendie, on ne peut crier au feu dans un cinéma bondé et invoquer ensuite, pour se justifier, sa liberté d’expression. Voilà pourquoi au Canada, par exemple, les témoins de Jéhovah n’ont pas le droit de refuser des transfusions sanguines pour leurs enfants, ce que prescrit pourtant leur religion. L’intérêt de l’enfant et le bien-être général l’empêchent. Il y a toujours une limite. Ajoutons à cela que la société doit travailler à l’intégration et non à l’isolement des individus, quelle que soit leur religion. Les hassidim ont le droit de vivre isolés si ça leur chante. L’État québécois n’a toutefois pas à les encourager en renonçant à ses obligations en matière d’éducation.

Avenir sacrifié

 

« Mais qui sommes-nous pour juger ? » semble se dire Pierre Anctil, suivant un adage très à la mode ces temps-ci. Une croyance en vaut bien une autre, l’important, c’est le respect, il faut célébrer la diversité, etc. Le problème est que ce genre de raisonnement ne fait aucun cas du bien-être des enfants, dont l’avenir est sacrifié sur l’autel du relativisme moral. Une société qui se respecte a le devoir de transmettre à tous ses jeunes une éducation digne de ce nom.

Ceux qui sortent des écoles hassidiques sont malheureusement démunis et incapables de vivre dans le monde moderne. Tellement qu’en Israël, une association d’anciens hassidim poursuit le gouvernement en l’accusant d’avoir failli à ses obligations. Au Québec, Yochonon Lowen, qui a étudié dans une école juive illégale à Boisbriand, a lui aussi intenté une action judiciaire semblable.

Pour l’instant, le gouvernement québécois a retenu comme solution un enseignement à la maison, avec une supervision à distance par la Commission scolaire English-Montreal. Le tout se fera en plus de l’enseignement religieux. On peut douter de l’efficacité de cette solution.

Mauvaise comparaison

 

Venons-en maintenant à l’argument le plus inqualifiable des propos de Pierre Anctil. L’idée de fermer les écoles illégales juives serait tellement contraire aux droits fondamentaux qu’elle « ouvrirait la voie à des abus intolérables », une situation qui lui rappelle les actions de « certains régimes totalitaires ». L’intervention de la police et du DPJ dans certains de ces établissements en serait une illustration.

Le Québec serait donc en voie de traiter les juifs comme le faisait l’Allemagne nazie. Faut-il rappeler que le régime hitlérien a causé le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité, cinquante millions de morts, tout en étant responsable du génocide de six millions d’Israélites ? Tracer un parallèle entre cette situation et la question des écoles juives illégales est un exemple complètement outrancier de Québec bashing. Cela constitue également un outrage à la mémoire des victimes juives du nazisme et une banalisation de l’Holocauste. Qu’un professeur spécialiste de l’histoire juive établisse une telle comparaison relève d’une mauvaise foi renversante.

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