Le «réalisateur-remplaçant» sur la Côte-Nord

André Melançon, lors d’une remise de prix en 2012
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir André Melançon, lors d’une remise de prix en 2012

André nous a quittés. C’est avec une très grande tristesse qu’on apprend ce décès, alors que Bach et bottine sera projeté à nouveau à Québec en présence de son producteur Rock Demers pendant le Festival de cinéma de la ville de Québec.

En pensant à la carrière formidable d’André, il me revient un souvenir émouvant. Il y a trente ans, Rock Demers produisait Le silence des fusils, le film d’Arthur Lamothe (lui aussi disparu), avec dans les rôles principaux Jacques Perrin, Michèle Audette, Louisette Dussault et Gabriel Gascon. Inspiré d’un fait réel, le film se passait à Maliotenam et aux environs. De fait, Arthur avait pensé à ce film depuis 1977 à la suite de la mort suspecte de deux jeunes Innus. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque au sein de la communauté autochtone, mais avait été classée sans suite. Finalement, la sortie du film de fiction avait fait rouvrir l’enquête.

Pendant le tournage, Arthur avait eu un accident de voiture qui l’avait conduit à l’hôpital et, par conséquent, l’avenir du film avait été compromis. À cette époque, je travaillais avec Rock pour la distribution et l’acquisition de films pour La Fête.

Le silence des fusils étant une coproduction avec la France (Jacques Perrin y participait), il y avait une grosse pression pour le bon achèvement du projet. Devant l’immobilisation d’Arthur, il fallait trouver un « remplaçant », et Rock a pensé à André, qui, en accord avec sa grande générosité, a accepté de prendre le tournage au vol, mais il fallait qu’il s’inspire de ce qui avait été filmé par Arthur. Et donc, nous avons organisé le visionnement intégral des épreuves de tournage durant des soirées, parfois jusque dans la nuit. J’étais avec André, car c’était un ami très proche d’Arthur (et son voisin mitoyen), et je connaissais bien sa façon de réaliser.

Ces visionnements, hormis la possibilité de se « raccorder » au tournage, furent l’occasion de parler de cinéma de façon très libre et avec une passion qui nous animait tous les deux, André et moi. J’ai pu alors apprécier sa culture formidable, sa précision dans les souvenirs qu’il avait de sa carrière et son humilité quant à ce défi qu’il avait si gentiment accepté.

Au bout de quelques jours, il a pris la route pour la Côte-Nord et a commencé à reprendre le film là où il en était, mais très vite, Arthur a recouvré toute sa santé et a pu, l’adrénaline aidant, revenir sur le plateau. André a donc, avec grande élégance, redonné le clap à Arthur.

Acteur, réalisateur, scénariste, humaniste, amoureux des arts et gentleman, André laisse le cinéma québécois très orphelin.

À voir en vidéo